Samedi 17 novembre, les « gilets jaunes » promettent des blocages routiers un peu partout en France pour protester contre la hausse du prix des carburants. Née d’une vulgaire initiative citoyenne, la manifestation promet de rassembler plusieurs centaines de milliers d’automobilistes à travers la France. Avec la bénédiction des médias qui depuis plusieurs jours communiquent largement sur cet événement d’un autre âge. Explications.

Le changement oui mais pas maintenant

Pour les inconditionnels de l’électrique qui fréquentent ce blog depuis quelques années déjà, la manifestation prévue samedi 17 novembre est au mieux une plaisanterie, au pire, une nouvelle preuve de l’incroyable cécité qui frappe durement la majorité des automobilistes français dès que le prix à la pompe s’emballe.

Il suffit de se promener sur les réseaux sociaux ou lire les commentaires qui suivent les articles de presse rédigés ces derniers temps sur le sujet pour constater hélas que depuis 10 ans, rien n’a vraiment changé. Pire : au regard des alternatives désormais disponibles, on pourrait même considérer que la situation s’est aggravée !?

10 ans après le pic historique enregistré par le baril de pétrole, le nombre d’automobilistes qui continuent de s’enfermer dans le déni dès que l’on prononce le mot pétrole est assurément synonyme de lendemains qui s’annoncent de plus en plus difficiles le jour où le précieux fluide va réellement commencer à manquer…

Les médias en apôtre du peuple

Ces derniers temps, pas une journée ou presque sans une interview bidon ou une caméra aux abords d’une station service pour illustrer les conséquences de l’augmentation des prix à la pompe sur le pouvoir d’achat des français. Des reportages qui en disent long sur l’absence réelle de volonté des automobilistes dès qu’il s’agit de trouver des solutions moins coûteuses que l’auto à pétrole pour se déplacer au quotidien, en ville comme à la campagne.

A l’exception d’un micro-reportage diffusé sur France 2 le mois dernier montrant un père de famille ayant fait le choix de ne plus avoir de voiture, les reportages montrant les nombreuses façons de réduire sa facture de carburant font cruellement défaut. Pas un seul reportage sur celles et ceux qui ont fait le choix, depuis plusieurs années déjà pour les plus motivés – de s’affranchir volontairement (ou pas) de la dépendance de l’auto à pétrole.

Pas un seul reportage montrant le bénéfice de la prime à la conversion pour les nombreux ménages potentiellement bénéficiaires qui au travers de ce dispositif ont l’opportunité de pouvoir plus facilement investir dans de petits véhicules d’occasion qui comptent parmi les plus sobres et les plus fiables du marché.

La seule chose qui intéresse les médias : le prix à la pompe qui ne cesse de grimper et avec lui la colère des millions d’automobilistes qui n’ont pas le choix, sauf celui de continuer à rouler en voiture, le plus souvent seul au volant, y compris sur des trajets très facilement réalisables autrement qu’en voiture !

Quand les journalistes ne font pas leur boulot

En théorie, le rôle d’un journaliste, c’est d’informer. Pas d’appeler à manifester ni de relayer une initiative populaire surtout lorsque celle-ci est à contre courant de l’histoire et qu’elle insulte l’avenir.

Là où la plupart des médias brillent par leur incompétence, c’est lorsqu’il s’agit de passer en revue les solutions concrètes et efficaces pour faire face au prix élevé des carburants. C’est d’autant plus lamentable que les alternatives n’ont jamais été aussi nombreuses et financièrement accessibles qu’à ce jour : vélo, VAE, vélocargo, quadricycle électrique, citadine à essence, véhicules GPL (il en reste!), véhicules électriques d’occasion, etc… (La liste est volontairement réduite aux solutions disponibles aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural afin d’éviter de se faire taxer de bobo écolo des villes).

Conséquence : ces dernières semaines, pas un seul reportage montrant des exemples bien choisis en faveur de la prime à la conversion. Des exemples qui suffiraient à eux seuls à tourner en dérision le mécontentement exprimé par les « gilets jaunes » et qui montreraient, chiffres à l’appui, que grâce à cette mesure en place depuis l’an dernier, rouler dans une petite voiture fiable et économe n’a jamais été aussi bon marché.

Chialer plutôt que s’informer

C’est une spécialité française dans laquelle les automobilistes excellent : râler même lorsqu’il n’y a aucune raison de le faire. A l’heure où il n’a jamais été aussi simple de choisir un véhicule qui soit très économique à l’usage, combien de ménages, imposables ou non, possèdent un véhicule diesel qui asphyxie l’air ambiant et qui pourraient, s’ils faisaient l’effort de mieux s’informer, rouler dans une petite voiture à essence très économique à l’usage pour moins de 1500 € prime à la conversion déduite ?

Victime de son succès, le gouvernement n’a volontairement pas souhaité investir dans une grande campagne de communication en faveur de ce dispositif afin d’éviter notamment les effets d’aubaine. On peut le regretter. Mais on peut aussi regretter la passivité et le manque de curiosité des nombreux automobilistes qui préfèrent une fois encore chialer plutôt que de s’informer correctement.

Zéro analyse de fond

Vu le niveau des débats actuels, inutile de préciser que les analyses de fond liées à la hausse du prix des carburant font cruellement défaut. Sans nécessairement aller jusqu’à pointer du doigt la responsabilité évidente du modèle urbain français (…), il y aurait déjà énormément de choses à dire en se limitant à l’analyse du parc automobile roulant : hyper dieselisation du parc de véhicule d’occasion, manque criant d’offre en matière de véhicules hybride et électrique à bas prix, progression inquiétante de la part des SUV à des prix toujours plus accessibles malgré les surcoûts dont ces véhicules sont généralement synonymes à l’usage par rapport à leur équivalent berline ou break (pneumatiques, freins, consommation de carburant, etc…).

Un peu comme si l’automobiliste qui roule encore au 100% fossile était condamné à la médiocrité ?

Vive le futur sobre et intelligent !

Hausse du prix des carburants : pour qui les médias roulent-ils?
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