AccueilArticlesRecharge : arrêtez avec cette pratique agaçante, abusive et systématique qui peut coûter très cher sans le savoir !

Recharge : arrêtez avec cette pratique agaçante, abusive et systématique qui peut coûter très cher sans le savoir !

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Seat Mii électrique en cours de recharge
Seat Mii électrique en cours de recharge

Alors que le Plug and Charge se développe afin de faciliter l’usage des véhicules électriques, nous en sommes encore à devoir supporter sur de nombreuses bornes AC et DC des pénalités au temps, même en cours de recharge. Utilisateur de VE à deux et quatre roues depuis plus de 15 ans, Hervé n’hésite pas à se déplacer loin avec sa Volkswagen e-Up!. Son choix d’une batterie de moyenne capacité se heurte à ces sanctions qui démarrent automatiquement au bout d’un certain délai. L’interpellation de notre lecteur nous a donné l’idée de cet article entre témoignage et billet à deux mains. En espérant que les opérateurs comprennent le désagrément que peuvent représenter ces pénalités dans les cas où elles sont parfaitement inutiles.

Roadtrip touristique

Achetée en 2014, la première Volkswagen e-Up! du foyer est encore utilisée par le fils. Depuis presque 5 ans, la famille roule aussi avec un modèle de deuxième génération, donc équipé de la batterie 32,3 kWh à la place de celle de 18,7 qu’embarquait cette voiture entre 2013 et 2019. À quelques mois d’intervalle, Hervé s’est fait piéger par des pénalités aux bornes, alors que pour ses grands déplacements il a besoin de laisser son véhicule branché bien plus de 30 ou 40 minutes.

La première fois, « c’était l’été dernier lors d’un roadtrip avec mon fils, en passant par les départements de Charente, Dordogne, Lot, Cantal, Corrèze, etc. ». Sur le papier, en courant continu, la puissance maximale de la Volkswagen e-Up! aux bornes est donnée à 40 kW. À condition déjà de flirter avec ces chiffres, elle n’est bien sûr pas linéaire de bout en bout. Sur le terrain, c’est tout autre chose : « Il lui faut parfois pas loin de deux heures pour retrouver le plein d’énergie nécessaire afin d’effectuer les 180 à 220 km que nous parcourions à la journée ».

C’est dans le Lot, près de Figeac, que notre lecteur a remarqué après coup qu’il lui avait été compté « un forfait post stationnement. Ma voiture est effectivement restée branchée 1 h 45. Elle a toujours été en charge, et nous étions seuls à cette station, pique-niquant sur une table juste à côté et avec vue sur la borne. Si j’avais su que des frais s’appliqueraient au bout d’une heure, j’aurais débranché puis rebranché. Là, c’était 0,10 euro à la minute, mais j’ai déjà vu jusque 0,30 ».

Reparti contrarié

Pour Hervé, « ce forfait post stationnement devrait être corrélé à l’occupation des bornes. Lorsque nous avons eu cette mésaventure, c’était un dimanche en dehors de la saison touristique : il n’y avait personne. Nous étions venus pour visiter la vieille ville, mais je suis reparti contrarié ». Notre lecteur n’est vraiment pas du style à vouloir gêner la rotation aux bornes. Il a même beaucoup fait pour le développement de la mobilité électrique.

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Selon lui, le déclenchement de pénalités au temps de recharge demanderait une gestion assez fine : « À partir de quand les appliquer ? Quand la station est occupée entre 75 et 100 %. Ça doit dépendre de plusieurs facteurs, comme la période et la localisation ». Lors des grandes transhumances estivales sur les autoroutes, le seuil serait plus bas afin de servir un maximum d’électromobilistes. À l’inverse, dans les périodes particulièrement calmes et à l’écart des grands axes, pourquoi sanctionner des consommateurs qui ne gênent absolument personne ?

Il y a une dizaine d’années, on pouvait comprendre ce fonctionnement dans un contexte de début de développement à grande échelle des réseaux de recharge avec des fabricants de bornes occupés à produire des modèles fiables de plus en plus connectés. A l’échelle d’une station, l’état des points de recharge est connu. C’est même sur leur disponibilité que repose en particulier la possibilité de réserver sa place avant d’arriver sur le site.

Explication du titre

Systématique, ce système de pénalités sur la durée ne l’est heureusement pas partout. Il est en revanche abusif quand la station est loin d’être saturée. Plus encore lorsque votre VE est le seul sur place. Dans ces conditions, la pratique se révèle agaçante, en particulier en cas de besoin réel de laisser branché plus longtemps son véhicule électrique.

Elle est en outre encore trop souvent insuffisamment signalée. Il faut parfois se rendre sur le site Internet ou l’application de l’opérateur pour le découvrir quand ce n’est pas indiqué sur la borne. Parfois, l’info est loin de sauter aux yeux. De quoi dégoûter les nouveaux électromobilistes qui se feraient ainsi surprendre.

Si l’on comprend parfaitement bien pourquoi un tel mécanisme a été mis en place, une gestion intelligente basée sur la fréquentation de la station serait à la fois plus juste pour les électromobilistes et plus rémunératrice pour les opérateurs. Heureusement ou pas, il y a de temps en temps une limite aux pénalités. De quoi toutefois y laisser plusieurs dizaines d’euros. Dissuasives à souhait à l’encontre de ceux qui voudraient mobiliser les bornes sans se soucier des autres utilisateurs, c’est cependant cher payé pour le novice qui se fait prendre par mégarde.

