Un analyste financier a récemment révélé qu’en 2013, Apple aurait offert d’acheter Tesla au prix de 240 $ par action. Alors que depuis quelques mois celle-ci ne cesse de chuter au point de valoir moins de 200 $ depuis le 22 mai, les rumeurs concernant une faillite possible ne font qu’amplifier. Si bien qu’une question se pose : le rachat de Tesla par Apple aurait-il du sens ?

Précisons d’abord que chez Automobile-Propre nous ne voulons certainement pas accréditer ces rumeurs qui ne nous semblent pas justifiées. Tesla a fameusement bousculé l’industrie de l’automobile. Ce qu’Elon Musk a réussi en développant et commercialisant à grande échelle des voitures électriques de haute technologie, peu d’autres auraient été capable de le faire. Sans Tesla, sans l’aiguillon qu’il représente pour les grandes marques traditionnelles, il est certain que le véhicule électrique ne se serait pas développé aussi rapidement. Nous pensons que le potentiel de Tesla est énorme et que son avance technologique sur ses concurrents, notamment en matière de conduite autonome, ne pourra pas être rapidement comblée.

Mais il est également certain que Tesla « brûle » son « cash » à une vitesse tout aussi impressionnante. Depuis sa création en 2003, le constructeur de Palo Alto n’a connu que 4 trimestres dans le vert. Et la nouvelle perte importante enregistrée au 1er trimestre 2019 après 2 exercices bénéficiaires, commence à faire douter bon nombre d’investisseurs.

Oui, les ventes de Tesla génèrent des revenus substantiels …  mais ils ne sont pas suffisants pour étancher ses besoins en capitaux. Ceux-ci sont énormes et nécessaires pour alimenter la recherche et l’innovation (notamment en matière de conduite autonome), l’extension mondiale de son réseau de superchargeurs, la construction et l’équipement de nouvelles usines et le développement de plusieurs nouveaux modèles (pick-up, semi, Roadster, Model Y). Tant que l’action montait et que les investisseurs maintenaient leur confiance, il n’y avait pas trop de problèmes. Mais depuis quelques mois ce n’est plus le cas. L’action du constructeur a connu son pire début d’année, avec une glissade de plus de 40% de sa valeur. Cette dégringolade signifie pour Elon Musk (le plus important actionnaire de Tesla) une perte de quelque 4,4 milliards d’euros. Rien que ça !

Les analystes se montrent de plus en plus critiques, voire sceptiques. Les vendeurs à découvert qui parient depuis des années sur la chute de Tesla ont intérêt à la poursuite de cette tendance et certains concurrents espèrent secrètement que Tesla fasse faillite. Les chiffres de vente qui seront publiés à la fin de ce 2e trimestre seront donc cruciaux. Selon des infos internes obtenues par nos confrères d’Electrek, il semble qu’ils seront bons et que les ventes du trimestre  atteindraient des records. Mais même si cette nouvelle se confirme dans quelques semaines, il n’est pas certain que le trimestre ne se terminera pas par une nouvelle perte.  Car Tesla vend actuellement moins de modèles « haut de gamme » et donc plus de modèles moins chers qu’il y a quelques mois ; dès lors la marge par modèle vendu est plus faible. Pas sûr que les analystes seront rassurés.  La société vient de lever 2,7 milliards de dollars et le risque de faillite n’est donc pas imminent. Mais si l’action continue à chuter, une tentative d’OPA hostile pourrait être lancée.

Alors la question se repose : la survie de Tesla pourrait-elle être en danger ? Elon Musk pourrait-il avoir besoin d’un « chevalier blanc »[1] ? Craig Irwin, l’analyste qui a révélé la tentative d’achat d’Apple en 2013, pense que la marque à la pomme est toujours intéressée par cette possibilité. D‘autant que l’action Tesla vaut aujourd’hui moins que ce qu’Apple avait proposé en 2013. Alors, Tim Cook pourrait-il être le sauveur de Tesla ?

Depuis le début de l’année, l’action Tesla a perdu plus de 40 % de sa valeur.

Similitudes et complémentarités

Observons d’abord les similitudes entre les deux entreprises. Comme Apple, Tesla s’est imposé dans son secteur grâce à des innovations disruptives. Steve Jobs a été le génie innovateur qui a forgé le succès d’Apple comme Tesla doit le sien à l’inventivité d’Elon Musk. Les deux entreprises fabriquent des produits technologiques haut de gamme, pour le grand public. Elles sont toutes les deux soutenues par une cohorte de fans inconditionnels, mais elles ont aussi chacune des détracteurs coriaces tout aussi redoutables.

