Nous avons relayé il y a quelques jours la mésaventure d’un propriétaire d’Audi A3 TFSI branchée sur une borne réservée aux commerçants ambulants. Poursuivi par la justice, Thomas Martin dénonce plusieurs comportements déplacés nuisibles au final à toutes les parties.

L’affaire selon le média régional

En date du 13 décembre 2020, un article du Midi Libre souligne avec des mots particulièrement forts une affaire née d’une succession de manques et d’irrégularités.

Le propriétaire d’une « Audi A3 TFSIe, flambante » aurait été surpris, par les gendarmes, en train d’attendre « tranquillement que la charge soit complète » après avoir branché son hybride rechargeable à une borne municipale « habituellement destinée aux commerçants ambulants du marché hebdomadaire clermontais ».

Soulignant que l’automobiliste serait « coutumier du fait », le média insiste sur un acte qui serait délibérément un vol. Ainsi dans le titre : « Il volait l’électricité », et quelques lignes plus loin : « Les sources d’énergie des véhicules évoluent et les voleurs s’adaptent ». Le risque encouru par ce lecteur d’Automobile Propre : « Trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende ».

Un procès pour 3 euros d’électricité

« Dans l’article du Midi Libre, on me fait passer pour un salaud ! », lance, amer, Thomas Martin. « J’ai effectivement branché, en tout 3 fois, ma voiture reçue début décembre dernier, sur cette borne totalement accessible et sur laquelle ne figure aucune interdiction. Je n’ai pas fait cela pour réaliser des économies, mais pour des raisons environnementales », poursuit-il.

« Alors que le gouvernement a insisté sur la mise à disposition de 100 000 nouveaux points de charge pour les voitures électriques et hybrides rechargeables, je n’ai pas du tout pensé que ce que je faisais était interdit », avoue-t-il.

« La mairie est incapable de chiffrer le préjudice. Pour moi, c’est simple, 3 fois 7 kWh, ça ne va pas chercher plus loin que 3 euros d’électricité ! », chiffre-t-il sans problème.

Une démarche environnementale

« Jusque début décembre, je roulais en diesel. Mais j’ai voulu opter pour une solution en adéquation avec mon activité : je produis des fertilisants biologiques depuis 5 ans. Avec une hybride rechargeable, je pourrais réaliser 80 % de mes trajets en mode électrique. À condition de recharger dans mon entreprise et où j’habite », explique Thomas Martin.

« Les bâtiments de ma société, à ossature bois, sont intégrés à une ferme solaire où je peux brancher ma voiture sans problème. J’habite en appartement à 20 km de là, à Clermont-L’Hérault. J’ai besoin de pouvoir recharger ma voiture dans la rue, comme nous le promet le gouvernement », détaille-t-il.

« Avec cette affaire, je m’aperçois qu’il est plus simple et facile pour une mairie de porter plainte contre un automobiliste sincère dans sa démarche environnementale que d’installer des bornes de recharge en voirie », se désole-t-il.

Une prise en accès libre !

« Pour ma part, j’ai fait monter une prise renforcée Green’Up Legrand à mon entreprise, que je laisse gratuitement en accès libre à disposition des utilisateurs de véhicules électriques et hybrides rechargeables. Elle est d’ailleurs référencée sur Chargemap », souligne Thomas Martin. « Je pense que cette action prouve la sincérité de ma démarche pour l’environnement et la mobilité électrique », précise-t-il.

« J’ai pris une hybride rechargeable car je suis parfois amené à traverser la France pour rencontrer des clients. C’est déjà l’autonomie WLTP de 67 km en mode électrique qui m’a fait choisir la A3 TFSIe. Et sans doute aussi un peu le fait que j’ai été conseiller clientèle chez Audi pendant plusieurs années », développe notre interlocuteur.

Le véritable déroulement de l’affaire

« Le Midi Libre affirme que j’attendais à côté de la voiture, ce qui est faux. On croit comprendre que les gendarmes m’auraient interpellé sur le fait. Faux encore ! Ils m’ont appelé sur mon portable alors que je roulais. J’ai eu du mal à comprendre leur démarche, pensant qu’elle était préventive. Jusqu’à ce que j’apprenne que j’avais été dénoncé par un riverain. La gendarmerie aurait transmis l’information à la presse sans cependant avoir reçu de plainte de la mairie. Je pense qu’ils ont voulu me prévenir devant l’ampleur exagérée que risquait de prendre cette affaire », relate Thomas Martin.

« Ce sont les journalistes qui ont mis le feu aux poudres en cherchant à connaître la décision que comptait prendre la mairie. À chaud, le maire a certainement indiqué qu’il allait porter plainte », estime-t-il.

« J’ai cherché à le contacter pour lui présenter des excuses et proposer un dédommagement avant son éventuel dépôt de plainte. En vain. Après la plainte, j’ai été reçu par son directeur de cabinet qui a bien compris que je n’avais pas voulu commettre un acte d’incivilité », rapporte le propriétaire de l’Audi.

Et maintenant ?

« Devant la faiblesse du préjudice, les gendarmes pensaient que le procureur ne suivrait pas. Erreur, ce dernier a bien décidé de me poursuivre pour les faits ! Pour “Soustraction frauduleuse d’énergie au préjudice de la municipalité”, je risque effectivement bien des sanctions maximales de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende », a appris avec consternation Thomas Martin.

« Je suis convoqué par le substitut du procureur le 20 janvier 2021. Je vais devoir prendre un avocat. Même si l’amende était ramenée à quelques centaines d’euros, ma démarche écolo en prendrait un coup », ressent-il le besoin de lâcher. « Mais je souhaite plus que tout défendre la symbolique, devant une commune qui n’assume pas l’absence sur son territoire de bornes pour véhicules électriques et hybrides rechargeables », se reprend-il aussitôt.

Déménager : la solution ?

« Ce que j’aimerais maintenant, c’est que la mairie de Clermont-l’Hérault comprenne qu’il y a un vrai besoin en bornes de recharge dans la commune et aille dans le sens des décisions prises en la matière par le gouvernement. Est-ce le manque de moyens qui coince ? Ça pourrait se comprendre à voir l’absence de dynamisme dans le centre-ville où règne l’incivilité », s’interroge Thomas Martin.

« Sans volonté de la commune de faire installer très rapidement des bornes dédiées aux voitures électriques et hybrides rechargeables, je vais me résoudre à déménager là où je pourrai me brancher comme je suis en droit de l’attendre. À Gignac, par exemple, où il existe déjà 4 bornes », conclut notre interlocuteur.

Automobile Propre et moi-même remercions vivement Thomas Martin (nom d’emprunt) pour avoir pris le temps de nous confier sans tabous sa mésaventure. Nous lui souhaitons d’être compris des autorités dans sa démarche et entendu dans la formulation des besoins des électromobiliens et assimilés.