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Les constructeurs automobiles européens sont-ils en train de reprendre la main sur le marché de l’électrique ?
Renault, Volkswagen, BMW, Mercedes, Skoda… On dirait que les signaux positifs s’emballent un peu ces derniers temps autour de la voiture électrique européenne. Qu’en est-il exactement, et les bonnes nouvelles qui s’accumulent sont-elles représentatives d’une vraie tendance ? On fait le point.
On ne va pas se mentir, on a passé un sale quart d’heure ces deux dernières années. Si vous suivez l’actualité automobile, et plus particulièrement celle de l’électrique, vous avez sans doute eu l’impression que l’industrie automobile européenne était au bord du proverbial gouffre. Entre les usines qui tournaient au ralenti, les logiciels et systèmes d’infodivertissement pas super fiables et cette peur panique de se faire dévorer tout cru par les géants chinois, l’ambiance n’était pas à la fête. On nous annonçait le déclin de l’Empire allemand, la fin de nos fleurons, bref, la catastrophe industrielle. Un scénario auquel nous n’avons jamais vraiment souscrit, soit dit en passant.
Mais quand on observe le marché aujourd’hui, on dirait qu’une autre histoire commence à émerger. Les constructeurs européens, longtemps accusés d’avoir raté le virage de l’électrique, semblent progressivement retrouver de la traction. Pas partout, pas sur tous les segments et pas à la vitesse chinoise, mais avec des signaux de marché encourageants, en particulier en Europe, et surtout — comme souvent — chez les marques allemandes.
On peut être en effet assez agréablement surpris par la quantité de nouvelles positives qui s’enchaînent depuis quelques semaines. C’est d’abord le classement des 20 voitures électriques les plus vendues en Europe en 2025, dans lequel figurent 14 Européennes (et même 16 si l’on inclut la Dacia Spring et la Volvo EX30). C’est ensuite le succès français et européen de la Renault 5 E-Tech.
Mais ces succès ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. D’autres signaux ont émergé ces derniers jours, et ils paraissent plutôt solides.
En 2025, le marché européen des véhicules électriques a connu une croissance solide. Les immatriculations de voitures purement électriques ont atteint environ 1,66 million d’unités entre janvier et novembre, ce qui représente une part de marché de 16,9 % dans l’Union européenne. C’est une hausse notable par rapport à 2024. Les constructeurs du Vieux Continent ont su capitaliser sur cette demande. Volkswagen, par exemple, a livré 274 417 véhicules électriques en Europe l’an dernier, en progression de 56 %. Cela lui a permis de devenir la marque la plus vendue sur ce segment, devant Tesla qui a vu ses ventes reculer de 27 % à 238 765 unités. BMW suit de près avec 193 186 unités, en hausse de 15 %, tandis que Skoda a réalisé une performance remarquable avec 172 100 véhicules, soit une augmentation de 117 %. Ces chiffres montrent que les marques européennes semblent (re)prendre des positions solides.
Cela étant, si l’on regarde de plus près les modèles qui suscitent cet optimisme, on est cependant obligés de reconnaître qu’encore une fois c’est le premium qui tire le marché. Chez Mercedes, le CLA électrique a été couronné Voiture de l’année 2026. Même si son tarif ne met pas ce modèle à la portée de toutes les bourses malgré les efforts de la marque pour rester compétitive, les commandes ont dépassé les attentes, au point que les carnets sont remplis jusqu’au second semestre 2026. Un succès que pourrait également rencontrer le GLC électrique puisque la demande est telle que l’usine de Brême fonctionne en trois équipes, y compris le samedi. Les commandes s’étalent jusqu’à l’automne 2026, signe que les clients répondent présents.
