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Acheter une voiture électrique en provenance d’un constructeur qui a fait faillite peut sembler particulièrement risqué… Pourtant, un Français vient de débourser 16 000 € pour un Fisker Ocean One de 571 ch. Pièces détachées, bugs, réparations, logiciel : il connaissait les difficultés qui l’attendaient et ne regrette pourtant pas son choix. Nous avons discuté avec Hicham pour comprendre cet achat.
Acheter une voiture d’occasion implique toujours une part de risque. Mais acheter un Fisker Ocean en 2026, c’est encore un autre niveau. Si vous suivez l’actualité sur Automobile Propre, vous saurez certainement que le constructeur qui l’a commercialisé n’est plus là pour assurer le service après-vente, fournir des pièces détachées, assurer la garantie ou simplement répondre aux propriétaires en cas de problème…
Cela n’a pourtant pas empêché Hicham de franchir le pas. Passionné d’automobile, de nouvelles technologies et de voitures électriques, il apprécie aussi de comprendre lui-même le fonctionnement de ses véhicules et de chercher des solutions plutôt que de dépendre systématiquement d’un garage. Un profil qui, on va le voir, a probablement son importance lorsqu’on décide d’acheter un Fisker Ocean d’occasion aujourd’hui.
Après plusieurs mois de recherches, notre électromobiliste français a trouvé un Fisker Ocean One, la série de lancement du grand SUV électrique. Un modèle mis en circulation en 2023. Hicham en a fait l’acquisition auprès d’un particulier le 12 juillet 2026 pour seulement 16 000 €, avec 30 000 km au compteur. La différence avec son tarif d’origine est spectaculaire… En France, l’Ocean One était initialement affiché à 69 950 €.
Dans cette configuration, le SUV électrique dispose d’une batterie de 113 kWh (106,5 kWh utiles), de deux moteurs électriques capables de développer un total de 420 kW (571 ch), et peut atteindre jusqu’à 707 km d’autonomie selon le cycle WLTP. Le 0 à 100 km/h était annoncé en 3,9 secondes. Bref, d’excellentes performances ! On a là un SUV toujours au niveau des véhicules électriques équivalents commercialisés aujourd’hui !
Hicham a donc payé moins du quart du prix auquel cette voiture était proposée lorsqu’elle était neuve. Mais ce tarif particulièrement intéressant n’est évidemment pas un coup du hasard… « Le prix était cohérent avec l’état du véhicule et les travaux qu’il fallait prévoir dessus », explique notre témoin. Plusieurs interventions étaient effectivement nécessaires, notamment autour de la batterie et de l’étanchéité de certains connecteurs.
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Témoignage – Comment les propriétaires français du Fisker Ocean se préparent à une éventuelle faillite ?Sa première dépense a d’ailleurs été le remplacement de la batterie 12 V, afin d’éviter une partie des problèmes électroniques susceptibles d’apparaître lorsqu’elle vieillit.
Cet achat n’a donc pas été effectué sur un coup de tête. Avant de passer à la caisse, Hicham a longuement étudié la situation de Fisker et cherché à savoir ce qu’il restait possible de faire avec un Ocean privé du soutien de sa maison-mère. « Je savais dans quoi je mettais les pieds », assure-t-il. Son entourage était en revanche moins enthousiaste : certains l’ont pris pour quelqu’un de « courageux », voire « un peu fou ».
Après des mois de difficultés financières, Fisker s’est placé sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites en juin 2024. L’entreprise avait alors épuisé une grande partie de ses liquidités. Elle rencontrait des difficultés pour produire et distribuer ses voitures. La production a finalement été stoppée et Fisker n’a jamais réussi à trouver le partenaire industriel susceptible de lui permettre de poursuivre son activité.
Quelques mois plus tard, en octobre 2024, la justice américaine approuvait son plan de liquidation. Une partie importante des Ocean encore en stock avait entre-temps été cédée à American Lease, une société de location basée à New York : plus de 3 000 véhicules pour environ 46 millions de dollars, soit autour de 14 000 dollars par voiture en moyenne… Preuve de l’effondrement brutal de la valeur du modèle en peu de temps.
C’est justement cette chute des prix qui rend aujourd’hui le Fisker Ocean séduisant aux yeux de certains acheteurs prêts à prendre des risques. « Pour 16 000 €, on parle quand même d’un SUV électrique très bien équipé avec 571 chevaux, une grande batterie et une autonomie annoncée d’environ 700 km », résume notre propriétaire. Il reconnaît sans difficulté que le tarif a largement pesé dans sa décision.
À ce niveau de prix, les alternatives sont très différentes. Il aurait pu choisir un SUV électrique d’occasion plus conventionnel, avec un réseau de réparateurs, un constructeur toujours en activité et une disponibilité des pièces théoriquement beaucoup plus rassurante. Mais l’Ocean lui plaisait justement parce qu’il sort de l’ordinaire : son design, ses équipements, ses performances et sa rareté ont fini de le convaincre.
Le risque financier est malgré tout bien présent. La valeur résiduelle du véhicule dans quelques années est quasiment impossible à anticiper. Mais avec une mise de départ de 16 000 €, Hicham accepte l’idée qu’il puisse continuer à fortement décoter, voire devenir totalement invendable.
Acheter un Ocean aujourd’hui nécessite surtout d’oublier les habitudes prises avec une voiture classique. Plus question d’appeler la concession la plus proche au premier voyant qui s’allume. Avant son achat, notre lecteur s’est donc renseigné sur la disponibilité des pièces, les outils de diagnostic, les possibilités de réparation, les logiciels et les mises à jour. Et c’est notamment du côté des autres propriétaires qu’il a trouvé des réponses.
