e-tron GT Avengers

Automobile et cinéma ont toujours fait bon ménage. Est-ce que cela sera encore vrai à l’ère de la voiture électrique ?

On ne va pas se mentir, même quand on a basculé depuis déjà quelque temps du côté électrique de la force, une partie importante de nos meilleurs souvenirs de cinéma comprend des films où la voiture – en l’occurrence thermique – tient un rôle majeur.



Bien sûr, on pense d’abord aux films d’action, qui ne seraient pas de vrais films d’action sans l’incontournable poursuite en bagnole, qui constitue généralement le clou du spectacle, et que l’on attend fiévreusement en massacrant un douzième cornet de pop-corns innocent : « Alors, elle arrive quand cette poursuite, nom d’un petit bonhomme ? »

Que seraient en effet des Bullit, Mad Max, James Bond, Fast and Furious, Drive et autres milliers de classiques du cinéma sans les hurlements de bon vieux V8 et V12 survitaminés conduits par des lascars en overdose de testostérone ?

Mais le cinéma d’action n’est pas le seul à avoir fait de la voiture l’un des personnages clés de sa saga. Que ce soit dans les séries ou dans des films de genre, la voiture est souvent un marqueur de la personnalité du personnage principal. Côté séries, la première image qui me vient à l’esprit est évidemment la Porsche 911/964 déglinguée de Hank Moody dans Californication – alors que sa compagne, beaucoup plus politiquement correcte, roule déjà en Prius, bien sûr – qui est vraiment le prolongement d’un personnage tout aussi déglingué. Ou encore l’improbable et immonde Pontiac Aztec de Walter White dans Breaking Bad, qui souligne à la perfection le côté américain moyen du personnage. Sans parler, pour les plus anciens, de la proverbiale 403 cabriolet de l’inspecteur Columbo.

Amour, watts et beauté

Vous me voyez venir… La question existentielle et fondamentale du jour est de savoir si la voiture électrique se fera aussi sa place au chaud sur grand écran. Est-ce qu’elle aura aussi son moment de gloire et de glamour, ses Walter White, ses Hank Moody ou ses Mad Max ? Ou est-ce que nous parlons d’une époque qui appartient déjà au passé, et qui sera très vite définitivement révolue ?

Il faut dire qu’à quelques exceptions près, pour le moment, l’électrique ne tient pas vraiment les premiers rôles, ou en tout cas pas encore. J’ai souvenir de quelques apparitions furtives, comme le déjà mythique caméo de l’Audi e-tron GT dans la dernière mouture d’Avengers, avec son bruit artificiel (qui rappelle d’ailleurs celui de la Porsche Taycan) pour donner plus d’intensité dramatique à son apparition, ou encore la Tesla Model S avec chauffeur de l’une des protagonistes de la série Billions. J’en oublie sûrement, mais il n’y a pas pléthore.

On imagine que l’intégration de voitures électriques dans les scenarii doit s’avérer un vrai casse-tête pour les scénaristes, producteurs, réalisateurs et même cascadeurs. Car, jusqu’à présent, quand une voiture vient s’intégrer dans une œuvre cinématographique, l’émotion est souvent déclenchée soit par le son du moteur (Ah la Maserati d’Intouchables) soit par le fait qu’il s’agit d’une voiture mythique qui raconte à elle seule une histoire, comme la Mustang de Trintignant dans Un homme et une femme. Avec l’électrique, pour le moment, pas de son et pas d’histoire. Les scénaristes vont donc devoir trouver autre chose pour déclencher un effet WOW s’ils décident de donner la vedette à une automobile à pile. Côté cascadeurs, faire faire des tonneaux ou détruire une Tesla contre un 40 tonnes doit poser aussi quelques problèmes de sécurité liés à la possible inflammation des batteries.

Oh my god, on va tous mourir, les batteries sont vides !

Tout cela aura peut-être pour effet d’exercer une influence sur les scénarios, au même titre que l’irruption du téléphone portable et d’internet a transformé les narrations au cours des deux décennies écoulées. Le fameux shoot de terrible intensité dramatique que constitue l’incontournable scène de la voiture qui ne démarre pas au pire moment ne pourra pas être reproduit (s’acharner sur la clé de contact ne sera plus possible puisqu’il n’y a pas de clé de contact sur une électrique), mais sera peut-être remplacé par « Oh my god, on va tous mourir, les batteries sont vides ! »

Au passage, fini également le coup de la panne, puisque comme chacun sait, une voiture électrique ne tombe jamais en panne (non je rigole). Ou alors la panne se produira là aussi par manque de batterie entre deux chargeurs. Finie aussi la scène romantique où la chargée de pub new-yorkaise en week-end dans le Minnesota tombe amoureuse du beau gosse un peu rustre en chemise à carreaux qui répare des caisses dans son garage en bois, puisqu’on vous dit qu’il n’y a pas d’entretien sur une voiture électrique.

Enfin, on peut aussi compter sur Hollywood pour utiliser la voiture électrique comme un cheval de Troie idéologique – si tant est que l’on considère que le cinéma a aussi valeur d’exemple – en remplissant ses productions de voitures zéro émission pour montrer la voie, comme cela a été déjà fait avec la cigarette. Puisque plus personne ou presque ne fume dans les films, les voitures non plus ne fumeront plus.



C’est d’ailleurs déjà le cas. Zena Harris, directrice créative du Sustainable Production Forum du Festival international du film de Vancouver, explique : « Nous ne voulons pas nécessairement avoir un impact sur l’élément créatif en termes de scénario… Mais si [un personnage] est amené à conduire une voiture quelque part, cette voiture pourrait-elle être un véhicule électrique ? C’est là que nous commençons à normaliser les comportements à l’écran, et à leur substituer des produits et des comportements plus respectueux de l’environnement. »

Certes, nous avons encore un peu de temps devant nous avant que tout cela n’arrive, car l’industrie du cinéma reste assez conservatrice, mais on peut déjà parier sur le fait que le premier Bullit ou Mad Max tout électrique rentrera directement dans l’histoire du septième art.

La seule question n’est pas de savoir si cela arrivera, mais quand cela arrivera.