La suite de votre contenu après cette annonce

Si des syndicats de l’énergie misent sur une mobilité multi-énergies, dans la Manche, le conseil départemental a fait le choix de l’hydrogène dès 2014. Quatre ans plus tard, faisons le point sur ce sujet avec Valérie Nouvel, vice-présidente de cette collectivité pionnière.
Au tout début de l’année 2015, Les élus au service du département de la Manche étaient particulièrement fiers d’annoncer que la collectivité qu’ils représentent s’inscrivait comme la première en France à s’équiper d’une station à hydrogène. Avec elle, les 5 premiers véhicules H2 du territoire pouvaient se réapprovisionner en gaz à Saint-Lô. Il s’agissait de Renault Kangoo électriques équipés par Symbio d’un prolongateur d’autonomie à pile hydrogène.
Une flotte évolutive ! La « feuille de route mobilité » fixée en février 2014 prévoyait 40 voitures particulières et utilitaires légers à hydrogène, mais aussi 5 bus et 1 bateau de pêche. Deux autres stations devaient être ouvertes dans le département. Cette entrée dans la transition énergétique s’appuyait sur un potentiel unique de production décarbonée en électricité, estimée à 10 GW à horizon 2030. Surplombée dans le Cotentin par la centrale de Flamanville, la mer offre une puissance inépuisable pour alimenter nombre d’hydroliennes et fournir un décor d’envergure à l’éolien offshore. Dans ce cadre, obtenir de l’hydrogène par électrolyse n’est pas un problème.

Vice-présidente du conseil départemental de la Manche, Valérie Nouvel est en charge de la Transition énergétique, de l’Environnement et de l’Innovation, et, dans ce cadre, du projet hydrogène. Le gaz, sur ce territoire labellisé « Territoire hydrogène », est perçu comme particulièrement stratégique pour gommer l’effet d’intermittence des sources renouvelables d’énergie grâce aux solutions de stockage qu’il offre. Alain Leboeuf, – président du SyDEV -, Claire Bourgeois-République, – vice-présidente de la communauté dʼagglomération du Grand Dole -, et elle sont les fondateurs du Club des élus ambassadeurs de l’hydrogène, lancé en juin dernier au sein de l’association française pour l’hydrogène et les piles à combustible (Afhypac). C’est avec beaucoup de dynamisme, de conviction et de passion que Valérie Nouvel défend le projet hydrogène qui dépasse les frontières de la Manche pour intéresser plus largement la Normandie et rayonner au-delà encore.
Si la Manche ne compte pas encore de station délivrant du GNV, elle déploie en revanche un réseau de 129 bornes de recharge pour véhicules électriques et hybrides rechargeables, porté par le syndicat départemental de l’énergie. Une première édition d’un rallye dédié, baptisé « Manche électro Tour », est d’ailleurs programmé le 16 juin prochain.
Poser la question aux élus du département de l’intérêt de promouvoir la mobilité hydrogène sur le territoire, plutôt que l’électrique à batterie de traction ou celle au GNV, serait ne pas connaître la raison d’être du projet hydrogène. Avec ou sans mobilité, de l’hydrogène sera produit pour les besoins de stockage de la production d’origine renouvelable de l’électricité. Alors autant exploiter cette opportunité comme un tout, et permettre la diversification des sources d’énergie disponibles pour la mobilité durable.
Valérie Nouvel a bien sûr son avis sur l’intérêt de faire rouler des véhicules à l’hydrogène : « Avec ce gaz, on retrouve la même facilité qu’avec les voitures d’aujourd’hui pour faire le plein, en quelques minutes, avec une autonomie similaire d’environ 700 kilomètres ».
Elle met également en avant un autre argument : « Dans les batteries des habituelles voitures électriques se trouvent des matériaux stratégiques. Une mobilité durable qui ne s’appuie que sur les batteries impose une pression sur les matières, une pression sur l’approvisionnement ».
Depuis janvier 2015, la flotte des véhicules à hydrogène s’est étoffée. « Au département, nous comptons 13 Renault Kangoo à pile hydrogène et 5 Hyundai ix35. Le SDIS, – les pompiers -, dispose aussi de 2 Kangoo comme les nôtres », détaille Valérie Nouvel. Avec ces 20 véhicules, le parc H2 en circulation dans la Manche se situe à mi-chemin sur la « feuille de route mobilité » scénarisée début 2014.