Même son de cloche avec la BMW iX3 nouvelle version « Neue Klasse ». Présenté officiellement à l’automne 2025, le SUV électrique de nouvelle génération semble susciter un engouement inhabituel. En Allemagne, plus de 3 000 commandes ont été passées avant même les essais internationaux, et un tiers des acheteurs sont de nouveaux clients de la marque, autrement dit des gens qui n’ont jamais possédé de BMW auparavant (et, sûrement pour nombre d’entre eux, jamais d’électrique). C’est un signe de confiance énorme. Cela veut peut-être dire que l’image de marque, cette vieille valeur refuge que l’on pensait dépassée par l’attrait pour la Tech, fonctionne encore à plein régime quand le produit est à la hauteur. L’autonomie de 805 km constitue certainement un argument de poids dans cet engouement, mais pas seulement. Conséquence, pour faire face à cette demande, l’usine de Debrecen en Hongrie a accéléré sa production avec un troisième quart de travail introduit plus tôt que prévu. La capacité annuelle vise 150 000 unités, et les carnets de commandes restent ouverts, même si la production monte en puissance.
Du côté du groupe Volkswagen, les résultats sont tout aussi parlants. En Europe, les livraisons de véhicules électriques ont bondi de 66 % en 2025, atteignant 742 800 unités. Le groupe détient environ 27 % du marché européen des électriques. Skoda, marque du groupe, a vu ses ventes électriques grimper de 120 % à 174 900 unités, se plaçant en quatrième position des constructeurs électriques en Europe avec 6,8 % de part de marché. Des modèles comme l’Enyaq et l’Elroq ont contribué à ce succès, et de nouveaux lancements sont prévus pour 2026.
Même des marques plus confidentielles (en tout cas dans les chiffres de ventes) comme Alpine et Porsche montrent des avancées. Alpine a doublé ses ventes en 2025, avec l’A290 électrique représentant 75 % des immatriculations. Porsche, de son côté, a franchi un cap en Europe où plus de la moitié des immatriculations étaient électrifiées en 2025, dépassant pour la première fois les modèles essence purs, même si pour ce dernier on n’oublie pas la chute des commandes de Taycan, et les difficultés rencontrées sur le marché chinois et américain, et l’impact que cette dégringolade a eu sur sa rentabilité.
Alors, d’où proviennent cette amélioration et ce vent d’optimisme ? Plusieurs facteurs entrent en jeu. D’abord, les constructeurs ont investi dans des plateformes dédiées à l’électrique, comme l’architecture 800 volts qui permet des recharges rapides, l’un des nerfs de la guerre dans le secteur. Mais il s’agit probablement aussi d’un réflexe de survie des constructeurs européens, qui, après les « brouillons » des premières générations d’électriques, sont passés aux choses sérieuses après avoir écouté leurs clients, et proposent désormais des voitures qui correspondent de plus en plus à leurs attentes.
Bien sûr, cette reprise ne masque pas les difficultés persistantes. Le marché chinois reste un point faible pour les Européens. En 2025, Volkswagen a vu ses livraisons électriques chuter de 44 % là-bas, à cause de la concurrence locale intense de marques comme BYD ou Geely. Porsche a également souffert d’une baisse globale de 10 % de ses ventes, en partie due à une demande faible en Chine.
Les constructeurs chinois ont de leur côté doublé leur part de marché des véhicules rechargeables en Europe, passant de 3,4 % à 6 % en 2025, profitant de coûts de production bas et d’une domination sur les batteries, ce qui, au passage, pose des questions sur la dépendance des chaînes d’approvisionnement européennes.
L’industrie automobile électrique européenne est-elle tirée d’affaire ? Il est peut-être trop tôt pour le dire. Stellantis ne fait plus trop rêver avec ses blasons européens, qui, disons-le, sont à la ramasse d’un point de vue technologique (interfaces dépassées, autonomies, efficiences et vitesses de charge d’un autre temps…), mais surtout, un nouvel épisode doit maintenant s’écrire avec des voitures « bon marché », à savoir entre 15 000 et 25 000 euros.
Et là, même si les futures Volkswagen ID.Polo et Renault Twingo semblent montrer le chemin, cela reste quand même une autre histoire, car les constructeurs chinois, et aussi les coréens, sont en embuscade. Quand on voit ce que propose une BYD Dolphin Surf pour moins de 25 000 euros (et même moins de 20 000 pour l’entrée de gamme), on est en droit de se faire un peu de souci pour ce segment.
Mais nous restons de ceux qui pensent que, même s’il y a un peu de casse, la catastrophe annoncée n’aura pas lieu.
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