Carburants synthétiques : pourquoi cette alternative est de moins en moins une bonne idée ?

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Les carburants de synthèse sont régulièrement mentionnés dans les débats sur la réduction des émissions de CO₂ dans le domaine automobile. Mais s’agit-il vraiment d’une alternative intéressante pour les consommateurs ? Dans une étude publiée récemment, des experts estiment que le prix à la pompe des carburants synthétiques pourrait devenir parfaitement inabordable à horizon 2030.

7 €/litre pour du carburant de synthèse ?

La promesse des carburants synthétiques tient en quelques mots : continuer à utiliser des moteurs thermiques en réduisant leur empreinte carbone. Sur le papier, l’idée est séduisante. Ces carburants sont produits à partir de CO₂ capté et d’hydrogène obtenu par électrolyse de l’eau, à condition d’utiliser une électricité bas carbone. Ils peuvent ensuite être transformés en essence synthétique, en gazole ou en kérosène. Selon une récente étude menée par Ionect pour l’ONG Transport & Environment, le processus de fabrication serait en réalité énergivore, coûteux et assez complexe. Les auteurs du rapport se sont intéressés au cas de l’essence synthétique destinée aux voitures particulières.

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Le premier obstacle est économique. Selon cette analyse, produire de l’essence synthétique en Europe en 2030 coûterait environ 4 €/litre. Une fois ajoutées les marges, les taxes et la TVA, le prix à la pompe pourrait atteindre… près de 7 €/litre. À titre de comparaison, l’essence fossile resterait sous la barre des 2 euros dans les hypothèses retenues. Pour un automobiliste français, cela changerait radicalement le coût d’usage d’une voiture thermique : un plein de 50 litres pourrait dépasser les 300 euros. Même en gardant une marge de prudence sur ces projections avancées par les chercheurs, il semble assez difficile d’y voir une solution grand public dans ces conditions.

Des carburants de synthèse issus de l’e-kérosène

Les défenseurs des carburants synthétiques avancent un autre argument. Selon eux, la production d’e-kérosène pour l’aviation pourrait générer des sous-produits utilisables par l’automobile. Parmi eux, l’e-naphta, une fraction d’hydrocarbures qui pourrait théoriquement être transformée en essence synthétique. Mais cette piste semble assez limitée. L’e-naphta n’est pas directement utilisable dans le réservoir d’une voiture essence, il doit être transformé pour devenir un carburant compatible avec les moteurs thermiques. Selon l’étude d’Ionect, cette transformation rendrait même cette e-essence plus coûteuse qu’une production directement dédiée à l’automobile…

À cela s’ajoute un problème de volume. Ces sous-produits issus de l’e-kérosène seraient a priori trop rares pour alimenter une part significative du parc automobile européen. Transport & Environment estime que ces sous-produits représenteraient moins de 3 % de l’essence fossile consommée par les voitures en circulation sur le Vieux Continent à horizon 2035. Au mieux, les carburants synthétiques pourraient concerner quelques usages de niche, mais pas remplacer l’essence traditionnelle à grande échelle…

Un problème d’efficacité énergétique

Toujours selon cette même étude, une autre limite tient à l’efficacité énergétique. Pour fabriquer un carburant synthétique, il faut d’abord produire de l’hydrogène, capter du CO₂, puis recombiner ces éléments avant de les brûler dans un moteur thermique. À chaque étape, une partie de l’énergie est perdue. Si on compare ce processus à l’énergie nécessaire pour faire fonctionner une voiture électrique, le match est vite plié ! En effet, la watture utilise directement l’électricité dans sa batterie et son moteur. C’est pourquoi son coût d’usage reste nettement inférieur.

Selon T&E, parcourir 100 km avec une voiture roulant à l’e-essence coûterait de 41,5 à 46,2 €, selon que le carburant est produit spécifiquement pour l’automobile ou issu de l’e-kérosène. À titre de comparaison, le même trajet reviendrait à 9,6 € avec de l’essence fossile. La voiture électrique resterait clairement plus compétitive : 1,7 €/100 km en cas de recharge à domicile dans les conditions les plus favorables, et entre 11 et 14,4 € avec une part plus importante de recharge publique. Autrement dit, même dans un scénario moins favorable à l’électrique, et en tenant compte des chiffres de cette étude, l’e-essence resterait quasiment quatre fois plus chère pour un automobiliste en 2030…

Et ce n’est pas tout…

Dernier point, et pas des moindres, l’enjeu sanitaire. Si les carburants synthétiques peuvent effectivement réduire les émissions de CO₂ lorsqu’ils sont produits avec de l’électricité bas carbone, ils ne suppriment pas la pollution à l’échappement. Un moteur thermique continuera d’émettre certains polluants lors de la combustion, contrairement à un véhicule électrique qui n’émet rien à l’usage (hormis des particules issues des pneumatiques, comme tous les autres véhicules).

Avec cette photographie, difficile de voir comment les carburants de synthèse pourraient un jour s’imposer, ou même émerger. Mais attention, il faut tout de même relativiser, les carburants synthétiques ne sont pas inutiles en soi. Ils pourraient jouer un rôle dans des secteurs délicats à électrifier, comme l’aviation ou certains usages industriels. Mais, en ce qui concerne la voiture particulière, l’équation semble de moins en moins favorable. Sans oublier qu’au fil des mois, le tout-électrique est de plus en plus accessible en Europe.

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LEVE1789il y a 3 heures

... et ça nous permettra de vous imposer des révisions hors de prix !

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Lbofree69Lyil y a une heure

Sauf si on finit par interdire l'utilisation des véhicules thermiques. Les véhicules de collection thermiques ne pourraient alors circuler que sur des terrains privés (= circuits automobiles). Cela arrivera tôt ou tard. Peut-être que dans certaines zones géographiques, mais cela arrivera.

light is rightil y a 2 heures

Le green-washing tourne à plein !Brûler du carburant a un rendement insensément bas donc il faut en sortir.Aux USA, la moitié du maïs produit sert à faire de l'éthanol. Cela met les usages en concurrence et c'est dangeureux. Alimentation ou carburant, il faut choisir

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