Kia e-Niro en charge

L’UFC-Que Choisir vient de livrer une étude concernant la rentabilité des voitures électriques face aux autres technologies (essence, diesel, hybride rechargeable ou non, hydrogène).

Coût total de détention

Dans son étude comparative, l’UFC-Que Choisir ne s’est pas contentée de s’arrêter au seul tarif d’achat. L’organisme se base sur le coût total de détention qui comprend l’ensemble des charges supportées par un automobiliste en France. Ainsi la différence entre prix d’achat et prix de revente en tenant comptant des bonus et malus, de l’énergie consommée, des frais d’assurance, et des opérations d’entretien.



Financée par l’European Climate Foundation, la démarche globale dépasse les limites de l’Hexagone. Réalisateur des calculs et travaux d’investigation, le cabinet de conseil Element Energy a reçu sa mission du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) et de neuf de ses membres représentant autant de pays. Dont l’UFC-Que Choisir pour la France.

Les 3 vies d’une voiture électrique

Les rédacteurs sont partis du principe qu’un véhicule connaît en moyenne 3 vies pour une durée de 16 ans et 214 000 kilomètres parcourus.

En 4 ans, le premier propriétaire ferait tourner le compteur jusque 66 000 km, soit 16 500 km à l’année. Sur 5 ans, avec une moyenne de 13 500 km annuels, le deuxième ajoute 67 500 km. Le dernier conserverait l’engin 7 ans. C’est lui qui réaliserait le plus fort kilométrage au total : 80 500 km (11 500 km par tranche de 12 mois).

Des scénarios « Petits rouleurs » et « Gros rouleurs » ont été également étudiés. Pour eux, c’est la première vie qui a été retouchée. Avec respectivement un kilométrage annuel moyen de 10 000 et 20 000 km.

Les voitures électriques sont déjà rentables

Pour l’UFC-Que Choisir, utiliser une voiture électrique est la plupart du temps plus intéressant depuis 2020. C’est vrai en particulier pour les modèles de gabarit moyen. À titre d’exemples, l’association comprend dans cette catégorie les Peugeot 308, Renault Mégane IV et Tesla Model 3. Sur sa durée de vie, une voiture électrique de cette catégorie coûterait au total 65 000 ou 67 500 euros, respectivement pour un achat neuf réalisé en 2020 ou 2021.

TCO des voitures particulières

Avec les engins assimilés par l’organisme aux citadines (Peugeot 208, Renault ZOE et Clio), la situation est quasiment identique. Un seul petit bémol limité à 2023 si le bonus gouvernemental n’était pas reconduit. L’électrique pourrait alors partager la place avec l’hybride rechargeable et friser la courbe des diesel.

Pour les voitures particulières de tailles supérieures (Peugeot 2008, Renault Captur, Hyundai Kona), le diesel et l’hybride essence sont plus intéressants jusqu’en 2023. Mais à partir de 2024, l’électrique prend l’avantage.

De la première à la troisième vie

Pour la France, l’UFC-Que Choisir s’est focalisée sur les gabarits moyens qui sont majoritaires en France. L’électrique arrive sur la première marche du podium pour ses 3 vies. Le premier propriétaire supporte ainsi un coût de détention annuel de 7 275 euros. Arrivent ensuite l’hybride essence (8 450 euros), le diesel (8 650 euros), l’hybride essence rechargeable (8 775 euros), et les motorisations à essence (9 025 euros).



En deuxième main, la suite est différente après l’électrique (3 640 euros) : diesel (4 020 euros), hybride essence rechargeable (4 040 euros), hybride essence (4 400 euros), et essence (4 600 euros).

TCO des voitures particulières

Pour la 3e vie, derrière la voiture électrique (2 470 euros), hybride essence rechargeable (2 830 euros) et diesel (3 100 euros) échangent leurs places. Hybride essence (3 440 euros) et essence (3 660 euros) gardent leur positionnement.

L’électrique conserve l’avantage avec les petits et gros rouleurs, mais aussi lorsque les recharges sont effectuées dans la rue.

Justifications

Au-delà des ajustements fiscaux comme les dispositifs de bonus-malus, l’UFC-Que Choisir met en avant une série d’évolutions pour justifier la première place déjà occupée par les électriques concernant les coûts de détention des voitures particulières.

Tout d’abord, les prix des carburants pétroliers ne cessent de grimper, face à une énergie électrique beaucoup plus légère. Les coûts d’entretien et de réparation ont augmenté de plus de 25 % en seulement 5 ans. Ils pèsent généralement moins lourd sur les modèles électriques.

Enfin, les tarifs des batteries lithium-ion connaissent une forte baisse : -89 % entre 2010 et 2020. Les rédacteurs de l’étude annoncent un prix moyen de 113 euros du kilowattheure. « Cette tendance est appelée à se confirmer dans les prochaines années en raison de la densification de la production et des innovations technologiques », estiment-ils, « à condition que les efforts de recherche se maintiennent ».