« Nous n’avons pas prévu d’augmenter le nombre total de tous les véhicules utilisés par les services du département. Mais quand il s’agit de remplacer le moment venu un véhicule diesel ou à essence, nous envisageons l’achat d’un exemplaire à hydrogène. En outre, nous ne sommes pas les seuls à intégrer ces voitures à notre flotte. L’agglomération de Saint-Lô a passé commande pour 4 Hyundai ix35. D’autres collectivités et Transdev feront progressivement augmenter le nombre de véhicules à hydrogène dans la Manche », commente notre interlocutrice.
« Nous prêtons nos voitures hydrogène à des collectivités ou des entreprises, le temps pour elles d’évaluer l’intérêt d’en acquérir à leur tour. Nous nous heurtons toutefois à un frein : l’absence d’offres de leasing concernant ces véhicules. Nous sommes en train de travailler ce sujet avec les opérateurs concernés », témoigne Valérie Nouvel. Le projet de mise en service de 5 bus hydrogène à Cherbourg est pour l’instant arrêté. « Keolis qui exploite les bus demande à avoir en secours une flotte classique pour assurer la continuité du service en cas de problèmes. D’où un arbitrage temporaire. Mais dès que nous aurons une meilleure visibilité sur ce projet, il sera redémarré », assure la vice-présidente du département de la Manche.
« Hervé Morin, président de la région Normandie, a pris l’engagement de boucler pour fin 2018 le programme d’implantation EAS-HyMob de 15 stations à hydrogène en Normandie. Dans la Manche, nous aurons donc des stations à Saint-Lô, Cherbourg et Avranches. Pour une complémentarité des services, nous essayons de réunir dans un même lieu, une station hydrogène, et une borne de recharge pour les véhicules électriques à batterie installée par le Sdem. Ce sera par exemple le cas à Avranches où les 2 infrastructures seront implantées près de la gare », détaille Valérie Nouvel.
Si l’actuelle station de Saint-Lô sert en très grande partie aux collectivités, il arrive que des professionnels venus de l’étranger demandent à y faire le plein. « Quand ça arrive, nous ne leur facturons pas l’hydrogène, afin d’aider à faire émerger la filière », commente notre interlocutrice.
Dans le cadre du projet Bhyke soutenu par l’Ademe, le département de la Manche teste des vélos à assistance électrique équipés de pile hydrogène et développés par Pragma, une entreprise basée à Biarritz (64). Les engins disposent d’une capacité de stockage de 35 grammes de gaz.
« Ces vélos disposent d’une autonomie doublée par rapport à des vélos électriques classiques, soit une centaine de kilomètres à la place d’une cinquantaine », plaide Valérie Nouvel. Dix vélos H2 sont destinés à Saint-Lô, et autant pour Cherbourg. Deux Cibles : le tourisme avec des visites guidées, et les trajets domicile-travail pour favoriser les projets d’insertion professionnelle.

« Sur les stations à hydrogène prévues pour les voitures, il est possible de prévoir une sortie pour les vélos. Mais nous installons des petites stations Atawey de la taille d’une armoire normande, avec électrolyse de l’eau à l’intérieur », explique Valérie Nouvel. « Deux stations sont déjà livrées, l’une en service à Saint-Lô, l’autre va ouvrir dans le courant du mois à Cherbourg au niveau du port de plaisance. Parmi les sites prochainement équipés d’une station pour les vélos : Avranches, Granville et les îles Anglo-Normandes », détaille-t-elle.
Un cas isolé cette volonté de développer les vélos alimentés à l’hydrogène ? « Non ! Différents territoires ont prévu également de les expérimenter, comme dans le Jura sur des chemins de halage, à Grenoble et Chambéry où la pratique du VTTAE se développe avec des utilisateurs qui devraient apprécier le poids plus léger des vélos à hydrogène, à Bordeaux, dans le Berry, en Occitanie… », liste notre interlocutrice.

Si le projet d’hydroliennes Oceade porté par General Electric et Engie a été stoppé, celui de DCNS et EDF Energies Nouvelles, – baptisé « Normandie Hydro » -, avec également pour cadre le Raz Blanchard, devrait permettre la mise en service en 2020 de 7 turbines pour une puissance totale de 14 MW. De quoi fournir en électricité l’équivalent de la consommation de 13.000 personnes ! Ceci, en plus des divers autres programmes de développement des énergies renouvelables dans la Manche, dont celui d’éoliennes offshore, sous la responsabilité d’Alstom, LM Wind Power, et, à nouveau, d’EDF Energies Nouvelle. Les besoins en stockage sont donc importants, justifiant la mobilisation du département de la Manche autour de l’hydrogène. Le gaz sera obtenu de façon classique par électrolyse de l’eau, mais aussi par une solution à base de zinc mise au point par Ergosup.
