Voiture électrique : et si les constructeurs européens tenaient leur revanche ?

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Volvo EX60
Volvo EX60

Les constructeurs automobiles européens sont-ils en train de reprendre la main sur le marché de l’électrique ?

Renault, Volkswagen, BMW, Mercedes, Skoda… On dirait que les signaux positifs s’emballent un peu ces derniers temps autour de la voiture électrique européenne. Qu’en est-il exactement, et les bonnes nouvelles qui s’accumulent sont-elles représentatives d’une vraie tendance ? On fait le point.

On ne va pas se mentir, on a passé un sale quart d’heure ces deux dernières années. Si vous suivez l’actualité automobile, et plus particulièrement celle de l’électrique, vous avez sans doute eu l’impression que l’industrie automobile européenne était au bord du proverbial gouffre. Entre les usines qui tournaient au ralenti, les logiciels et systèmes d’infodivertissement pas super fiables et cette peur panique de se faire dévorer tout cru par les géants chinois, l’ambiance n’était pas à la fête. On nous annonçait le déclin de l’Empire allemand, la fin de nos fleurons, bref, la catastrophe industrielle. Un scénario auquel nous n’avons jamais vraiment souscrit, soit dit en passant.

Mais quand on observe le marché aujourd’hui, on dirait qu’une autre histoire commence à émerger. Les constructeurs européens, longtemps accusés d’avoir raté le virage de l’électrique, semblent progressivement retrouver de la traction. Pas partout, pas sur tous les segments et pas à la vitesse chinoise, mais avec des signaux de marché encourageants, en particulier en Europe, et surtout — comme souvent — chez les marques allemandes.

On peut être en effet assez agréablement surpris par la quantité de nouvelles positives qui s’enchaînent depuis quelques semaines. C’est d’abord le classement des 20 voitures électriques les plus vendues en Europe en 2025, dans lequel figurent 14 Européennes (et même 16 si l’on inclut la Dacia Spring et la Volvo EX30). C’est ensuite le succès français et européen de la Renault 5 E-Tech.

Mais ces succès ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. D’autres signaux ont émergé ces derniers jours, et ils paraissent plutôt solides.

Un marché qui se tourne résolument vers l’électrique, constructeurs allemands en tête

En 2025, le marché européen des véhicules électriques a connu une croissance solide. Les immatriculations de voitures purement électriques ont atteint environ 1,66 million d’unités entre janvier et novembre, ce qui représente une part de marché de 16,9 % dans l’Union européenne. C’est une hausse notable par rapport à 2024. Les constructeurs du Vieux Continent ont su capitaliser sur cette demande. Volkswagen, par exemple, a livré 274 417 véhicules électriques en Europe l’an dernier, en progression de 56 %. Cela lui a permis de devenir la marque la plus vendue sur ce segment, devant Tesla qui a vu ses ventes reculer de 27 % à 238 765 unités. BMW suit de près avec 193 186 unités, en hausse de 15 %, tandis que Skoda a réalisé une performance remarquable avec 172 100 véhicules, soit une augmentation de 117 %. Ces chiffres montrent que les marques européennes semblent (re)prendre des positions solides.

Cela étant, si l’on regarde de plus près les modèles qui suscitent cet optimisme, on est cependant obligés de reconnaître qu’encore une fois c’est le premium qui tire le marché. Chez Mercedes, le CLA électrique a été couronné Voiture de l’année 2026. Même si son tarif ne met pas ce modèle à la portée de toutes les bourses malgré les efforts de la marque pour rester compétitive, les commandes ont dépassé les attentes, au point que les carnets sont remplis jusqu’au second semestre 2026. Un succès que pourrait également rencontrer le GLC électrique puisque la demande est telle que l’usine de Brême fonctionne en trois équipes, y compris le samedi. Les commandes s’étalent jusqu’à l’automne 2026, signe que les clients répondent présents.

