Il passe des Ferrari à la Renault Zoé


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Installé à Blotzheim (68), dans le secteur de Mulhouse, depuis 2005, ACC Automobiles proposait encore il y a quelques années majoritairement de puissantes sportives essence. Les Ferrari, Lamborghini, Maserati, Aston Martin et autres Opel Speedster et Honda Civic Type R cèdent le terrain aux Renault Zoé, Tesla des 3 modèles, mais aussi aux quadricycles et scooters électriques, à la vente et/ou en location.

L’Opel Speedster…

L’histoire d’ACC Automobiles est bourrée d’anecdotes. Et ce, depuis la création de l’entreprise.

« En 2005, nous avons commencé par vendre des Opel Speedster qui nous venaient au départ des concessions allemandes auxquelles il avait été imposé d’en exposer une en vitrine. Ce petit cabriolet sur base de Lotus Elise disposait d’un meilleur moteur que le Rover 1,8 l. Il embarquait un bloc 2,2 l Opel bien plus fiable et performant », débute Didier Dubicki.

« Comme elles ne se vendaient pas, nous les touchions à un bon prix. Nous en avions vendu une quinzaine quand le siège d’Opel nous a contacté directement pour écouler les exemplaires qui attendaient sur les parking de stockage », poursuit-il.

…lance le garage

« Proposées à 28.000 euros à la place de 37.000 ou 38.000, avec un paiement sous 90 jours, ces Speedster nous ont permis de lancer l’activité, d’effectuer pas mal de ventes, et de constater un résultat positif dès la première année », se souvient Didier Dubicki. « En tout, nous avons vendu 107 exemplaires de ce cabriolet », retrouve-t-il dans sa comptabilité.

« Nous nous sommes spécialisés ensuite dans les Lotus et dérivées, avec 260 unités de cette marque écoulées par nos soins. Puis nous nous sommes intéressés à la Honda Civic Type R, avant de laisser un peu les petites sportives pour proposer de plus en plus de modèles plus puissants et imposants, badgés des sigles Ferrari, Lamborghini, Maserati, Aston Martin, etc. », détaille-t-il.

Apparition du bonus-malus gouvernemental

« En 2008, l’apparition du malus-bonus gouvernemental m’a fait penser que les grosses sportives seraient de plus en plus lourdement sanctionnées. Avec le déplafonnement, le malus pourra dépasser les 20.000 euros », chiffre Didier Dubicki.

« En 2013, je suis tombé sur une publicité déterminante en consultant Facebook. En plus des 7.000 euros accordés par l’Etat pour l’achat d’une voiture électrique, le département offrait 5.000 euros. En bénéficiant d’une remise de Renault, nous pouvions obtenir une Zoé pour 9.000 euros », témoigne-t-il.

« Au début, c’est surtout ma femme qui roulait avec. Elle avait été séduite par son confort et sa puissance d’accélération. Elle la trouvait agréable à conduire et facile à garer. Puis finalement on ne prenait plus que cette voiture car avec une thermique, pas possible de faire le plein d’essence à la maison », se souvient-il.

Achetée 9.000 et revendue 13.500 euros

« Au bout d’un an, alors que notre Zoé totalisait déjà 13.500 kilomètres, le concessionnaire Renault m’a appelé pour me demander si je ne voulais pas la revendre. Il avait en face de lui un Hollandais qui en proposait 13.500 euros, ne bénéficiant pas d’aide à l’achat dans son pays. J’ai accepté », reconnaît notre interlocuteur.

« Ma femme n’était pas très enthousiaste sur cette opération, mais elle a vite retrouvé le sourire avec une Audi TT RS de 360 chevaux. Elle était contente du broum broum, des accélérations fulgurantes et de la tenue de route impressionnante », revoit-il encore.

Mais au bout de 3 semaines, elle lui a dit : « L’Audi TT c’est rigolo 5 minutes, mais pour emmener notre fille à l’école et rouler dans les bouchons ce n’est pas l’idéal. Pas de coffre pour mettre les courses, toujours faire attention de ne pas abîmer les jantes sur les trottoirs, sans compter les dépenses en essence ». Retour à la case Zoé avec un nouvel exemplaire.

