Pourquoi Stellantis multiplie les partenariats

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Les annonces de nouvelles collaborations s’enchaînent du côté de Stellantis. Voilà donc un élément important de la nouvelle stratégie du groupe.

Ce jeudi 21 mai, Antonio Filosa va dévoiler son plan stratégique pour Stellantis. Enfin ! Officiellement nommé directeur général il y a quasiment un an, cet Italien a donc pris son temps pour dessiner la nouvelle feuille de route du groupe et tourner la page Carlos Tavares.

Toutefois, nul besoin d’attendre les annonces de la conférence de presse officielle, qui aura lieu aux Etats-Unis, pour connaître un des éléments forts de la stratégie Filosa : les partenariats. Stellantis a en effet pris de l’avance et fait plusieurs annonces officielles en ce sens avant la grande présentation.

Chine, Europe, Etats-Unis

Le 8 mai, le groupe a confirmé que son partenariat avec le chinois Leapmotor va être renforcé. Alors que Stellantis est devenu distributeur de cette marque en Europe via la création de la coentreprise Leapmotor International, la collaboration va être étendue au partage d’usines et de technologies.

Le 15 mai, on a appris que la coopération avec le chinois Dongfeng allait être relancée en Chine. Associé historique de PSA dans l’Empire du Milieu, Dongfeng va produire deux nouvelles Peugeot en 2027, puis deux nouvelles Jeep. Et ces modèles seront distribués hors de Chine.

Ce n’est pas tout, puisque la collaboration prend un nouveau tournant avec un effet miroir en Europe. Le 20 mai, Stellantis et Dongfeng ont annoncé leur intention de créer une coentreprise pour l’Europe, pilotée cette fois par Stellantis, « dédiée aux activités de ventes et distribution, production, achats et ingénierie ». Il est notamment prévu d’assembler dans une usine française des voitures de la marque Voyah.

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Le 20 mai encore, Stellantis a annoncé avoir signé un protocole d’accord « visant à explorer des opportunités de collaboration avec le groupe Jaguar Land Rover » ! Celui-ci concerne cette fois les Etats-Unis.

Faire tourner les usines

Une foule de nouveaux accords donc, voilà qui pourrait surprendre de la part d’un groupe déjà XXL, avec officiellement 14 marques, voire 15 si on compte Leapmotor International. Une galaxie vaste où l’on a déjà appris à multiplier les projets en commun afin de partager les coûts de développement, avec une stratégie de « voitures soeurs », où tout ce qui ne se voit pas est partagé.

Une méthode de travail mise en place par Carlos Tavares et qu’Antonio Filosa ne va pas remettre en cause, bien au contraire. Ainsi, le nouveau projet E-Car, dédié à des petites voitures électriques pas chères, va suivre cette même logique, avec une conception qui servira à plusieurs firmes, à commencer par Citroën et Fiat.

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Mais Stellantis a beau être un méga-groupe, il souffre de grosses lacunes et les nouveaux partenariats doivent donc apporter des réponses à celles-ci. Ainsi, la relance du partenariat avec Dongfeng en Chine doit l’aider à repartir à la conquête de cet énorme marché, où les ventes de Stellantis sont devenues quasi-nulles.

Un autre gros souci actuel de Stellantis, c’est sa difficulté à faire tourner ses usines en Europe. PSA, Opel et Fiat étaient tous très bien implantés en Europe. Forcément, en fusionnant, ils ont donné naissance à un ensemble industriel européen surdimensionné, d’autant que les ventes n’ont jamais retrouvé les niveaux d’avant Covid… et ne devraient jamais les retrouver.

Que faire face à cette situation ? Plutôt que de fermer des usines et éviter ainsi des décisions sociales explosives, Stellantis a trouvé son salut avec les chinois. Quitte à faire entrer le loup dans la bergerie… Mais dans la mesure où les chinois ont très envie de conquérir l’Europe, autant en tirer profits.

C’est la stratégie qu’avait fini par assumer Carlos Tavares, à l’initiative du rapprochement avec Leapmotor, et qui va donc être accélérée par son successeur. Ainsi Leapmotor va bientôt assembler des autos dans l’usine espagnole de Saragosse et pourrait racheter un site près de Madrid. En France, pas de revente, mais l’usine de Rennes va bientôt assembler des autos d’une marque de Dongfeng.

Rattraper le retard technique

L’annonce du rapprochement avec JLR est plus inattendue, mais il y a toujours les mêmes logiques pour répondre aux mêmes problèmes. Stellantis peut mieux faire tourner ses sites américains, tandis que JLR peut produire sur place pour échapper à la guerre des droits de douane.

Comme toujours, la logique est d’être gagnant-gagnant sur le plan économique alors que l’industrie automobile traverse une zone de turbulences qui met à mal les résultats financiers. Les tensions géopolitiques s’ajoutent aux réglementations qui imposent des investissements dans l’électrification difficiles à rentabiliser.

C’est d’ailleurs une autre faiblesse à combler pour Stellantis. Clairement, en matière de technologies, Antonio Filosa a hérité d’une situation dégradée en raison des choix de Carlos Tavares. Obnubilé par la rentabilité, celui-ci a trop réduit les dépenses de recherche et développement.

Stellantis se doit donc désormais de rattraper à grande vitesse son retard, ce qui est coûteux. Les partenariats sont une solution simple pour faire plus vite et moins cher. Leapmotor a par exemple développé de son côté des modèles à prolongateur d’autonomie et des plateformes électriques. Cela se concrétisera dès 2028 avec l’arrivée d’un nouveau SUV électrique Opel imaginé sur une base chinoise. D’autres annonces de ce genre, avec peut-être encore d’autres marques, pourraient être faites le 21 mai.

Le partenariat n’est toutefois pas sans risque et sans défaut, il impose de se mettre d’accord avec un associé qui est aussi un concurrent et qui peut avoir des attentes différentes. Ainsi, du côté de Renault, l’ancien directeur général Luca de Meo avait aussi fait des partenariats un élément clé de sa stratégie.

Mais depuis leurs signatures, plusieurs ont capoté. Alpine n’a ainsi pas su s’accorder avec Lotus, tandis que la coentreprise Flexis pour les utilitaires électriques, montée avec Volvo et CMA-CGM, a été stoppée. Renault est désormais seul à devoir régler la note de projets qui doivent aller à leur terme.

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