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Concrétisation de l’idée d’une voiture électrique à 100 euros formulée lors de son premier mandat par le président Emmanuel Macron, le leasing social permet à des foyers plus modestes d’abandonner les carburants pétroliers. On pourrait aller beaucoup plus loin que les contours actuels du dispositif.
Selon les groupes, la voiture électrique porte des idéaux très différents qui sont complémentaires ou au contraire à l’opposé.
Les pionniers de la voiture électrique imaginaient profondément redéfinir la mobilité individuelle, en se libérant des carburants pétroliers pour :
Pour les écologistes, la voiture électrique était il y a 20 ans un sérieux motif de division. Beaucoup l’associaient au nucléaire et ne voulaient pas en entendre parler. D’autres, parfois déjà électromobilistes, y voyaient à l’inverse bien des avantages :
Pour les politiciens en général. Il s’agit de :
Chez les pétroliers, il y a aussi eu du cafouillage à l’allumage. D’abord le même silence qui a servi à étouffer les études internes mettant en avant l’impact de leurs activités sur le réchauffement de la planète, puis des tentatives de décrédibilisation du VE, et maintenant une volonté d’appropriation. Ce que l’on a observé concernant la voiture électrique :
Témoignage : Wilfried roule en Jeep Avenger grâce au leasing socialEt les constructeurs ? Les motivations peuvent aussi être très différentes d’un constructeur à l’autre et d’un continent à l’autre, mais avec plusieurs points qui en réunissent la majorité. Il y a souvent cette idée d’une remise à plat concernant la voiture individuelle pour :
Tout cela est à avoir à l’esprit avant d’imaginer comment faire évoluer le leasing social en un leasing réglementé. Dans un précédent billet, nous avions déjà listé les électro-freins d’une mesure qui rencontre un certain succès tout en étant controversée. N’est-ce pas un cadeau dont le poison va se libérer pour beaucoup à la fin de la location ? Puisque plusieurs constructeurs nous montrent à répétition qu’on ne peut pas leur faire confiance au sujet du développement de la voiture électrique dans le contexte de crise qu’est le dérèglement climatique, il y a deux risques principaux de débordement qu’il faudrait éliminer.
Le premier relève déjà du vécu des électromobilistes. Il s’agit de cette tendance à ajouter de façon plus ou moins opaque tout un tas d’options (assurance et équipements par exemple) qui font grimper les loyers. Ne pas les prendre semble signifier pour beaucoup de candidats que leur dossier n’aboutira pas. Réalité ou simple impression ?
L’autre risque, c’est la variabilité de traitement concernant les frais de remise en état du véhicule lors de sa restitution. Aujourd’hui, pour une LOA ou une LLD hors leasing social, ce moment est nettement pour la concession, le constructeur et/ou son organisme de financement un moyen de pression pour conserver le client. Le deal ressemble à : « Il y a pas mal de choses à revoir, ça va vous coûter cher. Mais si vous reprenez une voiture chez nous, on oublie tout ! ». Il est question par exemple de défauts mineurs qui seraient facturés à des tarifs très excessifs, par exemple plusieurs centaines d’euros pour une rayure qu’on voit à peine sur la carrosserie.
Avant que de telles situations se multiplient pour les foyers modestes à la fin de leur période de leasing social, il faudrait réellement qu’un service très actif de médiation soit mis en place. Son rôle serait d’éliminer les abus. Pour que ça fonctionne, il faudrait qu’il soit franchement connu. Du côté du public, ce serait par une campagne de communication qui inclurait de façon bien visible au niveau du contrat le moyen de contacter ce service de médiation et les raisons de le faire. En les informant des sanctions possibles, les concessionnaires et constructeurs seraient aussi sensibilisés à l’avance pour les dissuader de pratiquer des actions contraires à l’esprit du leasing social. Ce dernier est, rappelons-le, de faciliter le passage à l’électrique par les foyers modestes. A noter que dans une médiation, la protection, c’est dans les deux sens. Si le véhicule revient dans un état fortement dégradé, le client devra assurer sa remise en état à un tarif adéquat.