Douteuses comparaisons

Par l’intermédiaire des applications, il ne devrait pas être si compliqué d’adresser une alerte « officielle » de l’opérateur sur le smartphone pour inviter l’utilisateur à déplacer son véhicule quand d’autres sont en attente et que la recharge est terminée, ou que la puissance révèle une fin prochaine de l’opération, ou au bout d’un certain délai dans ce cas précis.

Imaginerait-on un bibliothécaire empêcher un lecteur de s’asseoir plus de 30 ou 60 minutes à une table pour consulter des ouvrages, alors qu’il n’y aurait pas beaucoup de monde dans l’établissement ? En fait, la pratique existe. Dans certaines bibliothèques, le règlement intérieur indique explicitement un temps à ne pas dépasser, sans tenir compte de l’affluence. Et si un cafetier venait déloger des clients en terrasse au bout d’un certain temps ? Ça aussi, ça se pratique, en particulier dans les grandes villes. Pour rester plus longtemps, il faut reprendre une consommation, et donc payer. Ce qui se comprend.

La différence avec la recharge des véhicules électriques, c’est que les pénalités sont applicables alors même qu’il y a consommation avec une facture qui augmente au temps en fonction des kilowattheures délivrés. Il serait logique que le compteur de sanction ne commence à s’incrémenter que si la recharge est terminée, ou au cas par cas, si elle est encore en cours, en fonction de la fréquentation de la station et du temps de branchement.

Les enseignements de la 2e expérience

De sa deuxième mauvaise expérience des pénalités à la recharge, Hervé en ressort avec une autre idée : « Toujours avec la même voiture, mais fin novembre dernier, j’ai eu besoin de recharger dans une zone commerciale. J’ai trouvé une station Powerdot sur le parking d’un Mr Bricolage. Il y avait un seul autre VE. J’étais avec ma femme. Nous avons branché la e-Up! et sommes partis à la recherche d’un lieu pour nous restaurer. Quand nous sommes revenus au bout de 90 minutes, la voiture continuait à charger, et pas davantage de monde aux bornes ».

Douche froide en découvrant le relevé : « J’en avais pour 16,07 euros d’énergie et 10,85 euros de post-stationnement. Il pleuvait ce jour-là, et, comme beaucoup de zones commerciales, les voies sont tracées pour les voitures mais rien n’est fait pour les piétons. Il nous a fallu marcher dans l’herbe transformée en gadoue, nous prenant ainsi 20 minutes pour revenir sur place. Ce défaut d’aménagement montre qu’il faudrait des points de recharge sur les parkings de tous les magasins dans les zones commerciales ».

Cette nouvelle expérience montre un effet pervers du système des pénalités sur le temps de branchement. Il peut très facilement sanctionner des électromobilistes en train de consommer et sans dérangement pour le service. Mais si un véhicule thermique ou un VE non branché prend la place devant la borne (voiture ventouse), son conducteur ne risque rien. Amusez-vous à le signaler à un responsable du magasin : s’il vous répond avec franchise, ce sera le plus souvent pour vous dire qu’il n’interviendra pas afin de ne pas se mettre à dos un client.

Situation différente pour les bornes AC en voirie

C’est sans doute sur les bornes AC des syndicats de l’énergie que la pratique des pénalités apparaît visiblement la plus contraignante. Sur ce matériel, la puissance de recharge peut être divisée par 2 quand les deux points sont sollicités. Ce qui donne, au mieux, 3,5 kW avec une voiture électrique qui embarque un chargeur 7 kW. C’est même parfois en dessous de 3 kW. Dans ce cas, des sanctions qui s’appliquent au bout de 2, 4 ou 5 heures sont particulièrement malvenues. Au pire, un électromobiliste qui n’a pas le moyen de recharger chez lui ne récupérera que de quoi parcourir à peine 50 km s’il respecte le temps maximal.

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Ici, avec seulement une borne dans la plupart des cas, difficile de mettre en place tout un système contrôlant si des VE sont en attente. Mais comme on les trouve souvent sur des parkings municipaux ou en voirie, il faudrait pouvoir ajouter à proximité plusieurs prises renforcées pour une recharge à 3,5 kW au maximum, sans pénalités, avec un tarif du kilowattheure proche de celui à la maison. Sans cela, le VE conservera durablement l’image d’une voiture excluant principalement les foyers modestes. Ces prises pourraient par exemple être réservées aux riverains sans moyen de recharge personnel.

La commission qui encourage à rester branché longtemps

Rechargeant d’ordinaire chez lui, Hervé souhaite, en conclusion de ce billet lecteur-rédacteur, mettre en avant une de ses dernières observations en itinérance : « Plusieurs opérateurs prennent une commission fixe par recharge en plus des kilowattheures délivrés. Elle est par exemple d’un euro avec les bornes en DC où j’ai branché ma voiture chez Lidl. D’une certaine manière, cette pratique encourage à rester le plus longtemps possible pour amortir cette part ».

C’est aussi cette grande variété dans la composition des tarifs qui est déroutante. Imaginez le cafetier du coin facturer déjà 2 euros, pour s’asseoir, puis le prix de la boisson, et d’ajouter encore, au bout d’une heure, 0,30 euro par minute à rester assis, même s’il n’y a personne autour. Encore que, si c’est pour être au chaud à l’intérieur, économiser de l’énergie chez soi, et profiter de l’animation du commerce, ça se discute !

Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Hervé pour son témoignage et sa réflexion qu’il nous a proposés. Pour rappel, toute contribution désobligeante à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimée. Merci de votre compréhension.

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