Plus de 3 millions de voitures électriques et hybrides-rechargeable circulent à travers le monde. Autant de véhicules dépendants d’un point de recharge pour fonctionner. Une aubaine dont de nombreux acteurs souhaitent profiter, des start-ups aux multinationales de l’ingénierie électrique. En France, deux industriels se partagent l’essentiel du marché. Nous avons visité l’usine de l’un d’eux : le groupe Cahors.

Si vous utilisez régulièrement une voiture « branchée », vous avez certainement déjà rechargé sur l’une de leurs bornes. Elles équipent notamment les réseaux de recharge rapide Corri-Door et CNR ainsi que de nombreux sites installés par les syndicats locaux d’énergie comme Révéo. Implanté dans la ville éponyme, le groupe Cahors a produit depuis 2013 pour le marché français plus de 2000 bornes de recharge pour véhicules électriques. Avec son concurrent nordiste DBT-CEV, Cahors est un poids-lourd national de la recharge.

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La fabrication de bornes de recharge, une activité marginale.

Nous avons pu visiter leur usine, où sont assemblées certaines de leur bornes. Une activité qui occupe pour l’instant une toute petite partie du vaste site industriel. Le groupe Cahors y fabrique avant tout divers produits comme des boîtiers électriques, des abris de poste de livraison d’énergie, des regards, boites aux lettres et paraboles. Sur une zone de 600 m², cinq bornes de recharge accélérée « Access » et « City » sont en cours d’assemblage ou d’essai sur un banc de test. L’activité était faible lors de notre passage, reconnaît l’entreprise, qui n’a pas souhaité que l’on prenne de photos de l’atelier.

Assemblage d’une borne City – Image fournie par Cahors.

Deux modèles sur cinq fabriqués en France.

Ces deux modèles, dont la « City » qui est la plus vendue de la gamme, sont les seuls à être assemblés en France. Les composants proviennent des géants ABB et GE et l’électronique de CRDE, une filiale du groupe Cahors. L’enveloppe des bornes est fabriquée par une tôlerie située non-loin, dans le sud-ouest, affirme la société. L’assemblage des trois autres bornes de la gamme (« Boxéo AC », « Boxéo DC » et « Fasteo ») est délégué à des entreprises situées en Europe, nous explique Cahors, en refusant de communiquer leur origine exacte. Un import dont la marque ne pâlit pas, le made in France n’étant pas un critère important pour les clients potentiels selon elle.

Assemblage d’une borne City – Image fournie par Cahors.

Une entreprise centenaire à l’ère du véhicule électrique

La fabrication de solutions de recharge pour véhicules électriques est relativement récente pour le groupe Cahors. La société fondée en 1910 s’est lancée en 2013 dans ce secteur, à l’occasion d’un appel d’offres de la métropole de Toulouse pour la fourniture d’un lot de bornes. Elle y affecte désormais 8 personnes pour la recherche et le développement. L’activité ne représente aujourd’hui que 4% de son chiffre d’affaires, mais elle espère le multiplier par 5 d’ici 2022. Après la sortie de trois nouveaux produits : la « Boxéo AC », une wallbox AC 3-22 kW, la « Boxéo DC », une wallbox DC 25 kW et la « Fasteo », une borne rapide AC/DC 22-150 kW, l’entreprise souhaite se concentrer sur la recharge en milieu tertiaire et résidentiel. Le logiciel « Elium » qu’elle a développé lui permet de se développer dans ce sens : le programme permet en effet de modéliser et calculer les câblages et équipements nécessaires à la recharge au sein d’un immeuble.

De plus, Cahors travaille actuellement sur la certification ISO 15118, qui standardise les communications entre le véhicule et la borne de recharge et notamment la charge bidirectionnelle « V2G ». L’industriel veut également s’étendre aux marchés étrangers. Si la société affirme avoir été sollicitée par de lointains pays comme l’Australie, elle souhaite se focaliser sur de plus proches voisins comme l’Espagne et la Belgique afin d’assurer un suivi après-vente de qualité. En parallèle, elle poursuit la formation d’installateurs qualifiés pour l’infrastructure de recharge via sa filiale IFGC.

Assemblage d’une borne City – Image fournie par Cahors.

Les bornes rapides 150 kW, un plafond pour les fabricants français ?

Alors que la puissance de recharge des bornes explose rapidement, Cahors ne veut pour l’instant pas s’aventurer au-delà de 150 kW. Aucun autre fabricant français ne propose d’ailleurs de bornes supérieures à cette puissance. Le marché des stations ultra-rapides est en effet dominé par des colosses comme ABB. Avec la « Fasteo », sa borne la plus puissante, le groupe peut déjà recharger la totalité des véhicules électriques disponibles. Peu de modèles actuellement commercialisés peuvent en effet dépasser cette puissance.

70.000 euros pour une borne 150 kW.

Modulaire, cette borne peut s’adapter aux besoins du client. Des racks de 12,5 kW permettent de faire évoluer la puissance de charge de 50 à 150 kW. Le tarif évolue également, d’environ 30.000 euros pour une Fasteo 50 kW, le prix passe à environ 70.000 euros pour la version 150 kW. Ce modèle peut largement satisfaire les besoins d’une station de recharge locale mais risque d’être rapidement dépassé sur un réseau de recharge autoroutier comme Ionity, qui propose déjà des bornes 350 kW. Une borne qui se démarque également par sa capacité à recharger jusqu’à 4 véhicules électriques simultanément.

Une Nissan Leaf en charge sur une borne rapide Cahors Fasteo.

Une gamme pour satisfaire presque tous les besoins.

Cahors propose également une wallbox en courant continu, la « Boxeo DC » qui s’adresse surtout aux professionnels et concessionnaires. Elle permet une recharge accélérée sans être limité par le chargeur embarqué du véhicule, qui plafonne souvent à 6 ou 7 kW. Cette dernière permet de charger jusqu’à 25 kW, avec un rendement plutôt bon du convertisseur puisque selon la marque « pour 29 kW entrants, 25 kW sont restitués [au véhicule] ». Son tarif, autour de 15.000 euros, la rend difficilement accessible aux particuliers qui voudraient bénéficier d’une recharge DC à domicile. Elle équipe notamment des concessions Jaguar.

Pour cette clientèle, Cahors a sorti début 2019 une nouvelle wallbox AC commercialisée via des revendeurs spécialisés. Compacte et épurée, son tarif public devrait débuter sous les 1000 euros. Le boîtier peut charger jusqu’à 22 kW, dispose d’une prise type 2s verrouillable et peut être équipée en option d’un compteur avec afficheur LED, d’un lecteur de badge et d’une connectivité OCCPP 1.5.

Enfin, les entreprises et collectivités peuvent toujours compter sur les bornes publiques « Access » et « City », déjà bien implantées en France. Ces deux modèles, les seuls à être fabriqués dans l’usine française de Cahors, proposent deux prises de charge AC simultanées jusqu’à 22 kW. Si leur style est brutal, elles présentent l’avantage d’être très robustes, un critère particulièrement important pour les clients selon la marque.

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Le modèle de borne de recharge rapide installé sur le réseau Corri-Door d’Izivia, célèbre pour les problèmes récurrents rencontrés par les utilisateurs, n’est plus produit. Pour sa conception, Cahors s’était associé à Evtronic, une société bordelaise qui a depuis été rachetée par Evbox. Des soucis aléatoires qui devraient être effacés par la borne Fasteo, sa remplaçante bien plus moderne.

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