Il y a par contre des différences notables. Tesla a intégré verticalement la construction de ses produits et fabrique en interne une grande partie de ses composants, y compris les cellules de ses batteries, en partenariat avec Panasonnic. Apple, par contre, a choisi une voie différente en externalisant l’essentiel de la fabrication.

Apple maîtrise les marchés de masse et sait comment gérer la croissance sur ceux-ci. Ses campagnes de marketing sont parmi les plus efficaces de la planète. La firme pourrait mettre cette expertise à profit pour populariser davantage les véhicules électriques, atténuer les craintes que suscitent la conduite autonome et renforcer la marque Tesla.

Depuis de nombreuses années, Apple a développé et affiné la maîtrise de la commercialisation de ses produits et du service à la clientèle. L’entreprise pourrait certainement apporter son expérience à Tesla qui, dans ce domaine, cherche encore la bonne voie à suivre.

Fermeture de succursales et de points de vente dont certains sont rouverts quelques jours plus tard, prix jouant au yoyo, promesses non tenues pour ce qui concerne le prix de vente de la version de base du Model 3, catalogue d’options et listes de prix sans cesse modifiés au point qu’on se demande comment les vendeurs s’y retrouvent … Il faut bien avouer que cette politique commerciale erratique ne joue pas en faveur d’Elon Musk. Ses tweets intempestifs, ses apparitions médiatiques controversées, ses démêlées avec la SEC (le gendarme boursier américain), non plus. Quant à l’hémorragie de dirigeants qui ont récemment quitté le navire, elle inquiète les plus fervents supporters de la marque. Tout cela relance les interrogations sur les capacités d’Elon à diriger et administrer son groupe. Oui, c’est un génie … mais il fait peur aux investisseurs. Musk aurait-il  atteint la limite de ses compétences en matière de gestion ?

Chez Apple, un autre problème se pose. Le développement de ses produits électroniques atteint aussi ses limites. Pour continuer à croître, l’entreprise doit se diversifier, explorer d’autres secteurs. Mais Tim Cook, son boss actuel, n’est pas le visionnaire qu’était Steve Jobs. Les services de mobilité et la voiture autonome représentent une excellente opportunité pour Apple. Dès le moment où l’automobiliste ne doit plus conduire, que son esprit, son attention et son temps sont libérés, il va les utiliser pour d’autres activités. Après tout, les occupants d’une voiture autonome sont captifs … et disponibles pour les produits électroniques et services d’infotainment dans le développement desquels Appel est un leader incontesté.

On sait que les troupes de Tim Cook travaillent depuis plusieurs années sur la voiture autonome et les technologies associées.  C’est le fameux projet Titan. Doug Field, qui a passé quelques années chez Tesla, est retourné chez Apple pour le chapeauter. Son équipe met au point des logiciels et les teste sur plusieurs dizaines de voitures autonomes qui sillonnent Californie. Mais personne ne sait très bien où ils en sont dans le développement de ces technologies. Les dernières nouvelles, en tout cas ne sont pas très encourageantes. En janvier, la firme de Cupertino a confirmé que 200 personnes liées au Projet Titan avaient été réaffectées dans d’autres départements. A priori, ce projet Titan ne devrait plus aboutir à une voiture estampillée Apple, mais plutôt à une technologie qui pourrait être installée dans celle des autres.

Tesla, par contre, dispose des modèles de voitures les plus évoluées en matière de conduite autonome. Des dizaines de milliers de véhicules équipés de l’autopilot accumulent chaque jour des quantités phénoménales de données qui, traitées par l’intelligence artificielle, permettent aux équipes de chercheurs d’Elon Musk d’évoluer à pas de géant vers la mobilité autonome. Tout indique qu’ils disposent d’une avance importante sur tous leurs concurrents.

Apple est la toute première société à avoir passé le cap des 1.000 milliards de capitalisation boursière et elle est assise sur un confortable matelas de cash. Tesla a un criant besoin de capitaux pour éponger ses pertes et poursuivre son développement. Alors finalement, entre ces deux-là, la complémentarité n’est-elle pas évidente ? Leur « mariage » n’aurait-il pas du sens ?

Qu’en pensez-vous ?

[1] Un chevalier blanc, en matière financière, est une personne ou un groupe qui vient en aide à une entreprise visée par une OPA hostile.

L’acquisition éventuelle de Tesla par Apple aurait-elle du sens ?
4.4 (87.5%) 40 vote[s]