France Stratégie prépare le cap des 100% de véhicules électriques en 2040

La suite de votre contenu après cette annonce

Il y a bientôt un an, le gouvernement annonçait son objectif de bannir les véhicules thermiques du pays d’ici 2040. Un cap ambitieux dont le succès est étroitement conditionné à l’adaptation des politiques publiques et réglementations. Dans cette optique, le ministère de la Transition écologique a commandé une étude à France Stratégie. Le document, qui a été remis aujourd’hui à Nicolas Hulot, conseille d’adopter une vaste série de nouvelles mesures.

Comment passer de 1% à 100% de véhicules électriques en une vingtaine d’années ? Radical, le changement implique la mise en place de nombreux incitatifs et de réglementations pour concurrencer les véhicules essence et diesel. Une voiture ne fonctionnant jamais seule, il faut également développer tout un nouvel écosystème. Si en France, les mesures actuelles permettent un petit décollage des ventes, on est encore très loin de l’objectif fixé par le gouvernement pour 2040.

Ouvrant la voie à une série de nouvelles mesures plus fortes en faveur des véhicules électriques, France Stratégie à livré le rapport commandé par le ministère de la Transition écologique. L’organisme de conseil au gouvernement a analysé les politiques publiques de plusieurs pays où les ventes de véhicules « à très faibles émissions » sont significatives. Une exploration qui permet à France Stratégie de dresser une liste d’actions qui pourraient être engagées par l’état et les collectivités. Ces mesures « pourraient faire l’objet d’une évaluation plus précise avant d’être éventuellement reprises en Europe ou en France » explique l’organisme.

Soumettre les constructeurs à des quotas de ventes

Ainsi, France Stratégie suggère l’instauration de quotas de ventes de véhicules électriques et à faibles émissions aux constructeurs. Au-delà des normes sur les émissions polluantes de plus en plus strictes imposées par l’Union Européenne, ces quotas deviendraient d’autant plus nécessaires « si la progression du VE venait à stagner ». Le Parlement européen a déjà déclaré son intention de mettre en place de tels quotas mais doit affronter l’opposition de l’Association européenne des constructeurs automobiles.

Maintenir et adapter les aides à l’achat

Avec la hausse des ventes de véhicules électriques, les gouvernements sont tentés de réduire ou de supprimer les aides à l’achat accordées. France Stratégie rappelle que le maintien de ces subventions reste nécessaire « tant que le coût du véhicule électrique ne sera pas inférieur ou au moins équivalent à celui du véhicule thermique ». Des aides qui pourraient être ajustées selon les revenus des acquéreurs, comme en Californie ou en Allemagne, où l’aide n’est accordée qu’aux modèles vendus moins de 60.000 euros.

Leur montant pourrait également être modulé en fonction de l’autonomie du véhicule, un moyen de « compenser en partie le coût de l’augmentation de la capacité de la batterie et d’encourager le développement d’un VEB (véhicule électrique à batterie, ndlr) destiné à la moyenne-longue distance », selon l’organisme. Pour les modèles hybride-rechargeables, le système serait identique : il réduirait « fortement » les incitations accordées aux véhicules à l’autonomie très limitée pour favoriser celles des modèles capables de franchir au moins 60 kilomètres en mode 100% électrique.

Pour France Stratégie, ces aides ont cependant « vocation à diminuer progressivement avec la baisse des coûts de production ».

Péages autoroutiers et parkings gratuits : des incitations indirectes efficaces

Pour de nombreux automobilistes, la gratuité des péages et des parkings équipés de bornes pourrait être un déclencheur pour passer à l’électrique. Avec la différenciation des tarifs de stationnement entre véhicules thermiques et électriques et l’autorisation de circuler sur voies réservées, ces mesures simples sont des incitations indirectes tout aussi efficaces que les aides à l’achat.

Dans la même lignée, France Stratégie propose la création de zones de circulation payantes ou réservées à certains véhicules. Une mesure qui « accorderait un avantage visibles aux VE » et se traduirait par l’instauration de « ZCR » (Zones à circulation restreinte) et de « péages de zone ».

Pour l’organisation, si les incitations directes comme les aides à l’achat doivent être impulsées par l’État, les mesures indirectes sont la responsabilité des collectivités locales. Régions, syndicats d’électricité et métropoles ont ainsi la responsabilité d’installer des bornes de recharge. Citant l’exemple du Royaume-Uni, France Stratégie expose également la possibilité de financer l’expansion de réseaux de recharge via des appels à projets plutôt qu’en répartissant les rôles.

