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AITO a profité du Mondial de l’Auto pour annoncer son arrivée en Europe à l’automne 2027. Mais derrière la démonstration de force, la marque premium du groupe chinois Seres a encore un long chemin à parcourir pour adapter sa gamme au Vieux Continent.
À quelques dizaines de mètres du stand Mercedes, impossible de manquer celui d’AITO. Écrans géants, mise en scène soignée et une gamme de SUV bien alignés : la marque chinoise joue la démesure pour en mettre plein les yeux aux visiteurs du Mondial. Déjà présente à Paris en 2024 puis à Munich en 2025, elle a cette fois franchi un cap en annonçant une date de lancement européen : l’automne 2027.
Fondée en décembre 2021, AITO (pour « Adding Intelligence to Auto ») est la marque haut de gamme du groupe chinois Seres. Développée en Chine avec Huawei, elle revendique le titre de première marque de luxe chinoise sur son marché domestique, avec plus d’un million de véhicules livrés en 46 mois.

Sur le stand, AITO expose toute sa gamme : les AITO 6, 7, 8 et 9, vendus en Chine sous les noms M6, M7, M8 et M9. Quatre SUV proposés en version 100 % électrique ou à prolongateur d’autonomie (REEV), où un moteur thermique sert de générateur pour recharger la batterie.
Illustré dans la galerie ci-dessus (et le short ci-dessous), l’AITO 9 illustre assez bien la démesure des constructeurs chinois. Vaisseau amiral de la marque, ce grand SUV mesure 5,29 mètres et revendique 497 kW, soit 676 ch, pour un 0 à 100 km/h en 4,6 secondes. Il embarque une suspension active en 800 volts, des roues arrière directrices et un écran de projection de 32 pouces à l’arrière.
Les AITO 8 (5,19 m) et AITO 7 (5,08 m) jouent eux aussi la carte du grand SUV familial, avec cinq ou six places selon les versions.
| AITO 6 | AITO 7 | AITO 8 | AITO 9 | |
|---|---|---|---|---|
| Longueur | 4,96 m | 5,08 m | 5,19 m | 5,29 m |
| Empattement | 2,95 m | 3,03 m | 3,11 m | 3,13 m |
| Places | 5 | 5 ou 6 | 5 ou 6 | 5 ou 6 |
| Puissance maxi | 340 kW (EV) 345 kW (REEV) | 387 kW (EV) 392 kW (REEV) | 392 kW | 497 kW |
| 0 à 100 km/h | 5,2 s | 4,7 s (EV) 5,1 s (REEV) | 4,8 s (EV) 5,2 s (REEV) | 4,6 s |
Dans cette gamme au gabarit XXL taillée pour les familles chinoises, c’est l’AITO 6 qui semble le mieux armé pour affronter les routes européennes Il se positionne sur un créneau proche du Tesla Model Y, avec un gabarit toutefois plus imposant : 4,96 mètres de long, contre 4,79 mètres pour l’américain.
En version électrique, il développe 340 kW et 512 Nm, contre 345 kW et 478 Nm en version à prolongateur d’autonomie, pour un 0 à 100 km/h en 5,2 secondes dans les deux cas. Au niveau de la batterie, le constructeur annonce 100 kWh pour la version électrique et 56 kWh pour la déclinaison à prolongateur d’autonomie.
Côté pratique, la version électrique dispose d’un coffre avant motorisé d’environ 200 litres, en plus d’un coffre à double niveau à la capacité très modeste compte tenu du gabarit. À bord, on trouve un écran central qui coulisse et pivote vers le conducteur ou le passager, un système audio à 21 haut-parleurs et une glacière connectée. Comme de coutume dans le haut de gamme chinois, la finition est particulièrement soignée.
Le constructeur le reconnaît lui-même : les véhicules exposés à Paris sont des modèles chinois. Leurs caractéristiques pourront donc évoluer pour l’Europe. Le chantier est immense. AITO travaille encore à l’obtention de l’homologation européenne et vise cinq étoiles au protocole Euro NCAP 2026 sur toute sa gamme. Le constructeur s’engage par ailleurs à respecter le RGPD sur la protection des données, potentiel point de tension avec Bruxelles compte tenu de l’implication de Huawei.
Là où la tâche d’AITO se complique, c’est qu’il va devoir revoir une grosse partie de sa copie pour l’Europe. En Chine, le succès d’AITO repose en grande partie sur Huawei. Le géant de la tech fournit l’ensemble des ADAS ainsi que l’interface HarmonyOS des véhicules exposés au Mondial. Ces technologies ne seront pas reprises sur les modèles européens, pour des raisons réglementaires.

Huawei est en effet dans le viseur de Bruxelles. Depuis 2020, l’Union européenne incite ses États membres à limiter le recours aux fournisseurs dits « à haut risque » dans leurs réseaux 5G. En janvier 2026, la Commission a proposé d’aller plus loin dans le cadre de la révision du Cybersecurity Act, avec le retrait progressif des composants de ces fournisseurs dans dix-huit secteurs jugés critiques, dont les véhicules connectés et automatisés. Proposer une voiture pilotée par un logiciel Huawei en Europe serait donc un pari risqué pour AITO. Depuis mi septembre, le groupe Seres a d’ailleurs repris l’ensemble de la conception, distribution, service après vente. Huawei ne devient donc plus qu’un équipementier pour la marque qu’il avait jadis contribué à créer.
Signe de ce repositionnement, le nom de Huawei n’apparaît nulle part dans le dossier de presse du Mondial. La marque met en avant la « plateforme Seres MF » et évoque des « partenaires » pour adapter ses aides à la conduite et au stationnement. Seres a d’ailleurs repris en septembre la main sur la conception, le marketing et la distribution d’AITO, Huawei passant à un rôle de soutien.
Concrètement, une bonne partie de l’électronique embarquée et de l’interface va devoir être redéveloppée pour l’Europe. Avec un risque : faire moins bien que le géant chinois de la tech, dont le savoir-faire en matière de logiciel et de conduite assistée constitue justement l’un des principaux arguments de la marque en Chine.
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Au regard du chemin à parcourir, l’échéance de l’automne 2027 paraît très ambitieuse. Mettre toute une gamme aux normes européennes ne se fait pas en un claquement de doigts. Et ce n’est qu’une partie du travail : il faut aussi constituer des équipes en Europe – sur le stand, une grosse partie du staf était chinoise -, bâtir un véritable réseau de distribution et d’après-vente, avec les moyens financiers qui vont avec. À un an de l’échéance, AITO n’a annoncé ni prix, ni pays de lancement, ni partenaire de distribution. Idem quant aux modèles et versions qu’il compte lancer en Europe. Autant vous dire qu’on est plus que sceptiques, d’autant que AITO débarquera sur un marché où ses rivaux chinois sont de mieux en mieux installés.
Mieux vaut donc prendre le temps de bien préparer son arrivée sur le marché français pour éviter de connaître le même sort que Seres. Lancée dans l’Hexagone en 2021 avec le Seres 3, la marque chinoise n’a jamais réussi à s’imposer et avait rapidement disparu des showrooms français.
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