Et si toutes les conditions étaient déjà réunies pour que le transport lourd passe massivement à l'électrique ?

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D’abord ambitieuse, l’Union européenne a finalement décidé de revoir sa stratégie en matière d’électrification du transport lourd. Le Parlement a récemment approuvé un assouplissement des objectifs CO2 pour le secteur. Et si c’était une erreur ?

Maintenir le cap pour les camions électriques

Il y a quelques semaines, les eurodéputés ont cédé aux pressions exercées par l’industrie du transport routier. Un certain nombre d’acteurs du secteur plaidaient pour une révision anticipée des objectifs CO2 à cause « d’incertitudes sur la demande » et « sur la disponibilité des infrastructures ». Et ils ont obtenu gain de cause

En effet, le Parlement européen a décidé d’introduire davantage de flexibilités dans la trajectoire de réduction des émissions. Les objectifs fixés restent inchangés, mais la méthode de calcul évolue ! Et, même si cela doit encore être approuvé par les États membres, c’est un vrai problème selon Transport & Environment.

Pour l’ONG, les arguments avancés par les lobbyistes du secteur ne font pas le poids face aux chiffres. Le marché des poids lourds électriques connaît depuis quelques mois une progression rapide. La part de ces véhicules dans les immatriculations européennes a atteint environ 6 % sur le deuxième trimestre 2025, avec une dynamique particulièrement marquée dans certains pays d’Europe du Nord. Plusieurs grands constructeurs ont déjà engagé des investissements massifs et annoncé des gammes complètes de camions électriques pour la fin de la décennie. En parallèle, la demande commence sérieusement à être au rendez-vous ! De plus en plus de transporteurs passent à l’électrique.

Comme vous pouvez le voir sur ce graphique, les immatriculations de camions électriques progressent extrêmement vite aux Pays-Bas, en Suède et en Norvège.

Des faux problèmes ?

La question des infrastructures apparaît elle aussi moins bloquante qu’auparavant. Le déploiement de bornes de recharge dédiées au transport lourd s’accélère, sans oublier que la recharge dans les dépôts doit rester l’une des solutions privilégiées par les transporteurs. Le règlement sur les carburants alternatifs (AFIR) impose notamment des corridors de recharge le long des grands axes routiers. Pour T&E, cette montée en puissance devrait suffire à accompagner la croissance du parc, à condition de maintenir un cap politique clair. Ce qui n’est clairement pas le cas…

Autre argument avancé par les industriels : le coût encore élevé des camions électriques. Là encore, le rapport nuance cette vision. Si l’investissement initial reste supérieur à celui d’un modèle diesel, le coût total de possession tend à devenir plus intéressant, notamment grâce à la baisse attendue du prix des batteries et au coût attractif de l’électricité. D’autres études anticipent un point de bascule économique avant la fin de la décennie pour de nombreux usages, en particulier dans le transport régional.

Tous les voyants sont au vert

Alors, si tous les voyants sont au vert, pourquoi vouloir mettre un coup d’arrêt à cette bonne dynamique ? L’assouplissement des objectifs européens pourrait envoyer un signal contradictoire. En réduisant la pression réglementaire, l’Union risque de ralentir les investissements et de créer de l’incertitude pour les acteurs déjà engagés dans la transition. Les auteurs du rapport alertent  également sur un risque de décrochage industriel face à la concurrence internationale, notamment chinoise, très avancée sur l’électrification du transport lourd.

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Il y a les enjeux industriels, mais il y a aussi la trajectoire climatique. Le transport routier de marchandises représente une part significative des émissions de CO2 en Europe… Sa décarbonation est indispensable pour atteindre les objectifs climatiques de 2030 et 2050. Dans le fond, Transport & Environment défend une idée simple qui consiste à dire que plutôt que d’adapter les ambitions aux potentielles contraintes du moment, les conditions actuelles permettraient déjà d’accélérer la transition vers le camion électrique.

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Bofil y a 25 minutes

La solution est simple, mais ne sera pas mise en oeuvre...
Le TCO est déjà favorable aux E-PL avec des prix d'achat actuels , pourtant multipliées par 2 par les constructeurs européens, sur la vie du véhicule .
Il suffit de ne mettre AUCVUNE surtaxe sur les e-PL ...;Chinois, et le prix de vente va s'aligner sur les thermiques made in Europe, avec cette fois si un TCO positif, dès la première année d'exploitation par le professionnel...
Il reste à obliger ENEDIS aux raccordements des dépôts des transporteurs, pour les bornes, sous 3 mois, ave pénalités éventuelles, et enfin une mise à disposition de terrains publics à MILENCE pour les corridors .
Quand au paramètre du poids, il ne touche que certains cas, et il est parfaitement possible d'accorder des dérgations aux seuls e-PL, pour tenir compte du surpoids des batteries, pour peu qu'il y ait volonté politique; et de ne pas céder ( comme habituellemnt) aux puissants lobbies des routiers, des constructeurs européens ( et leurs ateliers), des pétroliers etc etc ...

Charlie_41il y a 28 minutes

Les immatriculations sont aujourd'hui tchèques, hongroises, slovènes,... même les espagnols et les polonais sont en crise.
Le problème n’est plus technique, il est uniquement financier. C'est LE défi pour les professionnels occidentaux.

VEisFutureil y a 30 minutes

Est-ce que ces mêmes lobbies vont faire un chèque aux transporteurs pour compenser la hausse du prix du gasoil ?

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