Accélérer sur l’installation de bornes de recharge

Si le déploiement des bornes de recharge est « non suffisant » au développement du véhicule électrique pour France Stratégie, cela reste « une condition préalable nécessaire ». L’essor des bornes de recharge doit accompagner celui du véhicule électrique « sans être forcément strictement proportionnel » explique l’organisme. Un défi « de taille » à relever pour les trente prochaines années, selon le rapport, qui appelle les pouvoirs publics à s’impliquer davantage.

Le rapport conseille ainsi d’encourager le financement privé en levant les obstacles juridiques et réglementaires et en imposant l’installation d’un quota de bornes « dans le cahier des charges des stations d’autoroutes concédées ». Il insiste également sur la nécessité de garantir l’interopérabilité des bornes, sans imposer d’abonnement.

Prenant l’exemple du Danemark, des Pays-Bas et du Royaume-Uni, France Stratégie propose de permettre l’installation de points de recharge « à la demande », sur l’espace public, afin de donner accès à la recharge aux ménages dépourvus de parking privé. Le rapport suggère aussi de preondre en charge tout ou parti des coûts d’installation de bornes dans les parkings et garages de logements collectifs. Enfin, il recommande d’éviter le développement de files d’attente sur les stations de recharge, un phénomène fréquemment rencontré en Norvège par exemple.

Baisser le prix des voitures, utilitaires et poids-lourds électriques

France Stratégie est catégorique, « le véhicule électrique ne prendra son plein essor que lorsqu’il sera accessibles aux ménages des déciles les plus faibles possesseurs d’une automobile ». L’organisme expose le prix de la Renault Zoé avec batterie pour illustrer son propos « 32.600 euros, plus de vingt-cinq fois le montant du SMIC net mensuel ».

La baisse du prix des véhicules électriques suppose la mise en place d’un marché de l’occasion, actuellement embryonnaire, selon France Stratégie. Autre obstacle : la crainte des acheteurs vis-à-vis de « l’état réel de la batterie ». Le rapport suggère ainsi aux constructeurs de garantir la batterie sur une durée de vie « suffisante, par exemple de huit années ».

Le coût des véhicules utilitaires légers (VUL) et poids-lourds électriques est également épinglé, avec « leur autonomie limitée » et « le faible nombre de modèles en vente ». Seulement 20.000 VUL électriques ont été vendus dans le monde hors Chine en 2017, nous apprend France Stratégie. Pour augmenter leur nombre, l’organisation préconise la mise en œuvre d’incitations financières et fiscales spécifiques. Ils devraient toutefois naturellement se démocratiser avec l’entrée en vigueur prochaine de restrictions de circulation dans plusieurs villes d’Europe.

Que pensez-vous de ces mesures ? Sont-elles suffisantes ?

Cet article vous a plu ? Rejoignez la discussion !

Accéder au forum
ChristophedeNiortil y a 8 ans

M. le ministre,
Contrairement à ce qu'affirme le rapport on peut très bien avoir des voitures n'émettant pas des gaz à effet de serre tout en étant thermiques, en les alimentant en :
- hydrogène produit par électrolyse à partir d'énergie renouvelable,
- éthanol en veillant à utiliser des énergies renouvelables pour la production,
- méthane produit par méthanisation de déchets,
- gpl produit à partir de déchets.
De plus tous les véhicules essence actuellement en circulation peuvent être adaptés pour les utiliser (voir multi-carburation).
De plus la combustion de l'hydrogène ne produira pas de particules.
Les PPA s'orientent vers une réduction de la place de la voiture, parce que c'est bien la solution la plus efficiente pour réduire la pollution chronique.
A ce titre, la région Nouvelle Aquitaine a fait établir un rapport sur le changement climatique qui indique que les villes doivent prioritairement se saisir des enjeux climatiques à travers les transports, la végétalisation et la densification de l’habitat.
Comment végétalise-t-on les villes en les densifiant si ce n'est en prenant l'espace dévolu aux voitures (cela tombe bien puisqu'il faut aussi s'attaquer aux transports) ?
Donc à terme les voitures ne serviront que pour des trajets longs où la pertinence de l'électrique est très mauvaise en terme de réduction de pollution et des émissions de GES.
Cette solution d'adaptation des véhicules existants est beaucoup plus efficiente en terme de diminution des émissions de gaz et d'atteinte de la neutralité carbone.
C'est sûr pour les auteurs il valait mieux ne pas se pencher sur les vrais problèmes.

