Les Assises des Infrastructures de Recharge ont été l’occasion de faire le point sur les déploiements en cours et les évolutions à venir. La France se met enfin en ordre de bataille pour proposer des bornes…
Cette 3ème édition des Assises des Infrastructures de recharge a été une vraie réussite ! Un grand bravo aux organisateurs qui ont orchestré cet événement indispensable. Tout l’écosystème était présent : acteurs publiques, fabricants de bornes, opérateurs, constructeurs, startups, etc.
Ces personnes étaient réunies pour échanger sur les bonnes pratiques en matière d’infrastructures et pour faire du business. Avec cette 3ème édition, l’événement s’est internationalisé et de nombreux intervenants étrangers ont pu détailler la façon dont le déploiement des bornes de recharge s’opère dans d’autres pays (Irlande, Pays-Bas, Allemagne, etc).
Les présentations étaient de qualité et il n’est pas simple de vous en faire un résumé ! Ce qui est clair, c’est qu’il a beaucoup été question d’interopérabilité et de supervision.
La fin du débat sur le type de prise
La première chose que je retiens, c’est que le débat sur le type de prise est terminé. Enfin à mes yeux.
Les constructeurs de bornes ont d’ores et déjà intégré la nécessité d’avoir des bornes de recharge multistandards. DBT montre la voie avec sa borne de recharge rapide qui intégré une prise Chademo, une prise de Type 2 et une prise Combo.
Même si on ne connaît pas exactement le calendrier d’adoption de la directive européenne (en tout cas ce n’était pas clair pour moi dans les explications fournies), on sait déjà que la question des types de prise est tranchée pour l’Europe : ce sera la prise de Type 2 et la prise Combo.
Après l’adoption de la directive : toutes les bornes installées 36 mois après devront comporter au moins une prise type 2. Pour autant, il n’est pas question d’interdire les autres standards qui continueront à subsister.
Pour autant, et ça n’engage que moi, je crois qu’il faut arrêter au plus vite de déployer cette prise de type 3. On va obliger les automobilistes à avoir différents câbles de recharge dans leurs coffres pour recharger… La Type 3 a perdu (c’était d’ailleurs prévisible) : il faut être bon joueur, le reconnaître et passer à la suite !
Pas d’opérateur national
Contrairement à ce que nous avons annoncé il y quelques jours, sur la base des informations fournies par Les Echos, il n’y a pas de projet d’opérateur national pour les bornes de recharge en France. C’est tout du moins ce qu’affirme Francis Vuibert, le remplaçant de Philippe Hirtzman, qui a pour mission de coordonner le déploiement de bornes de recharge au niveau de l’Etat.
Pour autant, il explique que cela n’empêche pas le fait que certaines entreprises pourraient avoir envie de se lancer en tant qu’opérateur pour couvrir le pays. On pense forcément à EDF et à Bolloré même s’ils n’ont pas été cités.
En tout cas, il n’y a pas d’appel à projet ou d’appel d’offres pour l’instant du côté de l’Etat.
Des projets de déploiement un peu partout, ou presque
Pour autant, les projets de déploiement de bornes de recharge fleurissent un peu partout.
Ainsi, la société Derek, qui opère les stations-service BP en France, a indiqué qu’elle souhaite installer des bornes de recharge rapide dans ses stations, notamment sur les autoroutes. Rappelons qu’elle a ouvert récemment sa première station de recharge rapide à Paris.
Elle explique que tout n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser pour installer des bornes de recharge rapides : « en ville nous avons la puissance mais pas la place, en autoroute nous avons la place mais pas forcément la puissance ».
Lors de ses Assises, j’ai aussi pu constater le dynamisme de certaines collectivités locales qui ont vu, dans le dispositif de co-financement proposé par l’Etat, une vraie opportunité pour installer des bornes de recharge sur leurs territoires. De beaux projets de déploiement sont en cours, mais d’un autre côté il y a des territoires qui seront mal couverts faute d’immobilisme sur la question.
Pour parler de ce qui me concerne, je regrette que la Région Alsace n’ait pas été représentée aux Assises et que le projet de déploiement de bornes dans la région soit – aux dernières nouvelles – au point mort.
Le retour d’expérience des autres pays sur le déploiement s’est révélé intéressant et j’ai retenu notamment les propos d’un responsable Irlandais qui disait qu’il ne voyait pas de business-model pour la recharge publique jusqu’à ce que le véhicule électrique ne représente 3 à 5% du marché. Il considérait qu’il fallait raisonner de la même manière que les infrastructures type autoroutes : elles sont financées par la collectivité au départ puis passées au secteur privé pour l’exploitation.
Enfin, je retiens un autre point de ces Assises : l’implication des constructeurs automobiles dans le déploiement des bornes. Nissan va continuer à déployer des chargeurs rapides (multistandards, belle ouverture d’esprit) et va coopérer avec Renault mais aussi les constructeurs allemands pour cela. Renault de son côté promet de s’impliquer d’avantage. Béatrice Foucher promet « des sous » pour les bornes de recharge publiques sans qu’on n’en sache davantage sur le sujet. Message à Renault : il faut vraiment que vous communiquiez clairement sur ce point !
Les constructeurs allemands ne sont pas en reste puisque BMW, Daimler et Volkswagen vont s’impliquer dans le déploiement d’infrastructures en Europe. L’intervenant de chez Volkswagen a clairement fait savoir pendant les Assises qu’il était à la recherche de partenaires pour cela. En attendant, ce sont 26 bornes de recharge rapide qui vont être installées dans son réseau de concessionnaires.
