AccueilArticlesMais que fait ce van diesel qui occupe deux bornes de recharge Tesla ?

Mais que fait ce van diesel qui occupe deux bornes de recharge Tesla ?

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En recharge chez Tesla, l'unité mobile d'alimentation du pneumobile
En recharge chez Tesla, l'unité mobile d'alimentation du pneumobile

Se rendant deux fois par semaine dans les stations de recharge rapide, cet utilitaire thermique n’est pas du tout un véhicule ventouse. Il ne mobilise que 30 à 45 minutes deux bornes DC pour régénérer autant de batteries en seconde vie provenant de voitures électriques Volkswagen. Dans la journée, elles alimentent le pneumobile, une unité mobile de dépistage des maladies respiratoires pour les Hospices civils de Lyon (HCL).

Derrière cette réalisation insolite, on retrouve Marc Areny, fondateur de Marny Energy. Comme à son habitude, il a su relever le défi dans le très court délai qui lui avait été imposé.

Unité itinérante

On ne le répétera jamais assez, déceler au plus tôt certaines maladies permet d’en guérir beaucoup plus sûrement. « Plus de 80 % des fumeurs ou ex-fumeurs opérés d’un cancer du poumon dépisté à un stade précoce étaient encore en vie 20 ans plus tard », assuraient des chercheurs américains lors d’une étude publiée en 2023 dans la revue Radiology. En France, cette maladie le plus souvent silencieuse est à l’origine de 33 000 décès prématurés par an. C’est le troisième cancer le plus fréquent, et le plus meurtrier. Chaque année, 52 000 nouveaux cas sont détectés.

L’éloignement géographique ainsi qu’une certaine précarité sociale constituent de sérieux freins — hélas pas régénératifs — au dépistage. A l’initiative du projet d’unité mobile et itinérante, le CHU de Lyon et l’AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris) ont voulu aller à la rencontre des populations les plus éloignées du système de santé.

Dans une semi-remorque qui se déplace depuis maintenant plus de six mois en région Auvergne-Rhône-Alpes, sont embarqués une salle de consultation, du matériel de spirométrie, et un scanner thoracique à faible dose d’irradiation.

Deux mois de délai

Tracté par un camion, le pneumobile dans lequel se relaient 24 professionnels de la santé a besoin d’électricité pour alimenter tous les équipements, y compris la climatisation. A quelle hauteur ? « Les HCL ne connaissaient pas la consommation de l’ensemble et ne savaient pas l’extrapoler. Après un semestre de fonctionnement, on sait désormais qu’elle est mensuellement de l’ordre du mégawattheure », chiffre Marc Areny qui avait partagé avec nous mi-2025 le rétrofit électrique d’une Rolls-Royce Corniche.

Chargée de dépister les maladies respiratoires, l’unité pouvait-elle être alimentée en électricité par un groupe électrogène diesel classique ? À cette question, les porteurs du projet ont répondu « Non » ! C’est à ce niveau que Marc Areny est entré dans le jeu : « Au départ, ils avaient pensé à un raccordement au réseau Enedis, mais c’était coûteux et lourd en logistique. Une solution avait aussi été imaginée avec GCK Energy, mais le tout était compliqué et pesait de l’ordre de sept tonnes ».

Alors que le montage du projet s’est étalé sur plus de trois ans, le problème de l’alimentation en électricité de l’unité n’était pas encore résolu à l’approche du démarrage du service : « J’ai été directement contacté par Julie de Bermont, la responsable du projet pour les HCL. Elle m’a dit : ‘Il nous faut une solution qui soit mobile et livrable dans les deux mois’. C’était vraiment très serré, mais j’étais persuadé de pouvoir relever le défi ».

Batteries de VW ID

La solution a émergé après un travail collaboratif de réflexion : « C’est la plus compacte que l’on puisse imaginer pour ce besoin. De notre côté, nous avions pensé à une remorque. Aux HCL, ils ont plutôt vu un utilitaire. Le Renault Master fourni avec au compteur 80 000 km n’avait qu’une charge utile autour de 1,2 tonne. Nous avons cependant pu développer une solution qui passe limite, mais c’est passé. Pour des raisons budgétaires, le fourgon est à motorisation diesel, mais adopter plus tard l’électrique est bien sûr envisageable ».

Avec Marny Energy, Marc Areny s’est entre autres spécialisé dans les unités de stockage avec des batteries en seconde vie de voitures électriques : « Là, nous avons l’une sur l’autre dans le Master deux batteries d’origine Volkswagen ID pour une capacité énergétique totale de 160 kWh. Lors de leur assemblage, elles présentaient un SoH de 95 %. Les packs n’ont pas été transformés, nous avons juste ajouté un peu de magie pour qu’ils communiquent avec le système électrique du camion par câble triphasé de 125 A par phase ».

Le pneumobile et son fourgon d'alimentation en électricité
En recharge chez TotalEnergies, l'unité mobile d'alimentation du pneumobile
En recharge chez Tesla, l'unité mobile d'alimentation du pneumobile
Gros plan sur les 2 connecteurs CCS

Les batteries se rechargent individuellement : « Soit l’une après l’autre, soit ensemble sur 2 bornes DC pour aller plus vite. Nous avons limité à 50 kW la puissance individuelle, mais nous pourrions au besoin modifier pour monter jusqu’à 80 kW. Déjà avec notre réglage, il n’est pas besoin de rester plus de 30 à 45 minutes en station. Le Master est branché aussi bien chez Tesla, TotalEnergies ou ailleurs ».