Même son de cloche avec la BMW iX3 nouvelle version « Neue Klasse ». Présenté officiellement à l’automne 2025, le SUV électrique de nouvelle génération semble susciter un engouement inhabituel. En Allemagne, plus de 3 000 commandes ont été passées avant même les essais internationaux, et un tiers des acheteurs sont de nouveaux clients de la marque, autrement dit des gens qui n’ont jamais possédé de BMW auparavant (et, sûrement pour nombre d’entre eux, jamais d’électrique). C’est un signe de confiance énorme. Cela veut peut-être dire que l’image de marque, cette vieille valeur refuge que l’on pensait dépassée par l’attrait pour la Tech, fonctionne encore à plein régime quand le produit est à la hauteur. L’autonomie de 805 km constitue certainement un argument de poids dans cet engouement, mais pas seulement. Conséquence, pour faire face à cette demande, l’usine de Debrecen en Hongrie a accéléré sa production avec un troisième quart de travail introduit plus tôt que prévu. La capacité annuelle vise 150 000 unités, et les carnets de commandes restent ouverts, même si la production monte en puissance.

Du côté du groupe Volkswagen, les résultats sont tout aussi parlants. En Europe, les livraisons de véhicules électriques ont bondi de 66 % en 2025, atteignant 742 800 unités. Le groupe détient environ 27 % du marché européen des électriques. Skoda, marque du groupe, a vu ses ventes électriques grimper de 120 % à 174 900 unités, se plaçant en quatrième position des constructeurs électriques en Europe avec 6,8 % de part de marché. Des modèles comme l’Enyaq et l’Elroq ont contribué à ce succès, et de nouveaux lancements sont prévus pour 2026.

Même des marques plus confidentielles (en tout cas dans les chiffres de ventes) comme Alpine et Porsche montrent des avancées. Alpine a doublé ses ventes en 2025, avec l’A290 électrique représentant 75 % des immatriculations. Porsche, de son côté, a franchi un cap en Europe où plus de la moitié des immatriculations étaient électrifiées en 2025, dépassant pour la première fois les modèles essence purs, même si pour ce dernier on n’oublie pas la chute des commandes de Taycan, et les difficultés rencontrées sur le marché chinois et américain, et l’impact que cette dégringolade a eu sur sa rentabilité.

Un réflexe de survie ?

Alors, d’où proviennent cette amélioration et ce vent d’optimisme ? Plusieurs facteurs entrent en jeu. D’abord, les constructeurs ont investi dans des plateformes dédiées à l’électrique, comme l’architecture 800 volts qui permet des recharges rapides, l’un des nerfs de la guerre dans le secteur. Mais il s’agit probablement aussi d’un réflexe de survie des constructeurs européens, qui, après les « brouillons » des premières générations d’électriques, sont passés aux choses sérieuses après avoir écouté leurs clients, et proposent désormais des voitures qui correspondent de plus en plus à leurs attentes.

Bien sûr, cette reprise ne masque pas les difficultés persistantes. Le marché chinois reste un point faible pour les Européens. En 2025, Volkswagen a vu ses livraisons électriques chuter de 44 % là-bas, à cause de la concurrence locale intense de marques comme BYD ou Geely. Porsche a également souffert d’une baisse globale de 10 % de ses ventes, en partie due à une demande faible en Chine.

Les constructeurs chinois ont de leur côté doublé leur part de marché des véhicules rechargeables en Europe, passant de 3,4 % à 6 % en 2025, profitant de coûts de production bas et d’une domination sur les batteries, ce qui, au passage, pose des questions sur la dépendance des chaînes d’approvisionnement européennes.

L’industrie automobile électrique européenne est-elle tirée d’affaire ? Il est peut-être trop tôt pour le dire. Stellantis ne fait plus trop rêver avec ses blasons européens, qui, disons-le, sont à la ramasse d’un point de vue technologique (interfaces dépassées, autonomies, efficiences et vitesses de charge d’un autre temps…), mais surtout, un nouvel épisode doit maintenant s’écrire avec des voitures « bon marché », à savoir entre 15 000 et 25 000 euros.