Artega GT, Honda Civic Type R, ou…

« J’étais tombé amoureux de l’Artega GT en la découvrant au salon automobile de Genève. Mais l’entreprise a fait faillite. Dommage, avec ce moteur 6 cylindres Volkswagen et cette boîte à double embrayage… », se remémore Didier Dubicki.

« Alors je pensais me rabattre, pour moi, sur une Honda Civic Type R mieux adaptée à mes besoins : 5 portes, de la place pour le chien à l’arrière grâce à l’assise relevable, un coffre aussi grand que celui du Renault Scenic, etc. C’est à ce moment-là, en 2015, que j’ai reçu une invitation de Tesla pour essayer la Model S », se rappelle-t-il.

« Ma crainte était que cette startup américaine connaisse le même sort qu’Artega », avoue-t-il.

85.000 euros et ne pas pouvoir partir en vacances ?

« J’ai essayé la Model S qui m’a immédiatement séduit. Mais je n’étais pas prêt à en prendre une. A la représentante de Tesla, j’ai expliqué que 85.000 euros, c’était beaucoup de sous pour un usage autour de chez moi et ne pas pouvoir partir en vacances. Pour comparaison, la Honda Civic Type R coutait 40.000 euros en 2015 », illustre le garagiste.

« La commerciale ne s’est pas démontée et m’a demandé où je comptais partir en vacances. J’ai répondu Linköping, en Suède. Elle a saisi le nom de la ville sur Internet, et le trajet s’est dessiné en indiquant tous les superchargeurs à proximité du tracé. C’était en mars 2015, l’application venait tout juste d’être mise en service », repense-t-il.

Affaire conclue !

« J’ai été vraiment impressionné en constatant que Tesla avait déjà fait le maximum pour pouvoir voyager un peu partout à travers l’Europe grâce à son réseau de superchargeurs. J’ai attendu une journée pour commander sur Internet une Model S, la représentante de Tesla m’ayant confié qu’Elon Musk devait faire une annonce dans les heures suivantes », revit Didier Dubicki.

« C’était pour le lancement de la version 85D, avec les 2 moteurs électriques pour la motricité intégrale, et c’est celle-là que j’ai immédiatement retenue. Je l’ai reçue 2 mois après, juste à temps pour partir avec des amis dans le Sud de la France », a-t-il apprécié.

« J’ai dû aller la chercher à Genevilliers. Je n’étais pas à l’aise en traversant Paris du fait de la largeur de la voiture. Mais une fois sur l’autoroute, je me suis dit : ‘J’en ai acheté des voitures dans ma vie, mais là, j’ai acheté la meilleure au monde’ », a-t-il alors ressenti.

Un monde nouveau

« Quand on découvre une nouvelle Porsche 911 après avoir conduit l’ancien modèle, par exemple, on s’aperçoit des améliorations, mais on n’est pas dépaysé. Avec la Tesla, tout était nouveau pour moi : l’organisation des essais, la manière d’en commander une, la motorisation électrique, le grand écran, les mises à jour à distance des logiciels qui font fonctionner la voiture, etc. », a découvert notre interviewé.

« En rentrant, j’ai rechargé à Nuits-Saint-Georges, le mini superchargeur était installé sur des palettes. Je suis rentré en Alsace vers 23h00, et nous devions partir le lendemain à 6 heures. J’avais peur que la batterie ne soit pas complètement rechargée. Mais avec le triphasé, c’était bon », se souvient-il encore.

« Notre voyage a été ponctué de 3 arrêts avec recharge : à nouveau à Nuits-Saint-Georges pour prendre un petit-déjeuner, à Lyon pour le déjeuner, et à Aix-en-Provence pour prendre un café. Nos amis qui nous suivaient en Audi S4 ont dû s’arrêter une fois de plus pour effectuer un plan de carburant avant d’arriver à Bormes-les-Mimosas », tacle-t-il avec humour.

Bascule de l’activité du garage

En 2015, le malus frappe de plein fouet l’activité des garages qui importent des sportives, même d’occasion.

« Avec plusieurs milliers d’euros de taxe, impossible de conserver une marge acceptable sans augmenter les prix et finalement faire fuir la clientèle. J’ai donc pris la décision d’aller vers la vente de voitures électriques, convaincu de son réel attrait avec nos expériences en Zoé et Model S, et vers des sportives thermiques moins puissantes, comme l’Audi TT, par exemple », nous confie Didier Dubicki.

