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Le 10 mars, le nouveau directeur général de Renault présentera son plan de bataille pour le groupe. L’occasion de faire le tri dans les décisions de son prédécesseur ! Idées conservées ou jetées à la poubelle : que va-t-il rester de l’héritage de Luca de Meo ?
Le 15 juin 2025, coup de tonnerre dans l’industrie automobile. Le groupe Renault a officialisé le départ de son directeur général Luca de Meo, une annonce que personne n’avait vu venir. L’homme avait pris les commandes en juillet 2020 et avait été renouvelé pour un deuxième mandat, jusqu’en 2028. Mais il a été attiré par un autre défi, à savoir la direction du groupe de luxe Kering.
Fin juillet, Renault a nommé son successeur : François Provost. Le conseil d’administration n’est pas allé le chercher loin, puisque l’homme était alors au sein du groupe « Directeur des Achats, des Partenariats et des Affaires Publiques ». Il travaillait ainsi en étroite collaboration avec Luca de Meo. Beaucoup y ont vu un choix de stabilité et de continuité, avec l’idée de poursuivre l’oeuvre de l’ancien DG italien, qui était en train de bâtir le nouveau plan stratégique pour le groupe, après la réussite du précédent, le fameux « Renaulution ».
Mais ce n’est pas aussi simple. Pour François Provost, pas question de renverser la table en effet. Luca de Meo a réussi à brillamment remettre sur pied le groupe et à le mener vers des résultats financiers records. Le nouveau venu n’est donc pas arrivé dans un contexte de crise avec des décisions radicales à prendre pour soigner une entreprise malade, ce qui était le cas de son prédécesseur.
En revanche, ce changement de DG est l’occasion de prendre du recul et de faire l’inventaire des projets en cours avec un oeil différent. François Provost montre d’ailleurs un caractère quasiment opposé à celui de Luca de Meo, moins flamboyant, plus terre-à-terre.
C’est ce qui a pu expliquer le choix du conseil d’administration pour ce poste. A une époque où l’industrie automobile est en pleine zone de turbulences, avec la concurrence chinoise ou la bataille des droits de douane, les finances des constructeurs historiques sont de nouveau secouées et il faut de la rigueur pour rester à flot
Luca de Meo avait rebâti le groupe au pas de charge, multipliant les décisions pour transformer son fonctionnement et son organisation. L’heure du bilan et du tri est venue. Consolider et pousser les curseurs de ce qui a marché, stopper ce qui n’a pas fait ses preuves.
François Provost dévoilera son plan stratégique le 10 mars. Une journée promise riche en annonces. Mais l’homme a déjà pris de nombreuses décisions depuis son arrivée, montrant clairement qu’il a bien procédé à une revue de toutes les décisions de son prédécesseur ! Idées conservées ou abandonnées : que va-t-il rester de l’héritage de Meo ?

L’un des points importants du plan Renaulution était le redécoupage du groupe en quatre « business unit » : Renault, Dacia, Alpine et Mobilize. Mais Luca de Meo ne s’est pas arrêté en si bon chemin, car son péché mignon était de créer des filiales et sous-entités pour les activités du groupe, avec par exemple « The Future is Neutral » pour l’économie circulaire, « Horse » pour les moteurs thermiques et hybrides et Ampere pour les activités de la voiture électrique.
Clairement, cette stratégie n’a pas porté ses fruits et c’est là le gros du travail de François Provost depuis sa nomination. Le nouveau DG fait le ménage. Ainsi, dès la fin 2025, il a mis fin à Mobilize, la marque qui devait regrouper les nouvelles formes de mobilité. A peine lancé, le quadricycle électrique Duo a été stoppé. Explication claire : ce n’est pas rentable. Au passage, les projets pour le réseau de recharge rapide Mobilize Fast Charge ont été revus à la baisse.
Autre décision forte : la quasi fin d’Ampere, une filiale qui avait été dédiée aux voitures électriques. L’idée était de l’introduire en Bourse, mais le projet a capoté, la valorisation espérée n’étant pas au rendez-vous. Ampere est alors devenue une entité qui a plutôt compliqué le travail des équipes du groupe. Elle va être réduite à la portion congrue, la majorité des activités revenant sous la responsabilité directe de Renault.
En revanche, Horse, créé notamment avec le chinois Geely, se porte bien, et n’est pas menacé.
Cela va de pair avec le tri dans les filiales. Rapidement après sa prise de fonction, François Provost a revu en profondeur l’organigramme le 1er septembre. A cette époque, il déclarait : « Pour relever l’ensemble des défis qui se dresse devant nous, nous avons besoin d’une organisation capable de décider plus vite, d’exécuter plus efficacement et toujours plus proche de ses clients. La nouvelle gouvernance annoncée aujourd’hui répond à cette ambition. »
Parmi les évolutions, Fabrice Cambolive, directeur de la marque Renault, prenait du galon, chapeautant ainsi Dacia et le développement international du groupe. Le nouvel ingénieur en chef du groupe se voyait au passage confier Ampere, prémices donc au démantèlement de cette filiale.
Avec Luca de Meo, Renault avait un patron vraiment passionné par l’automobile, prêt à faire quelques folies pour soigner l’image. François Provost est dans un registre bien plus sérieux et cela se voit avec le grand tri déjà opéré sur les engagements sportifs du groupe. Le programme de rallye-raid de Dacia sera ainsi stoppé fin 2026, au bout de deux ans seulement.