Automobile Propre et moi-même remercions vivement Valérie Nouvel et son équipe pour leur réactivité et leur disponibilité. En amont de l’interview, m’ont été adressé différents documents d’une grande richesse en détails, – essentiellement des dossiers et communiqués de presse -, qui définissent plus exactement les contours du programme hydrogène poursuivi dans la Manche et en Normandie. Je les tiens à disposition des lecteurs intéressés.
Le meilleur d'Automobile Propre, dans votre boite mail !
Découvrez nos thématiques voiture électrique, voiture hybride, équipements & services et bien d’autres
S'inscrire gratuitement
Sans chercher bien loin, je vois que :
1. les projets de station qui émergent en France visent D'ABORD à alimenter des véhicules de niche (flottes de véhicules - l'ouverture au grand public n'est pas l'objectif PREMIER) afin de bénéficier de retours d'expérience dans des conditions qu'on maitrise
2. ces véhicules sont plutôt des poids-lourds (et donc à 350 bars) ou des véhicules dont les caractéristiques ont été lignées pour ne pas avoir besoin de faire une station à 700 bars (Kangoo ZE avec prolongateur d'autonomie)
3. à 700 bars, on a des VP mais avec un niveau de disponibilité sur le marché extrêmement faible (et contrairement aux VE à batteries qui peuvent, au prise, se recharger sur une prise industrielle, s'il n'y a pas un réseau de stations hydrogènes dès le départ (France métropolitaine = Lille, Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Strasbourg, Nice, Nantes ou Rennes), on limitera les trajets très longs (même avec une autonomie de 700 km).
4. Passer de 350 bars est largement plus coûteux
Conclusion : Je comprends qu'on considère que POUR L'INSTANT, le surcoût n'est pas justifié. De la même manière qu'on a lu et entendu tout et n'importe quoi à l'époque sur la prise type 3 ou les différents types de charge rapide, il me semble qu'il n'y a aucune erreur de fond dans les projets qui sont menés, juste de arbitrages logiques. Il faut juste se rappeler que leur objectif premier, pour l'instant, N'EST PAS d'alimenter des véhicules "de particuliers" (donc à 700 bars) mais bien de tester la filière hydrogène. Au lieu de tirer sur les projets qui sont menés, si on considère qu'il faut un réseau pour les VP tel qu’évoqué plus haut, il vaudrait mieux demander un investissement de l'Etat en ce sens.
@Jumper, on en a discuté avec Daniel, 20TWh suffiront en 2050 avec une base nuke restante. Pour l'hiver, retour en grâce du gaz propre pour se chauffer et cuisiner, pk pas avec du power2gaz via injection, mais pas pour du gaz2power, donc non, pas de H pour le stockage à proprement parlé (l'injection est déjà une forme de stockage).
Pour le Vanadium, à voir ce que donne l'install Chinoise, 20ans avant de changer le flux me semble intéressant, à voir combien coute tout l'entretient de l'install sur long terme. La boîte Fr passe par d'autres matériaux, non polluants en prime, à voir pour le cout global. On parle de 500$/kWh installé actuellement, avec objectif de 150$ d'ici 2025 ... Idem le Li dont les prix fondent et les durée de vie augmentent ... Il y a 20 ans, il était impensables qu'ils se vende plus de tel portables que d'humains sur terre et pourtant ... L'objectif de 2050 est encore très loin, rien qu'en 2030 les technos de stockage auront grandement évoluées. Le H lui a atteint sa limite à la marge depuis 10 ans déjà ...
la batt australienne fait 129 MWh (et c'est UNE installation, la batt de Rick fait presqu'1 TWh et c'est UNE seule install)
Rien ne s'oppose à plusieurs TWh. Et la GRID arrive, lentement mais sûrement.
Mon idée perso c'est que Redox, le Sodium, et le lithium usagé prendront la main dans le statique, le lithium "neuf" sera réservé à l'électromobilité, trop cher, trop dense et cher à sécuriser pour une application aussi triviale. Mais le fond ne change pas, face à ça le H2 n'a aucune chance.
et sauf erreur, aucun pays de plus de 30 millions d'âmes ne passera à du 100% ENR sans nuke / charbon / gaz, personne avant que soit ces batt soit largement disponibles à grande échelle, et tout ça pendant que la fusion avance...
le "momentum" du H2 , soit n'arrivera jamais, soit trop peu longtemps