La suite de votre contenu après cette annonce

Une étude suisse remet en question la stratégie actuelle d’électrification des transports publics. Plutôt que d’attendre le renouvellement naturel des flottes, convertir les bus diesel existants à l’électrique permettrait d’accélérer la transition de quinze ans tout en réduisant les émissions de CO2 et les coûts. Une piste déjà expérimentée en France, mais encore largement sous-exploitée.
L’Europe pourrait gagner quinze ans sur la fin du diesel… sans acheter plus de bus neufs. C’est la conclusion d’une étude publiée par l’Empa, l’institut fédéral suisse de recherche sur les matériaux et la technologie. Ses chercheurs estiment que convertir les bus diesel déjà en circulation en véhicules électriques permettrait d’accélérer considérablement la transition énergétique des transports publics européens, sans attendre les différentes périodes de renouvellement.
Le principal frein à l’électrification n’est pas le manque de bus électriques neufs, mais la durée de vie des véhicules actuels. Un bus urbain circule en moyenne pendant vingt ans. Résultat : même si seuls des bus zéro émission étaient achetés à partir de 2035, le parc européen n’atteindrait 95 % d’électrification qu’en 2057.
Le rétrofit change complètement cette équation. Cette opération consiste à remplacer le moteur thermique, la boîte de vitesses, le réservoir et toute la chaîne de propulsion par un système électrique, tout en conservant le châssis, la carrosserie et l’habitacle. Selon les chercheurs de l’Empa, cette stratégie permettrait d’atteindre le même niveau d’électrification environ quinze ans plus tôt, soit en 2042.
À lire aussi
Après Lormauto, la faillite de TOLV interroge sur l’avenir du rétrofit en FranceL’étude ne met pas seulement en avant le gain de temps. Son analyse du cycle de vie montre qu’un bus rétrofité génère environ deux fois moins d’émissions de gaz à effet de serre que la fabrication d’un bus électrique neuf. Chaque conversion permettrait ainsi d’économiser près de 58 tonnes de CO₂ équivalent.
À l’échelle européenne, cela représenterait près de 300 millions de tonnes de CO2 évitées d’ici 2100, soit un volume comparable aux émissions annuelles de l’Espagne. L’intérêt est également économique. Les chercheurs estiment qu’un rétrofit coûte environ deux fois moins cher que l’achat d’un bus électrique neuf.
La France a déjà ouvert la voie
Plusieurs entreprises françaises se sont déjà lancées sur ce marché. Rétrofleet a notamment homologué un premier autocar rétrofité dès 2023 près de Tours. Le coût annoncé tournait autour de 170 000 euros, contre 450 000 à 580 000 euros pour un véhicule neuf selon les versions.
Plus récemment, REV Bus&Truck a signé un accord avec le Groupe Faure afin de convertir douze autocars diesel dans son usine de Villefranche-sur-Saône. Ces initiatives restent néanmoins modestes face aux quelque 500 000 bus actuellement en circulation sur le continent.
L’Empa souligne que ses projections économiques reposent encore sur des hypothèses issues de projets pilotes. Les programmes industriels de grande ampleur sont encore peu nombreux et plusieurs inconnues demeurent.
Le coût réel des conversions dépendra notamment du modèle de bus, de la capacité des batteries et de l’autonomie recherchée. A cela s’ajoute la délicate question de l’homologation sur un marché européen où chaque pays dispose de ses propres règles.
Autre difficulté : les aides publiques privilégient aujourd’hui très largement l’achat de véhicules neufs plutôt que la conversion des bus existants. Si elles souhaitent encourager le rétrofit, les politiques publiques devront réadapter leur stratégie.
À lire aussi
En Isère, les bus scolaires passent du diesel à l’électrique grâce au rétrofitLe meilleur d'Automobile Propre, dans votre boite mail !
Découvrez nos thématiques voiture électrique, voiture hybride, équipements & services et bien d’autres
S'inscrire gratuitement
Qui n'a jamais suivi un bus scolaire (ou de tourisme) sur une petite route de campagne tortueuse, qui vous gratifie à chaque relance d'un fumet diésélisé si délicat, voire d'un petit nuage opaque aux volutes artistiques ?
4
A cela s’ajoute la délicate question de l’homologation sur un marché européen où chaque pays dispose de ses propres règles.???
L'homologation "par type" (en série) est européenne par défaut depuis le début du siècle.
C'est l'homologation à l'unité (comme la Réception à Titre Isolé française) qui sort des règles communes.
C'est valable pour les véhicules, mais aussi pour les équipements et motorisations qui ont eux-mêmes leurs normes européennes, et pour bien d’autres biens et produits marchands.Pour la Suisse, ici (et le Royaume Uni), évidemment c'est plus ou moins simple...
Pour le rétrofit, c'est la certification du "modificateur" (vis à vis du constructeur originel) qui est est problématique dans certains pays plus... "perméables à quelques intérêt particuliers" (France et Allemagne en tête).