Navigateur et alpiniste, Eric Loizeau prête son nom à divers programmes et événements visant la lutte contre les pollutions et le dérèglement climatique. Dénonçant avec Race for Water une présence de plus en plus importante du plastique dans les océans, il parraine depuis quelques années la Green expédition.

« A la base, je suis un marin. Même si j’aime bien l’alpinisme que je pratique en amateur, toute ma vie tourne autour de la mer à laquelle je suis très attaché. Elle me procure un grand sentiment de liberté qui m’est nécessaire. Je suis aussi un amoureux de la nature », se définit Eric Loizeau.



« Un de mes plus grands combats est de lutter contre la pollution des océans par le plastique. C’est pourquoi je suis devenu l’un des ambassadeurs de la fondation Race for Water », poursuit-il. Un rôle qu’il partage avec une petite vingtaine de personnalités aussi diverses que le dessinateur Zep, la skieuse freestyle Virginie Faivre, les navigateurs Gérard d’Aboville et Michel Desjoyeaux, l’écologiste Mama Piru aujourd’hui décédée, le chanteur Marc Aymon, la réalisatrice Atsuko Quirk, l’humoriste Marina Rollman, etc.

Race for Water

« Je suis vraiment content que le bateau Race for Water existe, d’aller dessus. Lors du premier tour du monde en 2015, afin d’effectuer un état des lieux sur la pollution des océans, son moteur électrique était alimenté à l’énergie solaire », se souvient Eric Loizeau.

Ce sont 512 m2 de panneaux photovoltaïques, répartis sur les 23 x 35 m du bâtiment avec ses extensions, qui rechargent dans cette configuration 8 tonnes de batteries lithium-ion (36 heures de navigation possible). L’ensemble pèse quelque 100 tonnes et offre 250 m2 de surface habitable dont 90 m2 d’espace de coworking.

« Avec des systèmes qui n’utilisent pas d’énergie fossile, on peut faire des choses intéressantes », souligne le navigateur ambassadeur.

L’odyssée en cours

Ce nouveau tour du monde présente le plastique comme un fléau quand il pollue les océans, mais comme une solution pour produire de l’électricité via pyrolyse dans des territoires isolés. « Pour la seconde odyssée 2017-2021, l’hydrogène et la traction par le vent avec un kite sont aussi exploités », détaille notre interlocuteur qui navigue depuis l’âge de 7 ans.

A bord, 200 kilos d’hydrogène sont stockés dans 25 bouteilles sous une pression de 350 bars. De quoi disposer de 6 jours d’autonomie à 5 nœuds, en passant par 2 piles à combustible 30 kW pour alimenter le moteur ou recharger les batteries.

« J’ai un doute sur l’utilisation de l’hydrogène avec des véhicules légers. En revanche, pour les poids lourds, et plus encore pour le transport maritime, je trouve que c’est une bonne solution en remplacement du gazole et du fioul lourd », commente celui qui fut l’équipier d’Eric Tabarly sur Pen Duick VI pendant 4 ans.

Déclencheur

Avec le kite autopiloté de 40 m2 déployé à 150 m d’altitude, la vitesse peut être portée à 8 nœuds. Depuis avril 2017, Race for Water a enregistré 320 jours de navigation, pour 27.417 milles parcourus. Et ce avec une énergie verte composée à 62% de solaire, 20% d’éolien (kite) et 18% d’hydrogène (eau de mer dessalinisée avant son entrée dans les électrolyseurs embarqués).



« Mon ouverture à la mobilité électrique vient de ce bateau. Au départ, je n’étais pas très enclin à l’électrique pour l’automobile. En revanche, je trouvais déjà bien le développement des vélos à assistance électrique qui permettent d’avoir une activité très nature et très sportive. Ca rejoignait ce que j’ai découvert avec Race for Water », révèle Eric Loizeau.

« En matière de mobilité, il est important de rester optimiste et de voir comment adapte l’existant et développer les meilleures solutions », estime-t-il.

