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Le faux bruit de moteur des voitures électriques bientôt interdit ?

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Sur le papier, la mobilité électrique promet un monde plus silencieux. Mais la réalité est légèrement différente. Un nouveau débat sur le niveau sonore des voitures électriques vient d’être lancé. On ne parle pas des sons d’avertissement obligatoires, mais bien des systèmes d’amélioration du son extérieur, ces technologies qui imitent le bruit des modèles thermiques.

Bruits artificiels à l’ère de l’électrique, oui ou non ?

Dans les textes, le règlement européen est clair. Depuis 2019, les voitures électriques et hybrides doivent être équipées d’un système d’alerte acoustique, l’AVAS, destiné à prévenir les piétons et les personnes malvoyantes de l’approche d’un véhicule à basse vitesse. Ce dispositif impose l’émission d’un son jusqu’à 20 km/h (une limite qui pourrait être portée à 30 km/h) avant de s’éteindre automatiquement au-delà afin de limiter les nuisances sonores. Cette règle permet de concilier sécurité et réduction du bruit en ville.

Mais ce consensus est aujourd’hui remis en cause. Depuis 2024, la Commission économique des Nations unies pour l’Europe discute à Genève d’une évolution possible des émissions sonores émises par les véhicules. Au cœur du débat, il est question de l’autorisation des systèmes d’amélioration du son extérieur (ou ESES, pour Exterior Sound Enhancement Systems). Ces dispositifs permettent aux voitures électriques de diffuser des bruits artificiels sans aucun lien avec la sécurité des autres usagers de la route.

« Préserver l’émotion et l’identité de marque »

Portée par l’Organisation internationale des constructeurs automobiles (OICA), cette demande repose sur un argument qui divise. L’OICA estime que le son « fait partie intégrante de l’ADN automobile ». Pour certains industriels, il s’agit de « préserver l’émotion, le dynamisme et l’identité de marque », y compris à l’ère de l’électrique. Certains constructeurs ont déjà investi dans des signatures sonores spécifiques.

On pense évidemment au faux bruit de moteur de la Hyundai Ioniq 5 N ou encore la Dodge Charger Daytona qui reproduit le son emblématique du V8.

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Un enjeu de santé publique

Il y a un côté récréatif et assez plaisant avec ces dispositifs, c’est évident, mais les opposants à cette évolution y voient un contresens historique. En effet, l’un des principaux bénéfices de la mobilité électrique réside précisément dans la baisse du niveau sonore, en particulier en milieu urbain. Autoriser des sons artificiels additionnels reviendrait, selon eux, à « annuler une partie des gains attendus ». Et cela au moment même où les villes cherchent à améliorer la qualité de vie de leurs habitants.

Par ailleurs, les enjeux de santé publique renforcent ces critiques. Selon l’Agence européenne pour l’environnement, le bruit du trafic constitue le deuxième risque environnemental en Europe, juste derrière la pollution de l’air. Plus de 110 millions de personnes seraient exposées à des niveaux sonores nocifs, « avec des effets avérés sur la santé cardiovasculaire ». L’OMS estime de son côté que le bruit routier fait perdre chaque année entre 1 et 1,3 million d’années de vie en bonne santé sur le continent.

La France et l’Allemagne s’opposent

Des arguments qui poussent plusieurs pays, dont la France, les Pays-Bas et la Suisse, à défendre une ligne d’opposition à propos de l’introduction des bruits dits « non nécessaires ». À l’inverse, l’Allemagne et le Japon plaident pour davantage de flexibilité. Un compromis semble d’ores et déjà émerger. Certains proposent d’autoriser les systèmes ESES, mais en les désactivant par défaut. Le conducteur aurait donc la possibilité de les activer manuellement, dans des situations bien précises.

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La décision finale est attendue lors de la prochaine session plénière de la CEE-ONU, en février. Alors, la voiture électrique doit-elle rompre définitivement avec la culture du bruit, ou continuer à l’entretenir artificiellement ? Nous sommes curieux de connaître votre point de vue sur cette question, n’hésitez pas à donner votre avis dans les commentaires.

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