Le projet A110 HE2HP progresse ! Si le roulage sur le circuit Bugatti du Mans, prévu en juin, et annoncé au moment de notre découverte à l’atelier dieppois en mars, n’a finalement pas encore eu lieu, le développement du projet est bien effectif… et surtout nous avons pu avoir aperçu de ses prétentions dynamiques !

Le hasard fait bien les choses, mais ce deuxième épisode du suivi du projet Alpine A110 HE2HP suit de près la présentation de la très fraiche Alpine A110 E-ternité 100 % électrique. Une auto qui a pu faire quelques tours de roue sur le circuit Paul Ricard à l’occasion du Grand-Prix de France de F1.

Alpine A110 E-ternité – AlpineCars

Pour rappel, si Alpine a officiellement annoncé son avenir 100 % électrique (et que ce prototype en lance la bande-annonce), l’équipe Technomap suit bien son cap d’une Alpine A110 hybride, éthanol et quatre roues motrices, surpuissante qui plus est. Entre volonté d’innovation et passion du sport automobile, l’auto qui nous intéresse garde une ambition de prototype expérimental, même si l’alternative au tout électrique séduirait sans doute beaucoup de clients de l’A110 actuelle thermique… en sursis !

Si l’auto était tout juste capable de rouler en mode dégradé en électrique, en thermique et en hybride en mars, elle est depuis suffisamment développée et fiabilisée pour s’éloigner de son atelier de Dieppe, presque voisine de l’usine historique de la marque. Le premier vrai roulage de l’auto a pu se faire dans la sphère des partenaires, sur le bien connu Autodrome de Linas-Montlhéry (91), lieu de tant d’histoire automobile, de records, et aujourd’hui au cœur de l’innovation de l’auto de demain.
Notre deuxième découverte de l’auto suivait alors cette journée intensive pour l’auto.

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Depuis notre dernière découverte, l’Alpine A110(S) de série a vu arriver en suppléments un Pack Aéro et des pneus semi-slick Michelin Pilot Sport Cup 2… Aussi, les Pilot Sport 4 de série du prototype ont vite été « upgradés » ! On note aussi une modification de l’admission, des disques de 330 mm de diamètre sur bol, ventilés et rainurés développés chez MP Rezeau associés à des plaquettes CL-Brakes avec un coefficient de friction rehaussé…. quelques caches et plaques pour la déco ; aussi et surtout la batterie totalement immergée sous la console centrale ! L’A110 HE2HP fait donc plus « finie ».

 

Petite parenthèse faisant bien écho à ce projet A110 HE2HP : le souvenir du projet 308 R-Hybrid de Peugeot Sport… Une 308 hybride 4 roues motrices développant jusqu’à 500 ch en départ-arrêté, que votre serviteur avait eu la chance d’observer entre le circuit du Paul-Ricard, le Val de Vienne, et Linas-Montlhéry (encore lui). Un prototype très avancé, parfois accompagné de la version Showcar, qui a frôlé le passage en série. Si lors d’un prochain évènement sur circuit, vous observez une A110 gris mat, pensez à Technomap ! Notons que la R-Hybrid a en quelque sorte été la bande-annonce de la 508 PSE, hybride haute-performance de série – il est vrai largement plus raisonnée – ; le concept avait notamment été présenté dans le cadre d’un évènement au Mans… laissant un premier indice sur le lieu des essais presse de la 508 PSE : le circuit Bugatti du Mans ! Lieu aussi du challenge de notre A110 HE2HP… tout se recoupe.

 

Premiers tours de roue en passagers très privilégiés !

Après la session circuit des partenaires, honneur nous était fait avec un roulage sur route ouverte. Mais la mise en place des harnais Sparco dans l’atelier Technomap ne laisse pas présager une si gentille petite balade décontractée du dimanche. Le bruit des pignons à denture droite du réducteur électrique avant ne laisse pas planer plus de doute sur la philosophie de l’auto : il va y avoir du sport ! Aussi, même en roulage tout électrique, ne croyez pas que cette A110 va perdre en bruit et en âme, à l’intérieur tout du moins. Alexandre Dutot, responsable technique de Technomap, alors au volant, nous détaille alors d’autres secrets de l’auto.

 

« L’auto a vraiment été pensée pour Le Mans. La première monte à 100 km/h ; la sixième 220. Pas de quoi mettre en lumière un départ arrêté. Sans le soutien de l’électrique, le thermique est très creux ». En effet, nous sommes loin de la docilité et de la polyvalence de l’A110 de série. Au démarrage, le thermique est bien capricieux ! Il vibre, hoquette, et nous voilà autant secoués qu’il s’insatisfait de son démarrage à froid. On rappelle que la boite séquentielle a imposé l’installation d’une pédale d’embrayage, qui sert uniquement à lancer l’auto… vu la longueur de la première, ce n’est pas une mince affaire ! Sous 3 000 tr/min, le mode 100 % thermique montre en effet un 1.8 TCe très éteint ; le soutien de l’électrique en mode hybride est alors largement bénéfique pour lisser le tout, et circuler de manière plus harmonieuse au sein de Dieppe.

Alexandre joue régulièrement avec les deux cartographies « Soft » et « Sport » du moteur thermique et du moteur électrique, réglables indépendamment. Comptons 350 ch et 350 Nm en thermique « soft », 400 ch et 400 Nm en thermique « sport ». Comme sur tout hybride, l’électrique permettra toujours de compenser le creux du thermique à bas régime par sa spontanéité et cherchera en mode Soft à s’économiser une fois le turbo mis en route, voire à ne pas se consommer inutilement à faible charge, quand il verra en action sa pleine performance en cartographie sport. Notons d’ailleurs que l’électrique n’économise pas la présence de la batterie 12V, en l’absence de convertisseurs DC/DC au sein du véhicule.