Une décision qu’il a annoncée et expliquée sur le site du garage. « Cela fera le plaisir de certains, le malheur d’autres, mais à la vue des différentes taxes, zones d’interdiction de rouler, augmentation du prix du carburant, taxe sur les véhicules de société, écotaxe, taxe CO2, taxe sur les CV fiscaux, etc… Il semble évident que l’avenir de l’automobile sera électrique et/ou électrifié », peut-on lire en introduction de son texte sur le sujet.

179 voitures électriques

En 4 ans, ACC Automobiles a vendu 179 voitures électriques, dont 70 Renault Zoé et 55 Tesla Model S, à une clientèle venue largement d’Italie, Allemagne, Suisse, Belgique, Pays-Bas, etc.

Parmi les autres modèles écoulés à Blotzheim, des Volkswagen e-Golf et e-Up!, Kia e-Niro et Soul EV, Opel Ampera, BMW i3, Tesla Model X et Model 3, Fisker Karma et… des Fiat 500 électriques importées des Etats-Unis.

« Au départ, j’en ai fait venir une pour moi, afin de rouler autrement qu’en Zoé. Puis plusieurs de mes clients en ont voulu, alors j’en ai rapatrié une dizaine », commente le professionnel de l’automobile.

Il a cependant dû arrêter l’importation de ces petites italiennes en raison d’un délai important, de l’ordre de 8 mois, pour rapatrier les véhicules, procéder aux homologations, etc.

Encore de grosses sportives

Le jour de l’interview, le garagiste alsacien exposait 26 voitures à vendre, dont 8 électriques et 15 à motorisation essence. « Nous revendons régulièrement les sportives que nos clients ont auparavant achetées chez nous », justifie Didier Dubicki.

« Un jour, l’un d’eux est venu avec une Audi TT, souhaitant la remplacer par une Audi R8 ou une BMW i8. Nous lui avons aussi fait essayer une Tesla Model 3. Finalement, il s’est décidé pour cette dernière, se débarrassant aussi d’un Opel Mokka, pour n’avoir plus qu’une seule voiture polyvalente chez lui. Depuis 2 mois, j’ai dans mon stock 9 sportives thermiques laissées par des clients qui ont signé pour une Model 3 », illustre-t-il.

Réorientation vers la location

En 2020, le catalogue de ACC Automobiles devrait progressivement s’enrichir de 3 nouvelles voitures électriques : Mini Cooper SE, Porsche Taycan et Tesla Model Y.

Visionnaire, Didier Dubicki a décidé il y a quelques mois de diversifier l’activité de son garage en proposant à la location des Tesla Roadster (l’ancien modèle), Model S, Model X et Model 3, mais aussi des BMW i8, et des Alpine qu’il imagine bientôt électrique.

Il loue aussi des quadricycles Renault Twizy et son clone chinois, le Anaig Geco. Deux scooters branchés complètent l’offre : le 2Twenty Roma au look d’ancien Vespa, et, plus moderne, le Super Soco CUX. « Ce sont des automobilistes qui ont perdu leur permis qui choisissent ces modèles », plaide notre interlocuteur.

Impasse sur les thermiques

« Nous arrivons aujourd’hui dans une impasse avec les thermiques qui se revendent plus difficilement », assure Didier Dubicki.

« Ceux qui souhaitent acheter une Tesla veulent d’abord revendre le plus souvent une grosse berline ou un imposant SUV diesel. Le prix que nous pouvons mettre désormais dans une telle reprise ne leur convient pas. Mais quand ils essayent de s’en débarrasser par eux-mêmes, ils n’ont souvent pas d’autre choix que d’accepter une offre assez basse qui peut remettre en cause leur projet », observe-t-il.

« Avec la location, je suis sûr d’être dans la bonne voie, mais d’y arriver un peu trop tôt. Aujourd’hui, je suis tellement convaincu par l’électrique que je ne comprends même pas comment on peut acheter autre chose ! Alors que c’est le cas de 98% des Français, ce que je trouve complètement fou… », conclut le dirigeant d’ACC Automobiles.

Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Didier Dubicki pour son double témoignage – personnel et professionnel -, mais aussi pour sa confiance et sa grande disponibilité.

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