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En se branchant sur une borne de recharge ultra-rapide, la plupart des automobilistes ignorent la fascinante logistique qui permet au réseau de fournir des centaines de kilowatts à leur voiture électrique sans sourciller. En France, l’un des piliers du réseau électrique est la station de pompage-turbinage (STEP) de Montézic, située dans l’Aveyron. Cette centrale de stockage, qui utilise de l’eau pour accumuler de grandes quantités d’énergie, va lancer un chantier d’extension monumental pour augmenter sa puissance.
Chaque été, lors des grands chassés-croisés, des milliers de voitures électriques biberonnent simultanément sur les bornes de recharge rapide. Des installations qui, l’air de rien, peuvent débiter une puissance digne des plus grosses machines industrielles. C’est dire : les quelque 4650 points de recharge rapide installés sur les aires d’autoroute françaises représentent théoriquement une puissance cumulée d’environ 930 mégawatts (MW). C’est autant qu’un réacteur nucléaire.
Pourtant, le réseau électrique national n’a aucune peine à la fournir. Car au-delà des centrales de production, notre réseau s’appuie sur un système de stockage particulièrement efficace pour répondre aux hausses brutales de la demande électrique : les stations de transfert d’énergie par pompage-turbinage (STEP).
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Votre voiture électrique, future centrale de stockage : le V2X expliquéDans les années 1970 et 1980, la France s’est dotée d’un réseau de six grandes STEP à travers le territoire (voir notre carte). Elles ont été construites simultanément aux centrales nucléaires afin d’optimiser leur production, en la stockant la nuit lorsque personne ne la consomme. Aujourd’hui, leur rôle est renforcé par l’essor de l’éolien et du solaire, qui produisent à certains moments plus d’énergie que nécessaire.
Ensemble, les STEP sont capables d’injecter de fortes puissances (jusqu’à 5 100 MW) en une dizaine de minutes. Elles sont donc d’une importance cruciale pour équilibrer le réseau en toute souveraineté, sans consommer la moindre goutte de pétrole ni de gaz. Voilà ce qui permet de recharger nos voitures électriques sur des bornes ultra rapides à n’importe quel moment, sans émissions de CO2 ni crainte d’un blackout. Pas mal, non ? C’est français !

Après s’être reposée sur ses lauriers pendant quarante ans (la dernière STEP ayant été inaugurée en 1987), la France va de nouveau investir dans ce mode de stockage massif d’électricité. EDF s’apprête ainsi à lancer un chantier colossal sur sa STEP de Montézic, dans l’Aveyron (voir notre reportage). Cette usine est dotée d’une puissance de 920 MW pour une capacité de stockage d’environ 40 gigawattheures (GWh), soit l’équivalent de 800 000 batteries de Peugeot e-208. Elle est composée de deux lacs artificiels séparés par un dénivelé de 420 m. Entre les deux, creusée sous la montagne, une centrale souterraine fait transiter de l’eau à travers quatre turbines-pompes réversibles de 230 MW chacune.
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Le Québec, terre fertile pour la mobilité électriqueDepuis plusieurs années, l’électricien national souhaite augmenter la puissance de sa STEP. Le projet, baptisé Montézic 2 (lire notre article détaillé sur le projet), consiste à percer de nouvelles conduites forcées et une nouvelle caverne équipée de deux turbines-pompes supplémentaires de 233 MW, pour porter la puissance totale de la STEP de Montézic à 1 386 MW. Le projet était mis en sommeil par un contentieux entre la France et l’Union européenne concernant la mise en concurrence des installations hydroélectriques. Un compromis ayant été trouvé, il est aujourd’hui débloqué. EDF annonce ainsi lancer ce chantier colossal à l’été 2026.
« Les travaux de reconnaissance sont prévus pour démarrer cet été. Ils permettront de confirmer un certain nombre de points techniques : qualité de la roche, emplacement de la caverne, etc. La durée de cette première phase de travaux est estimée à 1 an et demi », nous détaille EDF Hydro. Ensuite, « 5 ans de travaux sont prévus pour réaliser la caverne, installer les 2 nouvelles turbines-pompes et les raccorder aux retenues d’eau amont et aval, et assurer l’extension du poste source », explique l’énergéticien, qui va engager « près de 250 salariés au plus fort du chantier. »
L’extension de la STEP de Montézic devrait être mise en service en 2033. Ce projet originellement estimé autour de 500 millions d’euros « permettra d’augmenter les capacités de production d’électricité sans pour autant procéder à de nouveaux aménagements extérieurs, en fournissant l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 280 000 habitants », assure EDF. « Il permettra aussi de renforcer les services de flexibilité indispensables au réseau électrique français ».
L’énergéticien explique par ailleurs la raison pour laquelle il préfère les STEP aux batteries géantes : « Contrairement aux batteries stationnaires, qui offrent un stockage de courte durée (2 à 4 heures), les STEP permettent de stocker de l’énergie pendant plus de 20 heures ». Selon nos calculs, les 466 MW qui seront ajoutés à la STEP de Montézic suffiront à satisfaire la puissance appelée par 2 330 bornes de recharge de 200 kW. De quoi continuer à remplir nos batteries pleine balle au cœur des chassés-croisés sans s’inquiéter d’un quelconque blocage de détroit ni de sautes d’humeur de dirigeants étrangers.
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