Une A110 de 600 ch ? Des prestations de supercar !

On a pu avoir un aperçu des prestations de l’auto dans sa configuration optimale, même si le thermique n’avait peut-être pas ses pleines capacités : « elle n’a peut-être que 500 ch aujourd’hui ! » plaisante Alexandre. Il n’empêche, en pleine charge, on a bien la sensation que notre champ de vision se réduit, à se voir catapulté dans une certaine violence ! À rapprocher potentiellement de ce que l’on peut ressentir lors du départ arrêté d’une Tesla, ou en roulage dans des supercars thermiques telles qu’une Porsche 911 Turbo S (992) ou une Mclaren 720 S… Ironie du sort, Technomap visait 1 322 kg comme objectif de poids pour son petit trésor : l’exacte valeur de la 720 S, pour 720 ch, si vous suivez bien. Mais les équipes ont même fait mieux, avec 1 263 kg. De quoi trouver la 911 bien lourde avec ses 1 640 kg (pour 650 ch).

Pas de souci apparent pour passer la puissance au sol avec ces quatre roues motrices, mais il semble bien falloir tenir l’auto !! Ça « guidonne » ! Les réglages circuit semblaient montrer qu’elle lisait beaucoup la route, et ses imperfections. Elle semble comme chercher sa route, avec pourtant une belle efficacité. La poussée fait fortement anticiper les passages de rapports en mode hybride et pleine puissance : même notre pilote averti, passionné de sport auto, en est presque toujours un peu intimidé ! Alexandre nous confiait alors que l’auto enroulait beaucoup de l’arrière en 100 % thermique (donc en propulsion), encore plus que celle de série. L’auto a depuis été calmée et elle est de toute manière logiquement plus sereine en mode Hybride et donc quatre roues motrices. Notons que l’auto profite d’un autobloquant à précharge variable. Aussi, la suspension à combinés filetés de chez P2S était réglée très ferme, telle une A110 GT4 de piste, lors des premiers roulages. Le compromis trouvé aujourd’hui est quelque part entre une A110 « standard » et une A110S, davantage orientée piste. Les dos d’âne urbains ne lui font pas peur.

En tout cas, avec les semi-slicks, harnachés aux sièges Sabelt d’origine, le bruit du réducteur avant, les à-coups aux passages de rapports de la boite séquentielle et le moteur sans insonorisant montrent une ambiance unique sur cette petite route virevoltante des environs de Dieppe ! De quoi se croire en passager d’une super A110 RGT de rallye… avec pratiquement le double de puissance. Incroyable.

Tout n’est pas encore parfait, et mérite encore du temps de développement. Les supports moteur montraient un peu de fragilité face aux sollicitations vibratoires qu’a l’auto : une réparation s’effectuait alors sur la pause déjeuner. Rien n’est complexe, tout est possible, de quoi se sentir plus proche d’un team de sport auto lors d’une épreuve sur circuit ou en rallye qu’un atelier Renault lambda ! Aussi, la régénération est mise au point via un capteur de pression de freinage, qui ne donne pas encore totale transparence et satisfaction. Le même problème que l’on a en série sur les électriques et hybrides, mais qui n’aura pas droit de cité pour le défi piste de l’A110 HE2HP ! Les solutions de freinage régénératif bien connues en série, type « One Pedal » et par capteur de position pédale (freinage régénératif puis mécanique) sont pour le moment écartées.

Nous parlions aussi du manque de performances du thermique : par une pression de turbo légèrement insuffisante, la puissance était plutôt aux environ de 350 ch ce qui, en thermique seul, donnait l’impression de manquer de ressources ! L’équipe Technomap aurait bien récupéré la puissance attendue de 400 ch (et 400 Nm) et viserait les 450 ch thermiques.

Le cumul de puissance en Hybride et thermique « soft » est à 554,7 ch et 728,6 Nm… preuve de la santé retrouvée !! 398,5 ch en thermique pur, cartographie Sport.

Nerf de la guerre de toute auto électrifiée, le temps de recharge n’est également pas encore optimal : l’équipe espère pouvoir atteindre les 25 kW de puissance, mais plafonne pour l’instant à 10 kW, en attendant de trouver un terrain d’entente entre cahier des charges Technomap et fournisseur. Le temps de recharge est alors pour l’instant de 1 h 30 ; quand le thermique se contente d’un petit réservoir de 25 L seulement ! L’autonomie électrique n’est alors pas encore une donnée connue et l’autonomie thermique… pas vraiment un sujet d’importance vu la vocation de l’auto. Tout juste nos deux petits tours sembleraient avoir bien entamé le réservoir !

Une première balade dynamique qui met l’eau à la bouche…

Ces quelques heures passées auprès de l’auto n’ont pas déçu des attentes élevées sur les prestations de l’auto ! Un tel moment d’échange avec l’équipe Technomap montrait une nouvelle journée très privilégiée : un grand merci à Christophe, David, Nicolas, Alexandre et toute l’équipe pour leur accueil chaleureux, et ces discussions passionnées sur l’automobile, sans se refuser toutes les possibilités d’évolution et de révolution. Parce que l’auto n’a pas fini de nous surprendre…

Rendez-vous à la rentrée pour une évolution sur circuit ? À suivre…