Et de terminer avec cette petite phrase au sujet de la voiture électrique : « pour l’instant nous sommes discrets, mais d’ici quelques temps vous allez nous voir… ». À priori, ils n’ont pas l’intention de faire les choses à moitié…
La collaboration s’organise
De nombreuses annonces ont été faites à l’occasion de ces Assises, nous les avons d’ailleurs toutes relatées sur Automobile Propre. Les différents acteurs semblent avoir compris qu’ils doivent travailler ensemble pour développer la mobilité électrique.
Nissan et GreenPark ont annoncé le ZeroEmission Charge Pass, une carte d’accès aux bornes de recharge pour les clients de la marque. Girève et Hubject ont indiqué qu’ils vont collaborer sur la question du roaming pour l’accès aux bornes en Europe. Enfin, ChargeMap a tendu la main aux opérateurs et fabriquants qui souhaitent afficher le statut de leurs bornes en temps réel sur le service.
Un événement indispensable
Voilà en quelques mots ce que j’ai retenu de ces 3èmes Assises des Infrastructures de recharge qui sont clairement un événement indispensable pour faire avancer les choses en la matière.
J’en suis reparti assez optimiste sur l’avenir de la recharge publique en France même s’il reste de beaucoup de choses à faire. Je pense que le principal pari consiste à mailler correctement le territoire. Il est important de mettre tout le monde sur un même pied d’égalité et que chacun puisse accéder à des infrastructures de recharge dignes de ce nom dans son département. Et ça, à mon sens, c’est de la responsabilité de l’Etat.
Une question simple : je désire lancer un projet de mise ne place de borne dans mon village et aller voir la mairie avec un dossier.
Par contre comment choisir la borne ? Là on part dans tous les sens et dans tous les prix.
Est-ce que quelqu’un a déjà fait le travail de comparatif.
Voilà ce que je désire :
– une borne charge rapide et lente.
– paiement par SMS (je trouve que c’est le plus pratique en ce moment).
– si possible installation prise en charge par le fournisseur mais il prend une partie des bénefs sur le prix de la charge. Mais cela n’est pas une obligation.
« il y a des territoires qui seront mal couverts faute d’immobilisme sur la question. »
C’est vrai qu’en matière de mobilité on manque d’immobilisme! :-)))
Excellent article tout de même Yoann!
Bravo Yoann, beau travail, pas facile de résumer autant de débats et d’annonces en un article !
Effectivement les choses ont l’air de bouger, et d’aller plutôt dans le bon sens. Ca n’avance pas aussi vite que l’on aimerait, mais la crise économique passe par là.
Par contre cette histoire de norme de prise est vraiment un bis répétita de ce que l’on a pu voir dans le passé, c’est vraiment dommage. Ce n’est pas sans rappeler les normes PAL-SECAM dont personne ne comprenait rien ! Ca ne va pas aider à la compréhension des bornes de recharge des VE par le grand public.
En attendant, comme 99% des possesseurs de VE, je recharge chez moi… Et possède un deuxième véhicule thermique, vivement l’avenir !
OK, propriétaire d’un ZOE, RENAULT nous fournira-t-il un nouveau câble gratis pour se recharger en extérieur ?
Des initiatives locales et de constructeurs, un standard de borne mais pas obligatoire avant un moment…
Les bornes sont le maillon pour aller plus loin en VE, s’il faut avoir autant de badges et de procédures que l’on doit utiliser de bornes, si certaines bornes existent mais sont « réservées » à la clientèle de telle marque… cela divise le faible nombre de bornes en autant de sous-réseaux limités.
Si j’ai un réseau de bornes sur mon département je n’irais pas car mon autonomie standard me suffit. Si pour chacun des départements limitrophes (7 pour moi) il faut un badge particulier et son abonnement, je n’irais pas non plus car je ne ferais pas assez de déplacements occasionnels pour justifier une telle dépense/autant de démarches.
On parle d’autoroutes… c’est sûr que les sociétés sont tout à fait ok pour exploiter un patrimoine payé par la collectivité auparavant, tu m’étonnes ! Là c’est un peu comme s’il y avait un système de télépéage différent pour chaque département traversé… super pratique.
Il faut un standard, un badge unique pour toutes les bornes disponibles, puis une tarification au Kwh consommé. Deux tarifs seraient logiques, en charge lente et rapide. Et puis basta, pas de chichis en plus, des bornes accessibles 24/24, dont la disponibilité technique et la disponibilité pratique (voiture branchée ou pas, temps de charge estimé) soient connus via une appli en temps réel.
C’est bien que de nombreux acteurs s’intéressent aux bornes de recharge mais il faut aussi qu’ils prennent en compte les besoins réels, pas une utopie.
S’il y avait les mêmes contraintes sur les carburants fossiles cela veut dire qu’il y aurait dix stations-service en France, parfois en panne pour des semaines et que chacun aurait par ailleurs son robinet d’essence à la maison avec un tout petit débit.
Ou alors ils vont faire un tour en Norvège…
Je m’interroge sur la fiabilité de cette carte sensée indiquer le niveau d’intérêt porté par les départements au réseau de bornes.
Exemple dans le 65 : http://www.tarbes-infos.com/spip.php?article10971
Connait-on la répartition des stations-service traditionnelles sur le réseau autoroutier en France ?