Ouverture à la mobilité électrique

« Grâce à Bruno Ricordeau qui organise la Green Expedition et que j’ai rencontré grâce à un ami commun, j’ai découvert ce que l’on peut faire avec une voiture électrique. Ainsi en Argentine à bord d’une Tesla Model S, sur plusieurs milliers de kilomètres », rapporte-t-il.

« Quelques écolos de Greenpeace qui me connaissent m’ont gentiment agressé en me parlant du problème des batteries lithium, des mines en Bolivie. ‘Comment toi qui es navigateur, tu peux faire ça !?’, m’ont-ils dit. Le lithium, on peut l’obtenir de marais salants par évaporation. C’est quand même plus écolo que les champs pétrolifères ! Et les batteries peuvent être réutilisées ensuite en deuxième vie », justifie-t-il.

« En Bolivie, c’est avant tout un problème politique. En revanche, le pétrole, c’est un vrai problème d’écologie. Il n’y a pas de système parfait, mais il y en a de meilleurs que d’autres », assure-t-il.

Arriver à l’heure à l’étape

« En Argentine, nous avons du recharger les batteries en utilisant le courant dans les villages que nous traversions. J’ai pourtant pu rejoindre dans les temps toutes les étapes, sans avoir à être dépanné. Comme avec Race for Water toujours arrivé à l’heure aux escales », se réjouit encore rétrospectivement Eric Loizeau. « En Norvège, avec la Green Expedition vers le Cap Nord, j’ai pu constater qu’il y avait un bon réseau de recharge. Ce qui n’est pas le cas encore dans beaucoup de pays », compare-t-il.

Après cette deuxième aventure en voitures branchées, le navigateur est reparti en mer, utilisant à nouveau un bateau électrique au sein de l’expédition Antarctic Explorers qu’il a dirigé. Il s’agissait en quelque sorte avec ce nouveau périple de dresser un état des lieux, de l’Antarctique, 200 ans après sa découverte.

« Raphaël Domjan en faisait partie. Il est à l’origine du programme PlanetSolar pour effectuer le premier tour du monde en bateau solaire », souligne-t-il. Le catamaran PlanetSolar est depuis devenu Race for Water. « Raphaël travaille actuellement sur son nouveau projet SolarStratos, pour s’élever dans l’espace avec un avion électrique », signale-t-il.

Green Expedition 2021

« En 2021, je serai à nouveau parrain et concurrent pour la Green Expedition sur le trajet mythique de l’Aéropostale, en grande partie au Maroc », révèle Eric Loizeau. Il ne sait pas encore avec quel engin il participera.

Bruno Ricordeau, l’organisateur de l’événement, imagine : « S’il peut avoir un véhicule original, il n’hésitera pas. Après la Model S en Argentine, il a partagé la ZOE de Télématin avec le journaliste animateur Laurent Bignolas également très engagé pour la planète. En 2021, il pourrait bien le faire avec une Harley-Davidson électrique ou un tout autre prototype. Il aime l’incongru ».

Le rôle de parrain

« Eric est un fervent défenseur de la planète. Il symbolise le combat contre la pollution. C’est quelqu’un qui s’engage concrètement, un véritable messager. Chaque fois que nous sommes passés dans les écoles pendant les Green Expedition, il a pris la parole pour expliquer aux enfants la raison du projet Race for Water et les avantages à se déplacer avec des véhicules électriques. En associant avec le Futuroscope, il a aussi entretenu une communication avec des établissements scolaires au cours de son Antarctic Explorers », admire Bruno Ricordeau.

« En 2021, il interviendra à nouveau dans les écoles, au Maroc. Nous leur apporterons des courriers, des objets et des outils pédagogiques confiés par des classes françaises. Avec un retour vers elles. A ce sujet, nous recherchons toujours des écoles pour participer à cet échange, ainsi que des aventuriers en véhicules électriques », appelle-t-il.

Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Eric Loizeau et Bruno Ricordeau pour leur disponibilité et leur engagement contre la pollution.