Garant du réseau électrique en France, Enedis (l’ex-ERDF) se positionne comme un acteur de premier plan dans le domaine de la mobilité électrique. Directeur du programme Mobilité Electrique d’Enedis, Dominique Lagarde revient avec Automobile Propre sur le rôle et les missions de l’entreprise pour développer l’électromobilité.

Depuis quand Enedis s’intéresse à la mobilité électrique ?



« Pour nous, le sujet de la mobilité électrique n’est pas nouveau. Nous sommes passés dans une phase industrielle depuis mi-2018 avec pour objectif de développer la mobilité électrique à grande échelle.

Au cours des dernières années, nous avons pu expérimenter un certain nombre de solutions. Cela nous a mis le pied à l’étrier. Enedis, c’est un partenaire incontournable : de près ou de loin, les points de charge sont connectés au réseau de distribution Nous serons automatiquement  ‘dans le coup’ mais notre idée est de l’être en anticipation et aussi dans une logique de partenariat. Sur le sujet de la mobilité, nous disposons désormais d’une équipe dédiée de 20 personnes afin de mobiliser l’ensemble des directions régionales et de travailler sur tous les sujets »

Quel est le rôle d’Enedis dans la mobilité électrique ?

« Notre rôle est multi-facette. Pour nous, l’enjeu est d’être en co-construction des solutions et des projets de mobilité électrique. Enedis  apporte un grand nombre d’éléments stratégiques dans la phase d’anticipation et de définition de la solution. Notre ambition, c’est d’apporter cette valeur ajoutée à chacun de nos partenaires.

Si je prends l’exemple de la RATP, qui a décidé de passer une grande partie de sa flotte à l’électrique, nous avons conclu un partenariat dès le mois de mars 2018 avec pour objectif de définir ensemble les solutions d’électrification des lignes de bus. On a assez vite convergé sur le fait que le bon choix était d’électrifier les dépôts de bus.. Il y a deux phases : la première de définition du projet et la seconde de travaux où chacun mène les tâches qui lui incombent. Dans le cas de la RATP, il y avait une très grosse attente en matière de sécurisation de l’alimentation des dépôts. Nous avons pu définir et apporter les solutions adaptées.

Autre exemple : celui de Saint Etienne qui est la première ville en France à mettre en place un dispositif de borne à la demande. Avec une entreprise (e-Totem ndlr), ils ont développé une plateforme numérique et participative où la population peut donner son avis sur l’emplacement desdifférentes bornes prévus par la ville. Nous sommes également partis sur une logique de partenariat. Sans cela, on nous aurait demandé des raccordements sans qu’on soit conscient du projet global. Cela n’est pas notre ambition et nous avons pu construire une solution commune avec la ville qui permet d’encadrer par des délais la phase de raccordement. Certaines autorisations dépendant de la ville, nous avons pu nous coordonner afin de garantir à l’utilisateur final que la borne soit installée dans les 3 à 6 mois suivant sa demande. Ces résultats, nous ne pouvons les obtenir que dans une logique de partenariat. 

Vis-à-vis du particulier, Enedis tient également un rôle dans les copropriétés ?

L’équipement en bornes de recharge des parkings de résidences ou d’immeubles est crucial pour soutenir le développement de la mobilité électrique. Pendant longtemps, Enedis a travaillé sur son réseau c’est à dire à l’extérieur des immeubles. Avec la mobilité électrique – c’est aussi le cas avec le renouvelable – il y a des échanges sur les installations que les clients souhaitent mettre en place à l’intérieur.



Dans cet écosystème, Enedis a ce rôle particulier : nous sommes un acteur du réseau et non un acteur commercial. Nous pouvons accompagner un projet d’électrification pour rendre possible la mobilité électrique,  c’est à dire même si cela implique une installation intérieure mais nous laissons les acteurs du marché jouer leur rôle.

En 2019, nous avons fait un travail d’accompagnement avec des cas pratiques en Ile-de-France pour l’installation d’une infrastructure collective. La difficulté, c’est le rythme et la nécessité d’un passage en Assemblée Générale. Si le projet est conséquent, il se peut que deux assemblées soient nécessaires pour arriver à trouver une solution. La première présente les différentes options avec un temps d’appropriation et la seconde permet de prendre la décision. Ce sont des processus relativement longs et en décalage avec les attentes du marché.

Si la demande est individuelle, la démarche est un peu plus simple et l’Assemblée Générale n’a pas vraiment possibilité de s’y opposer. Mais dans une optique d’industrialisation et de développement à grande échelle de la mobilité électrique, il faut anticiper et voir plus grand.

Enedis, c’est aussi de l’innovation ?

Concernant l’innovation, nous travaillons notamment sur  la partie smart-grid V2G. Ce que l’on cherche à faire, c’est tester à taille réelle tous ces aspects-là. Piloter une borne c’est évidemment possible. Ce qui nous intéresse, c’est de tester ces solutions avec un nombre conséquent de voitures et de clients dans une phase préindustrielle. Dans ce cadre, on a un projet qui s’appelle aVEnir et qui associe Enedis à 11 partenaires. Cette phase d’agrégation est nécessaire et relève plus de l’enjeu Business que du technique. Nous sommes à la recherche de copropriétés où il y aurait plus de 6 voitures dans le parking pour étudier le comportement des usagers. On s’intéresse aussi aux sites d’entreprises. Le projet va s’étaler sur trois ans et demi. L’un des six cas pratiques étudiés portera sur le V2G. Nous sommes à la recherche des premiers clients pour le mettre en place.

Outre cet axe R&D, Enedis dispose également de données en Open Data. On pense que l’on pourrait apporter des données nationales et territorialisées qui ne sont pas forcément connues des autres acteurs. Nous en sommes encore aux prémices. Il y a déjà un existant que nous allons continuer à développer.

Enedis  est  aussi exemplaire pour sa propre flotte ?

Effectivement. Nous comptions 1800 véhicules électriques à fin 2018, soit un peu moins de 10 % de la flotte. Aujourd’hui nous sommes proches des 14% et avons pour objectif de passer 100 % de nos véhicules de service à l’électrique d’ici à 2030, soit 70 % du parc des véhicules légers d’Enedis. Aujourd’hui, il y a une partie du parc ainsi que certains véhicules d’astreinte qui ne sont pas forcément électrifiables pour des problématiques d’offre ou d’usage.

Enedis est garant du réseau. N’y a-t-il pas de risque que l’essor du véhicule électrique ne le mette en danger ?

Tout le travail que l’on a fait ces derniers mois conforte l’idée que le réseau électrique pourra tout à fait intégrer la mobilité électrique.

RTE a confirmé ces orientations dans un rapport sur l’impact sur le système électrique publié en avril 2019. ENEDIS l’a fait dans le rapport « ENEDIS Partenaire de la mobilité électrique » publié en novembre 2019.

Aller plus loin

Découvrez le rapport Enedis sur l’intégration de la mobilité électrique dans le réseau public de distribution d’électricité

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Article réalisé en partenariat avec Enedis. En savoir plus