Il s’appuie aujourd’hui sur la Fisker Owners Association (FOA) et sa branche française, la FOAF. La FOA a progressivement construit un véritable écosystème parallèle autour de l’Ocean. L’association met à disposition des tutoriels, de la documentation technique et des procédures de réparation. Elle recense également des techniciens indépendants capables d’intervenir et participe à l’approvisionnement de pièces.
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Seuls au monde, voici ce que deviennent les propriétaires français du Fisker OceanLa situation est néanmoins beaucoup plus précaire que pour une voiture qui bénéficie d’un réseau officiel. Une pièce électronique très spécifique peut être extrêmement difficile à trouver, et les compétences nécessaires pour diagnostiquer certaines pannes ne sont pas disponibles dans n’importe quel garage…
Et notre propriétaire n’a pas eu besoin d’attendre plusieurs années pour découvrir cette réalité. Son problème le plus important concerne actuellement l’écran central de son Ocean, qui ne fonctionne plus. Il cherche l’origine de la panne avec l’aide de la communauté française. Les systèmes d’aide à la conduite lui ont par ailleurs donné du fil à retordre, notamment les caméras, les radars et les détecteurs d’angle mort.
Même le fameux « California Mode », qui permet d’ouvrir simultanément plusieurs surfaces vitrées de la voiture, ou les vitres arrière, a nécessité des recherches et des recalibrages. Le Fisker Ocean a effectivement connu plusieurs campagnes de rappel avant et pendant la faillite de Fisker. Plus de 11 000 exemplaires dans le monde avaient notamment été rappelés en 2024 pour un problème de pompe à eau électrique.
Selon Hicham, sur le Fisker Ocean, un problème parfaitement banal peut devenir complexe dès lors qu’il faut déterminer s’il vient « du matériel, du logiciel, d’un module ou de la communication entre différents systèmes ».
Ce ne sont d’ailleurs pas la batterie ou le moteur qui l’inquiètent. Mais plutôt l’électronique et le logiciel… Car une automobile moderne est un véritable produit connecté. Certaines fonctions nécessitent des serveurs à distance, une connexion mobile et une infrastructure logicielle qui continuent de fonctionner plusieurs années après la vente de la voiture. Alors quand le constructeur disparaît, leur maintien devient donc un sujet majeur.
Dans le cas de Fisker, une partie de cet héritage est désormais gérée par OV Loop. Son offre Ocean Loop permet notamment de conserver une connexion 4G, certains services cloud, une application mobile, des diagnostics à distance et des mises à jour. Mais contrairement à ce qui était prévu lors de la commercialisation initiale de la voiture, ces services ont dorénavant un prix spécifique : l’abonnement est facturé 499 dollars par an. Certaines évolutions logicielles supplémentaires sont commercialisées séparément.
Hicham en est conscient : « certaines fonctionnalités qui étaient normalement intégrées à la vie du véhicule deviennent à présent dépendantes de solutions alternatives qu’il faut financer soi-même ». Fait assez remarquable, le développement logiciel autour de l’Ocean se poursuit malgré tout. La FOA propose par exemple OceanLink Pro et travaille sur différentes solutions pour maintenir des fonctions connectées.
Toutes ces contraintes pourraient laisser penser que le Fisker Ocean est devenu une sorte de voiture de collection à sortir uniquement le dimanche. Mais ce n’est visiblement pas le cas. Son propriétaire ne s’interdit pas les longs trajets et affirme ne pas conduire avec « la peur permanente de tomber en panne ». Il reste simplement beaucoup plus attentif à sa voiture. Il conserve de la documentation, suit l’évolution des solutions développées par la communauté et cherche à comprendre lui-même les problèmes lorsqu’ils apparaissent.
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Comment les clients français s’entraident après la faillite de cette marque de voitures électriquesEt malgré les ennuis déjà rencontrés, son avis sur le véhicule lui-même reste positif. « C’est une voiture très confortable, très équipée, extrêmement puissante, originale et technologiquement ambitieuse », estime-t-il.
Hicham compte en tout cas conserver son Ocean plusieurs années. Quant à sa valeur future, il reconnaît qu’elle est impossible à prévoir. Il imagine néanmoins qu’une poignée de passionnés pourrait continuer à s’intéresser au modèle, notamment en raison de sa rareté et de son histoire pour le moins mouvementée. Referait-il son achat ? La réponse est oui. Le recommanderait-il à tout le monde ? Certainement pas.
Pour posséder un Fisker Ocean en 2026, mieux vaut selon lui aimer comprendre le fonctionnement de sa voiture, éventuellement mettre les mains dedans et surtout accepter de vivre sans filet de sécurité constructeur. Mais, pour Hicham, c’est justement ce qui rend son achat intéressant. Un choix qui demande davantage d’implication qu’avec une électrique classique, mais que notre propriétaire assume pleinement : « j’ai acheté une voiture dont le constructeur a disparu, mais je n’ai pas acheté une voiture morte ».
Pour l’instant, les Fisker Ocean continuent de rouler grâce à un mélange assez inédit de passionnés, d’associations, de réparateurs indépendants et d’entreprises ayant repris certains services numériques. Une situation fragile, coûteuse et sans garantie à long terme, mais qui suffit à maintenir ces voitures sur les routes.
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Voilà un aventurier…bonne route à lui.
Moi je vais rester plus conventionnel.😉