La crainte du manque d’autonomie

Pour l’association des consommateurs français, la crainte d’un manque d’autonomie se justifie de moins en moins. Les électromobiliens n’épuiseraient que rarement la capacité de leurs batteries. Ils seraient seulement 4 % à aller au-delà, jusqu’à 10 jours par an, avec un VE d’une autonomie de 400 km, 90 % avec 300 km, et 67 % avec 200 km.

Avec les plus gros packs, ils sont encore 80 % à ne pas avoir besoin de recharger plus de 2 jours par an sur des bornes publiques pour réaliser de longues distances.

L’UFC-Que Choisir reconnaît cependant que le nombre de points de recharge disponibles pour les automobilistes est décalé par rapport à celui des voitures électriques déjà en circulation et à venir. L’organisme se réjouit toutefois des diverses annonces gouvernementales à ce sujet : « 100 000 bornes ouvertes au public d’ici fin 2021 » et « toutes les aires de service du réseau autoroutier concédé équipées en bornes de recharge rapide au 1er janvier 2023 ».

Hybrides rechargeables et hydrogène

Selon les projections effectuées par le cabinet de conseil Element Energy, les hybrides rechargeables exploitées le plus souvent en mode électrique devraient vite tirer leur épingle du jeu à la suite des électriques. C’est quasiment le cas, déjà, avec les gabarits moyens.

Pour les citadines, le point de bascule face au diesel est envisagé dès 2023. L’horizon ne devrait en revanche se dégager pour les modèles les plus grands qu’à partir de 2025.

Aujourd’hui bien trop onéreuses, les voitures particulières électriques à pile hydrogène pourraient occuper la 3e place du podium en matière de coût total de détention dès 2028 pour les citadines, 2030 pour les compactes et berlines, mais au-delà pour les modèles supérieurs.

Les 3 demandes de l’UFC-Que Choisir

Pour faciliter tous les scénarios envisagés dans l’étude en matière de promotion des voitures à énergie alternative, l’UFC-Que Choisir formule 3 demandes :

  • Un renforcement de l’information concernant les performances économiques et environnementales des véhicules dans le cadre de la loi Climat et résilience. Ainsi, par exemple, dans les publicités destinées au grand public. Y serait associée une méthodologie pour comparer les empreintes carbone.
  • Le maintien du bonus gouvernemental  « jusqu’à ce que leur coût de détention global soit équivalent à celui d’un véhicule thermique ». Sans cela, les véhicules de petit gabarit, par exemple, ne seraient pas avantagés avant 2025.
  • Un durcissement des contraintes autour des émissions de CO2. L’association espère, par rapport à l’objectif 2021 (95 grammes de CO2 au kilomètre), -25 % au lieu de -15 % pour 2025. Puis -40 % et -55 % respectivement pour 2027 et 2030. À échéance 2035, les émissions carbonées seraient ainsi ramenées à zéro.

Avis de l'auteur

A priori, on ne peut qu’applaudir sur cette étude mise en avant par UFC-Que Choisir. Toutefois, plusieurs points me gênent. En voici 3 en particulier.

Le GNV (GNC) et le GPL ont été écartés des énergies alternatives « en raison de leur faible part de marché, de leur potentiel de croissance très limité et des investissements des équipementiers prévus. Ils ne permettent de plus qu’une réduction minime des émissions ». Pour le GPL : d’accord. Le bioGNV vers lequel tend la filière permet bien au contraire d’importantes baisses au niveau des émissions de CO2 et des polluants habituels. La filière se développe à son rythme. Si les pouvoirs publics l’aidaient aussi étroitement qu’elle le fait pour la mobilité électrique, son essor serait bien plus important. Mettre de côté dans cette étude un gaz provenant des déchets et promouvant l’économie circulaire me paraît être une erreur importante.

En revanche, l’UFC-Que Choisir donne des estimations pour les voitures particulières hydrogène, en particulier pour les citadines. Là, pour le coup, ce n’est pas du tout ce que souhaitent les pouvoirs publics, les constructeurs et la plupart des autres acteurs de la filière H2. L’hydrogène est à privilégier pour les véhicules lourds et les flottes, car les architectures à batterie ne leur sont pas vraiment adaptées. Les voitures électriques pour les particuliers seront donc très majoritairement à batterie. Sans production massive, les VPE à pile hydrogène resteront chères. Les estimations publiées par l’organisme à ce sujet ne devraient donc pas se réaliser.

Les 3 catégories de véhicules me semblent mal taillées. Comment peut-on par exemple classer la Tesla Model 3 dans les gabarits moyens, et, dans les grands, le Hyundai Kona pourtant plus court de 50 centimètres et vendu à un prix similaire ? Où classe-t-on par exemple les Renault Twingo et Seat Mii qui sont, elles, de véritables citadines ? Et, à l’opposé, les Tesla Model X, Aiways u5, Mercedes GLC, etc. ?