ChristophedeNiortil y a 8 ans

M. le ministre,
Cette analyse présente plusieurs manquements :
- il rappelle l'objectif que vous avez retenu de mettre fin à la vente des voitures
émettant des gaz à effet de serre d’ici 2040 mais sans évoquer que la fabrication de tous les véhicules émet des gaz à effet de serre (certains plus que d'autres),
- il parle de pollution et de polluant tout en faisant référence aux Plans de Protection de l'Atmosphère sans indiquer que plusieurs indiquent que pour réduire la pollution aux particules il faut passer par une réduction des déplacements motorisés (celui de Grand Paris page 69 indique "À mesure de l’amélioration technologique des véhicules et de la diminution des émissions de particules à l’échappement, la part des émissions liées à l’abrasion des pneus, freins et routes devient prépondérante, avec 42% des émissions primaires de PM10 en 2012.
Ce gisement n’est quasiment pas sensible à l’amélioration des technologies de véhicules motorisés, et sa réduction passe donc obligatoirement par une réduction des déplacements motorisés.")
- la pollution aux particules d'un véhicule électrique provient essentiellement de l'usure des pneus et du revêtement, quantité directement liée à la masse du véhicule - à ce titre mettre en avant des grosses batteries pour avoir de grosses autonomies n'est vraiment pas judicieux dans ce cadre. Comme elle n'est pas judicieuse dans le cadre de l'atteinte de la neutralité carbone,
- il fait les raccourcis classiques : véhicules thermiques = véhicules essence ou diesel uniquement, pollution = combustion uniquement et émissions de GES = combustion uniquement en phase exploitation.
Donc les exemples pris par les autres pays ne sont pas des exemples à suivre (c'est pourtant en partie abordé page 106 mais en omettant une grosse part du problème),

En tant que citoyen et contribuable, j'attends une analyse bien plus poussée pour répondre aux problématiques de réduction de la pollution en villes et d'atteinte de la neutralité carbone le plus rapidement possible.

cedricil y a 8 ans

+1 cvi !

Le rapport semble contenir pas mal d'évidences (j'espère au moins qu'ils ont été plus loin que les énoncer et qu'ils ont étudié leur faisabilité technique et financière, ce serait le minimum, sinon, c'est de la conversation de comptoir)

Petite correction, il y aurait non pas 30, mais entre 37 (source 1) et 43 millions (source 2) de voitures en France et ça progressait de 1,6 % en 2010 (source 1). Disons 40 millions actuellement et 50 millions en 2040 pour simplifier.
L'âge moyen du parc de VP est de l'ordre de 9 ans maintenant, ce qui veut dire que la production nécessaire à la conversion du parc pourrait se permettre d'être relativement faible au départ si elle est capable d'être très forte dans les dernières années avant l'échéance. Avec une courbe d'évolution de la production pas très progressive, il faudrait que la production de VE augment de 31 % chaque année pour dépasser 50 millions en 2040. C'est fort, mais ça ne me paraît pas impossible (puisque ça se fera au détriment de la production de VT). Et puis le taux de possession de VP devrait s'infléchir d'ici 2040 (autopartage, voitures autonomes, etc.)

C'est plutôt le taux de progression de la demande qui va être le blocage : si pas assez de monde se convertit pendant les premières années, les constructeurs n'augmenteront pas la prod suffisamment et il sera alors impossible d'assurer l'évolution nécessaire dans les dernières années (je pense que les variations de la demande peuvent être bien plus violentes que les variations de production que l'industrie peut encaisser). Bref, c'est en ce moment qu'il faut prendre de l'avance et ça, c'est la raison d'être de Tesla.

+ 1000 pour la conversion de VT actuels, histoire qu'une partie du parc VT s'écoule tranquillement pour que les non-convaincus puissent attendre des VE avec plus d'autonomie et plus rapide à charger. Pour moi, la meilleure solution serait l'hybridation avec des roues-moteur pour remplacer facilement les roues arrières des VT, avec une petite batterie (10 kWh) à poser dans le coffre. Si déjà ces VT pouvaient faire les petits trajets quotidiens en électrique, on gagnerait vite en pollution urbaine.

Source 1 : SOeS, Insee, Inrets, enquêtes nationales transport 1982, 1994, 2008, compte les voitures particulières (VP) et véhicules utilitaires légers roulants (VUL). le tout dans ce PDF http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/fileadmin/documents/_shared/pdf/6_Revue_CGDD_Article6_voiture_08_12_10_cle57a8e2.pdf

Source 2 : Emmanuel Barbe, secrétaire d'État à la sécurité routière, sur RMC le 27/05/2018 entre 9 et 10 h (podcast ici : https://podcast.rmc.fr/channel50/20180527_auto_9.mp3)

Nos guides