Du côté d’Alpine, c’est l’engagement en endurance avec l’hypercar A424 qui passera à la trappe. A la clé, quelques dizaines de millions d’euros d’économie et le besoin de concentrer les finances sur le développement de la gamme.
En revanche, Alpine reste en Formule 1, pour l’instant. Mais la voilure du programme a été réduite puisque le moteur de la monoplace n’est plus conçu en interne, il est désormais fourni par Mercedes. Une décision qui avait toutefois été actée par Luca de Meo avant son départ.
Comme on l’a écrit, Luca de Meo s’est attaché à redorer l’image de Renault, pour en refaire une marque qui donne envie. Cela est passé par la gamme, mais aussi toute une action marketing, sous la houlette d’Arnaud Belloni, qui avait secoué auparavant l’image de Citroën. Le budget communication a donc été costaud sous l’ère de Meo, avec divers aspects : participation aux grands salons (alors que des concurrents n’y allaient plus), partenariats prestigieux (Jean-Michel Jarre pour le son des modèles électriques), sponsoring sportif (Roland Garros, Equipe de France de rugby, AS Monaco au foot), pubs à foison, projet de musée à Flins pour 2027… Si rien n’a encore bien été visible sur ce point, on sent que François Provost n’est pas du genre à en faire autant !
Une des forces de Luca de Meo, c’était son attachement au produit, en clair aux lancements de nouveaux modèles. Le meilleur symbole est la renaissance de la R5, projet qu’il a trouvé dans les cartons à son arrivée et qu’il a aussitôt validé, avec le succès que l’on connaît, aussi bien sur les ventes que l’image de la marque. S’il semble moins fun, François Provost sait l’importance qu’a eu la refonte des gammes et compte donc bien poursuivre sur cette lancée, il l’a confirmé lors de la présentation des résultats financiers 2025. On attend d’ailleurs avec impatience des annonces sur cet aspect le 10 mars.
Mais comme comme pour le reste, l’homme a sûrement fait du tri et la question se pose sur des projets trop flamboyants décidés à une époque plus faste. Le rabotage des projets sportifs d’Alpine met un doute sur les plans de la marque, qui devait avoir une gamme complète de sept véhicules. Pas sûr qu’ils soient tous encore à l’ordre du jour. L’offre devait être chapeautée par une supercar, idée qui semble de moins en moins probable.
Le reste des gammes sera aussi analysé, car tout n’a pas marché chez Renault par exemple. Les ventes de la nouvelle 4L sont ainsi mitigées.
Parmi les annonces fortes de Luca de Meo lors de la présentation du plan Renaulution, il y avait l’accélération de la conception des nouveaux modèles, en la faisant passer de quatre à trois ans. Puis l’objectif a été abaissé à deux ans seulement avec le projet « Leap 100 », soit 100 semaines. Pour cela, Renault s’est inspiré des méthodes des constructeurs chinois. La nouvelle Twingo a ainsi été réalisée en deux ans, avec une partie de la conception externalisée en Chine. François Provost a ainsi indiqué que la recette de la Twingo allait être dupliquée.
Lors de la conférence détaillant les résultats financiers 2025, il a déclaré : L’enjeu ce n’est pas de développer toutes les voitures en Chine. Le sujet c’est de prendre ce qu’on a réussi à faire avec Twingo, qui a été fait par Renault et de le faire au Technocentre, avec nos ingénieurs, avec nos fournisseurs européens pour faire en sorte que les Renault qui sortent en Europe, que nous aurons développées en Europe, produites en Europe, soient au niveau de compétitivité, de techno, de coût, de vitesse des meilleurs chinois qui sont en train de rentrer en Europe ».*
François Provost a déjà indiqué que l’objectif pour les prochaines années était d’avoir une marge opérationnelle entre 5 et 7 %. Ce sera moins que le pic de 2024, mais le nouveau DG veut de la régularité sur ce résultat et non plus des pics saisonniers, surtout dans un contexte très incertain. La chasse aux coûts va donc se poursuivre, avec notamment l’objectif de diminuer les coûts variables par véhicule de 400 € par an en moyenne. Un gros travail sur ce point avait déjà été mené pendant l’ère de Meo.
Outre la création de marques, Luca de Meo avait aussi un goût prononcé pour les partenariats, les deux étant d’ailleurs liés. Les filiales étaient des occasions de trouver de nouveaux partenaires pour partager les frais. Dans une industrie automobile secouée, autant se serrer les coudes !
Sauf que plusieurs partenariats ont déjà fait flop. On se souvient qu’Alpine devait concevoir sa nouvelle base électrique avec Lotus, mais les deux parties ont vite pris leurs distances, Alpine est donc seul. Et on vient d’apprendre que la coentreprise Flexis pour les utilitaires électriques avait pris l’eau. Renault va ainsi racheter les parts du groupe Volvo et de CMA CGM pour continuer… seul.
Reste que François Provost est aussi attaché aux partenariats. Il a déjà une belle réussite à son actif : avoir signé un accord avec Ford pour produire dans ses usines des citadines électriques de l’américain. On imagine qu’il va donc continuer dans cette voie pour d’autres projets.
*via Auto actu
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