Mieux que le cahier des charges

Souvent, Marc Areny et son équipe vont plus loin que le cahier des charges des projets qui leur sont confiés : « Le pneumobile s’installe quelque part le lundi pour y rester la semaine. Nous devions fournir une solution mobile capable de délivrer sur la journée complète les besoins électriques de l’unité de soin et de se recharger dans la nuit. Au final, il faut moins d’une heure pour la régénérer et la capacité du système permet d’alimenter trois jours en continu le service. Le Master n’est donc rechargé que deux fois par semaine ».

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L’entrepreneur qui empile les challenges techniques réussis a pu livrer juste à temps : « J’ai travaillé avec les gens de l’équipe médicale et notamment du scanner. J’ai eu le stress jusqu’au dernier jour. J’ai livré le dimanche soir en fin de délai. On a branché le lundi matin avec le camion. Après une phase de seulement une heure de tests, j’ai invité l’équipe médicale à envoyer le premier patient au scanner. On n’avait pas trop le choix, ça s’est fait au culot mais ça a marché ».

Les batteries peuvent aussi être rechargées en courant alternatif. Grâce à une supervision via un cloud sécurisé, le personnel technique peut suivre à distance et en temps réel l’état de charge des packs et la consommation de l’unité : « L’équipe médicale utilisatrice n’était pas habituée aux véhicules électriques. Au bout de six mois, nous avons comme retour qu’elle est très satisfaite. Il est question d’un second exemplaire de notre unité d’alimentation mobile. Mais cette fois-ci ça devra passer par un appel d’offres ».

2 000 patients par an

Marc Areny n’hésite pas à parler d’une histoire extraordinaire concernant le pneumobile. Et ça dépasse largement le cadre de sa solution d’alimentation : « L’équipe médicale de pneumologie avait du mal à recruter. À l’inverse, l’unité mobile a créé l’enthousiasme dans le personnel car elle fait sortir du cadre de l’hôpital. L’autre point très positif, c’est qu’ainsi vont pouvoir être dépistées contre le cancer toutes les populations isolées ».

Environ 2 000 patients devraient être contrôlés chaque année avec cette unité itinérante. Pour qu’elle existe, des fonds ont été accordés par l’Union européenne (183 125 €), la région Auvergne-Rhône-Alpes (491 359 €), l’ARS (200 000 €), la Ligue contre le cancer (30 000 €), l’Institut national du cancer (440 309 €), et des entreprises privées. En tout, l’enveloppe nécessaire au démarrage s’est élevée à 1,3 million d’euros. Annuellement, le pneumobile aura besoin de plus de 500 000 € pour fonctionner.

Dans tous ces chiffres, combien pèse la solution mise au point par Marny Energy pour durer au moins dix ans ? « De l’ordre de 80 000 euros HT pour en disposer en pleine propriété, comme c’est le cas pour les HCL. C’est bien sûr dépendant des conditions d’intégration. Nous voyons d’autres applications possibles à notre solution qui peut répondre aux besoins d’Enedis, du BTP et du secteur de l’événementiel ».

Déjà d’autres commandes et des perspectives

Pour Marc Areny, sa solution d’alimentation mobile a de l’avenir : « C’est pour nous un projet à succès. De nouveaux besoins sont en train d’émerger. Concernant l’imagerie médicale, on se dirige vers de plus en plus de mobilité pour la flexibilité de service. En Europe, il y a déjà une quarantaine de camions comme le pneumobile du HCL. Celui en Espagne est actuellement alimenté par un générateur diesel. Il y en a un en Allemagne aussi, et 33 en Grande-Bretagne ». Outre-Manche, justement, l’unité mobile d’alimentation conçue par Marny Energy plaît déjà : « Nous avons reçu une première commande pour un des 33 camions. Là, nous avons en face de nous un gros groupe qui pèse un demi milliard d’euros, avec une branche d’imagerie médicale parmi les plus avancées d’Europe. Dans leur unité, il y a aussi un espace IRM qui consomme beaucoup d’énergie car certains superconducteurs doivent fonctionner sous une température de -200 ° C ».

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À Villeurbanne où est implantée l’entreprise de Marc Areny, l’équipe s’active déjà pour cette commande : « La livraison est programmée à la fin de ce mois de janvier 2026, avec des essais prévus en février ». Pour ce nouveau client, la collaboration pourrait prendre une autre forme, celle d’un partenariat : « Si notre première livraison convient, on peut espérer équiper progressivement les 33 camions ».

Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Marc Areny pour son nouveau témoignage qu’il nous a proposé et le temps pris à répondre à nos questions.

Pour rappel, toute contribution désobligeante à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimée. Merci de votre compréhension.

Avis de l'auteur

Des projets d'exploitation en seconde vie de batteries provenant de voitures électriques, on en a vu passer beaucoup. Souvent davantage pour faire de la com que pour des besoins réels. Avec le pneumobile, c'est l'inverse : En partant d'un problème majeur à résoudre, l'emploi des packs de traction s'est imposé. L'idée est même si judicieuse que le carnet des commandes commence à se remplir. Au fur et à mesure que d'anciennes batteries de VE encore exploitables pour d'autres usages vont arriver sur le marché, les générateurs diesel d'électricité vont très certainement être confrontés à une forte concurrence, bien plus légère pour le climat et l'environnement. C'est évidemment une très bonne perspective. Voilà déjà un bon bout de chemin parcouru depuis l'époque encore pas si lointaine où les premières voix s'élevaient pour mettre en avant la seconde vie des batteries de traction afin d'améliorer l'empreinte carbone à leur fabrication. Beaucoup pensaient que ça ne déboucherait concrètement sur rien ou pas grand chose. Voilà en tout cas avec le pneumobile un exemple d'application très convaincant.

Philippe SCHWOERER

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