Un des points majeurs à revoir aussi concernant le leasing social, c’est la fin assez brutale du contrat de location qui risque de laisser les bénéficiaires sans véhicule ni mesure d’accompagnement. Puisqu’il s’agit de passer à l’électrique, ce serait contre-productif qu’un nombre important d’entre eux ne puissent autrement faire que de reprendre un véhicule thermique pas cher, et donc potentiellement très émissif en polluants et CO₂.
Aujourd’hui, le gouvernement précise que « la durée minimale du contrat est de 3 ans » et que « les loueurs pourront toutefois vous proposer des contrats allant au-delà de cette durée », sans autres précisions. Des bénéficiaires ont déjà remarqué que leur contrat stipule par exemple que la durée pourrait être prolongée une fois pendant un an. Chaque constructeur semble avoir la main à ce sujet. Mais il faudrait que les choses soient explicitement définies, et même qu’une reconduction longue à la demande du client puisse être encouragée, par exemple au moins jusqu’à la fin du délai de garantie. Et même au-delà en accordant une extension de couverture éventuellement payante à un prix modéré. Dans ce cas, le constructeur, la concession ou l’organisme de financement se prononcerait au cas par cas sur la base d’au moins deux éléments : l’état de santé de la batterie et le soin accordé par l’utilisateur à sa voiture électrique.
Avec cette souplesse, le leasing social serait beaucoup plus sécurisant pour les foyers éligibles. Aujourd’hui bien des concessions font déjà des difficultés à l’heure de la reprise d’une voiture électrique en LOA et LLD hors leasing social. Faire durer plus longtemps les locations permettrait de faire arriver sur le marché de l’occasion à un prix plus attractif les voitures électriques ainsi louées. En trouvant le bon modèle économique, tout le monde en ressortirait gagnant.
Et puisque, de peur que les voitures électriques leur restent sur les bras, les concessions peinent à les reprendre en cours et même en fin de contrat, pourquoi ne pas en profiter pour les injecter dans ce système de leasing réglementé ? Aujourd’hui, dans le cadre du leasing social, ce sont des voitures électriques neuves qui sont fournies. Auparavant, les foyers concernés par cette mesure avaient pour la plupart pris l’habitude d’acheter des voitures thermiques d’occasion. Quel mal y aurait-il à proposer ici des voitures électriques également d’occasion qui trouvent déjà preneurs dans des foyers plus ou moins aisés et non concernés par le leasing social ? A partir du moment où elles seraient propres et en très bon état, des électriques d’occasion seraient tout à fait acceptables pour un leasing social ou réglementé, surtout s’ils permettent aux bénéficiaires de gagner en souplesse dans la durée et le montant des loyers. Davantage de ménages pourraient en profiter.
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Soyons positifs : merci à ceux qui achètent les voitures électriques neuvesEn s’appuyant de préférence sur les modèles dont la longévité est reconnue, une voiture électrique de trois ou quatre ans, même avec 80 000 ou 100 000 km, pourrait être employée. Ce qui suppose aussi des garanties fortes pour que les bénéficiaires ne se retrouvent pas confrontés à des soucis de batteries ou de pièces électroniques. Quitte à les répercuter de façon raisonnable dans les loyers, sans que ceux-ci soient supérieurs à ceux pratiqués dans le leasing social pour des modèles neufs. C’est peut-être même davantage un système spécifique d’assurance qu’il faudrait imaginer.
En poussant la réflexion un peu plus loin, des voitures électriques ayant beaucoup roulé, mais dont la batterie aurait été remplacée, éventuellement par un modèle plus capacitaire, seraient admissibles. Ce qui suppose que le principe de l’upgrade soit devenu légal en France et qu’il soit possible d’intervenir sur les batteries. Ce serait donc là une raison supplémentaire pour que les constructeurs soient poussés à rendre facilement réparables leurs modèles de voitures électriques.
Autre effet bénéfique du leasing réglementé élargi : le marché de l’occasion s’en trouverait dynamisé, donnant confiance aux autres électromobilistes pour acheter des voitures électriques neuves. Un nouveau cercle vertueux pourrait donc se créer, profitable à l’industrie automobile et aux entreprises de la réparation. Tout cela permettrait aussi de dépasser l’actuelle phase de doute qui se nourrit de la difficulté à faire reprendre les voitures électriques en location, un modèle de financement exagérément mis en avant par les constructeurs. Puisqu’il s’agit de redéfinir la mobilité individuelle…
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