Et là, même si les futures Volkswagen ID.Polo et Renault Twingo semblent montrer le chemin, cela reste quand même une autre histoire, car les constructeurs chinois, et aussi les coréens, sont en embuscade. Quand on voit ce que propose une BYD Dolphin Surf pour moins de 25 000 euros (et même moins de 20 000 pour l’entrée de gamme), on est en droit de se faire un peu de souci pour ce segment.

Mais nous restons de ceux qui pensent que, même s’il y a un peu de casse, la catastrophe annoncée n’aura pas lieu.

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BigLil y a 3 mois

Je ne partage pas l'enthousiasme de l'article. Pour l'instant, la situation tient sur les ventes en Europe MAIS :
- les évolutions chez les constructeurs européens sont beaucoup trop lentes, si on compare à la vitesse d'évolution des gammes des chinois qui sont capables de corriger les défauts d'un modèle en +/- 1 an, ou de sortir des modèles adaptés aux demandes en un temps record (voir BYD ou Leapmotor) ; pendant ce temps chez VW, leader européen, on a toujours pas de mode one pedal sur des modèles sortis il y a 6 ans, et un infodivertissement acceptable mais loin des meilleurs
- le marché chinois pour les européens ne connaît pas juste des difficultés, il est perdu définitivement
- certains constructeurs (Stellantis en particulier) persistent sur la logique de plateformes multi-énergies, qui est clairement vouée à l'échec ; à court terme ça fonctionne, surtout sur le segment B pas trop exigeant techniquement, mais pour concurrencer les Model Y et l'armée de chinoises qui déferle, c'est pas au niveau et voit bien que ça ne suit pas commercialement (e-3008, e-308, Astra-e & co largués en ventes, en poids, en recharge et en prix ; bref, y'a rien qui va)
- les taxes douanières et bonus absorbent pour l'instant une bonne part de la différence de prix, mais ça ne durera pas éternellement
- les européens s'encroutent dans leurs habitudes de gammes à rallonge, avec un prix d'appel sur une version sans PAC + tissu noir + petit écran et 3 tailles de batterie ; il faut arrêter ces pratiques et passer comme les chinois à 1 ou 2 finitions qui incluent directement un intérieur chatoyant, un toit panoramique et un seul grand écran. Arrêter les mesquineries en fait, Tesla l'a compris depuis longtemps même si en 2026 ils reviennent en arrière... Le pire c'est que c'est de la simple rationalisation de production, qu'on nous survendait il y a encore pas si longtemps… qui achète un Elroq 50, par exemple ?

Bref, il n'y a pas de raisons qu'ils n'y arrivent pas mais il faut clairement changer de braquet, dans les orientations et dans la vitesse de développement. Si on reste sur la trajectoire actuelle, les européens vont se sauver les miches sur les petits modèles et sur le gros premium panzer, mais se faire avaler tout cru sur les véhicules polyvalents et familiaux de base.
Il semble absolument nécessaire d'être en mesure de produire une berline, un break, un SUV compact ou monospace malin autour de 60kWh, qui recharge en 30mn max et pour 30k€ max avant bonus. Pas besoin de grosses jantes, de suspension active, de versions 300ch ou autre pratique désuète, les gens ne demandent pas ça. Miser sur de gros volumes d'entrée pour faire baisser les coûts. Je ne vois aucun projet en ce sens chez les constructeurs historiques.

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Polarisil y a 3 mois

Donc selon vous, le moteur individuel du passage au VE pour 2/3 des automobilistes, ce serait la honte d'être considéré comme un "has-been" ?

Oulà, j'espère vraiment que vous avez tord ; sinon, la transition énergétique est vraiment mal barrée : -( .

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obessonil y a 3 mois

Pour un acheteur de SUV premium, la dimension symbolique de possession (prestige, réussite, standing) est souvent la motivation n° 1. Le véhicule est un marqueur social reconnu en milieu professionnel et privé. Plus il y en aura sur les routes, plus il s'en vendra. Ce n'est bien sûr pas la seule motivation, nuançons! l'image de marque , l'expérience de conduite qu'offre ces véhicules et le sav sont également importants. Les motivations écologiques arrivent bien après (9eme sur 10) sur ce segment.

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