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Crise inédite chez Honda : est-ce vraiment la faute à la voiture électrique ?

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Panique à bord chez Honda ! La firme japonaise a annoncé il y a quelques jours l’abandon de ses projets autour de la « Série 0 », une toute nouvelle gamme de véhicules électriques. Alors que se passe-t-il réellement en interne ? Retour sur un lent déclin qui remonte en réalité à plus d’une décennie.

Où est passé le Honda des années 1990 ?

L’annonce de l’abandon de la « Série 0 » a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans l’industrie automobile. Présentée comme le pilier de la stratégie électrique de Honda, cette nouvelle famille devait inaugurer une plateforme entièrement dédiée à ce type de motorisation. Une berline et un SUV, ainsi qu’un autre SUV pour la marque premium Acura, étaient prévus à partir de 2026. Mais le constructeur japonais a finalement décidé d’y mettre fin avant même un début de commercialisation…

Dans son communiqué, Honda évoque un « environnement économique incertain », « la hausse des coûts » et un « ralentissement de la demande pour les voitures électriques sur certains marchés », notamment en Amérique du Nord. Pour autant, réduire cette crise à un simple retournement du marché de l’électrique serait une erreur. Les difficultés de Honda remontent en réalité bien plus loin. Depuis une quinzaine d’années, la marque peine à retrouver l’élan qui avait fait sa réputation dans les années 1980 et 1990.

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En bon japonais, le constructeur de Tokyo a longtemps été salué pour la qualité de ses moteurs et pour ses choix technologiques audacieux. Mais ces dernières années, son activité automobile a progressivement perdu en dynamisme. Les ventes mondiales ont atteint un pic en 2019 avec plus de 5 millions de véhicules, avant de reculer nettement pour se situer aujourd’hui autour de 3,3 millions d’unités. En Chine, autrefois moteur de croissance, les ventes sont en baisse continue depuis deux ans.

Des débuts manqués avec les Jazz et Honda e

Cette situation fragilise l’entreprise au moment où l’industrie automobile connaît une transformation technologique majeure. Le passage à l’électrique, mais aussi la montée en puissance du logiciel et des services connectés, exigent des investissements colossaux et une capacité d’adaptation rapide. Honda apparaît en retard sur ces deux fronts. Les projets de véhicules électriques ont été rares et généralement limités à des volumes modestes. On se souvient par exemple de la Jazz (ou Fit EV) et de la Honda e.

Plus récemment, Honda a même dû s’appuyer sur des partenariats pour accélérer son électrification. Le Prologue repose sur une plateforme et des batteries développées par General Motors. Une façon de faire qui illustre aussi le retard accumulé par le constructeur face à ses concurrents. Pendant ce temps, des marques comme Hyundai et Tesla ont multiplié les lancements et accéléré leurs cycles de développement, tandis que les firmes chinoises comme BYD gagnaient rapidement du terrain sur plusieurs marchés.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que Honda a été pionnier dans l’électrification. Dès la fin des années 1990, la marque commercialisait l’Insight, l’un des premiers modèles hybrides au monde, quelques mois avant la Toyota Prius. Mais contrairement à Toyota qui a progressivement étendu cette technologie à l’ensemble de sa gamme, Honda n’a jamais capitalisé sur cette avance. Aujourd’hui encore, son offre hybride reste limitée, avec seulement quelques modèles dans sa gamme mondiale.

Mauvais choix stratégiques

L’abandon de la « Série 0 » révèle également les défis liés à la nouvelle génération de véhicules dits « définis par logiciel ». Ces modèles reposent sur une architecture électronique entièrement nouvelle, capable d’évoluer grâce à des mises à jour logicielles régulières. Sur ce terrain, la Chine s’en sort particulièrement bien. Honda reconnaît d’ailleurs lui-même dans ses communications avoir du mal à rivaliser avec ces nouveaux acteurs en termes de vitesse de développement et de compétitivité.

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Enfin, les difficultés actuelles du groupe ne se limitent pas à des problèmes technologiques. Elles s’inscrivent aussi dans une stratégie industrielle qui a longtemps privilégié la croissance des volumes et l’expansion géographique. Au début des années 2010, la direction voulait doubler les ventes mondiales. Pour y parvenir, Honda a multiplié les investissements industriels. Mais cette stratégie a mis sous pression l’ingénierie du groupe et entraîné plusieurs rappels ou lancements jugés moins convaincants.

Et maintenant ?

Bref, la crise actuelle apparaît finalement comme le résultat d’une accumulation de décisions stratégiques prises sur plus d’une décennie. La voiture électrique n’en est pas nécessairement la cause principale, mais plutôt un révélateur des difficultés d’adaptation du constructeur. Sauf qu’aujourd’hui, Honda est dos au mur ! La firme japonaise doit retrouver la capacité d’innovation qui a longtemps fait sa force, sous peine de perdre encore du terrain dans la course mondiale à l’électrification.

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