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En France aujourd’hui, l’upgrade qui consiste à remplacer un élément majeur de sa voiture par un autre plus performant n’est toujours pas autorisé. Mais pour Hervé, c’était maintenant ou jamais. Il a donc contacté la Dreal, son assureur et des spécialistes de cette pratique avant de prendre une décision qui a fait un deuxième heureux : celui qui a récupéré la batterie de sa BMW i3.
Depuis longtemps, Hervé a pris l’habitude de multiplier les gestes pour modérer son impact sur l’environnement : « J’avais modifié mon ancien Renault Espace Turbo diesel pour qu’il roule à l’huile de friture, ce qu’il a fait sur 100 000 km. Ce qui m’a ensuite orienté vers l’électrique, c’est aussi l’efficacité énergétique de son moteur. Il m’arrive régulièrement d’expliquer qu’un litre de carburant fossile, c’est peu ou prou 10 kWh d’énergie. Ma consommation moyenne qui tourne à moins de 14 kWh/100 km sans me priver de belles accélérations équivaut à 1,4 l /100 km ».
Ce type de comparaison bien parlante, il sait aussi l’appliquer au chauffage : « J’ai ainsi réussi à convaincre un ami qui se chauffait au fuel. Avec 2 000 litres par an, il obtenait 20 000 kWh en chaleur utile pour sa maison. En utilisant une pompe à chaleur dont le COP [NDLR : Le coefficient de performance est le rapport entre énergie produite et énergie consommée] est environ 4, la consommation électrique n’est que de 5 000 kWh pour le même confort. Même si le kWh électrique est deux fois plus cher que le kWh fuel, la facture de chauffage est divisée par 2, avec, cerise sur le gâteau, la décarbonation d’un mode de chauffage ».
Pour sa propre maison, notre lecteur liste : « Bonne isolation, solaire passif avec vitres et pergola bioclimatiques, PAC air-air, eau chaude solaire avec système thermosiphon sans pompe ni régulation électrique, abonnement EDF Tempo avec utilisation d’un poêle à bois pendant les jours rouges. Je conserve aussi au cas où l’ancien chauffage électrique centralisé via thermostat connecté ».
Souvent, l’efficacité énergétique va de pair avec des gains financiers : « En prenant en compte l’énergie de mes 9 kW de panneaux photovoltaïques sur le toit que je revends à 20 centimes du kilowattheure, ma maison me rapporte 600 euros par an. Par rapport à une voiture thermique, en comptant le carburant et la maintenance, je gagne environ 2 000 euros en roulant environ 20 000 km par an en électrique, un peu moins maintenant ».
Lorsqu’il a voulu remplacer son ancienne Dacia, Hervé n’a pas de suite imaginé adopter l’électrique : « Je pensais prendre une hybride rechargeable. En découvrant la Volkswagen Golf GTE, j’ai trouvé que c’était bien compliqué sous le capot. La rentabilité face au thermique me paraissait en outre hors d’atteinte. Chez BMW, je m’étais intéressé à la X2 Tourer. Le vendeur m’a aussi présenté la i3. Pratiquant le kitesurf, j’avais du mal à penser que ma planche et le reste du matériel trouveraient leur place dedans. Alors je suis repassé avec, et tout est bien rentré ».
L’idéal restera toujours de pouvoir essayer dans son propre quotidien un véhicule électrique avant de l’acheter… ou pas : « On m’a prêté pour tout un week-end une BMW i3 avec Rex [NDLR : Range extender]. Il s’agit d’un moteur thermique de 650 cm³ dont la puissance a été ramenée à 34 ch et qui sert de prolongateur d’autonomie. Sur autoroute, j’ai trouvé que ça marchait bien. Nous étions en 2016. Je voulais pouvoir tout faire avec cette voiture électrique. C’est pourquoi, en plus du Rex, j’avais pris l’option recharge rapide avec ce modèle à batterie 94 Ah ».
Pour sa première voiture électrique, Hervé a pu bénéficier d’une belle réduction du prix : « Au bout de la négociation, j’avais obtenu une baisse de 9 000 euros pour un prix de 33 000. Une voiture thermique équivalente m’aurait coûté 8 000 euros de moins. J’ai pu rattraper en trois ans le surcoût. J’avais initialement pensé pouvoir le faire en deux. Quand elle a commencé à prendre de l’âge, je me suis demandé par quoi remplacer mon i3 ».
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D’où ce choix : « J’étais venu à la concession pour une visite d’entretien sur ma i3, elle avait 100 000 km. Le nouveau modèle était sorti, mais il y avait une occasion à la moitié du prix pour 16 000 km et 3 ans. Selon le menu caché, l’état de santé de la batterie également 94 Ah était à 100 %. C’était la même que la mienne, mais mieux équipée et plus confortable. Je l’ai prise en remplacement ».
Avec cette seconde BMW i3, les compteurs de l’âge du véhicule et des kilomètres se sont aussi incrémentés, nécessitant de se poser à nouveau la question de son renouvellement : « À 113 000 km, le SoH était encore à 97 %. Ma voiture étant régulièrement en bord de mer, je me suis dit qu’avec ses éléments en aluminium, plastique et fibre de carbone, elle ne risquait pas de rouiller. J’avais aussi comme fantasme de pouvoir profiter à la fois de la batterie 120 Ah et du prolongateur d’autonomie, comme les Américains ont pu obtenir de série cette voiture ».

Hervé a donc commencé à se poser des questions et à chercher des réponses officielles : « J’ai bien vu les appels de Revolte à ne pas effectuer d’upgrade car ce n’est pas légal en France. Je sais bien qu’ils se démènent pour que ça devienne officiellement possible. Mais j’ai 67 ans aujourd’hui, et si je dois attendre que cette pratique soit validée aux niveaux européen et français, ce sera alors trop tard pour moi. En cherchant à chiffrer la différence de poids entre les batteries 94 et 120 Ah, j’ai trouvé 3 à 4 kilos d’écart. Pas de quoi rompre l’équilibre des masses ».
Notre lecteur tenait à conserver sa BMW i3 : « J’ai contacté la Dreal en fournissant tous les éléments que j’avais, mais je n’ai jamais reçu de réponse. J’ai alors interrogé mon assureur qui m’a indiqué qu’avec une batterie homologuée par BMW et si peu de différence de poids, ça ne leur poserait pas de problème. Quant au contrôle technique, la capacité de la batterie n’est très certainement pas vérifiée. Il ne me restait plus qu’à trouver une entreprise capable de me fournir un pack 120 Ah en très bon état et à me le monter ».
Après de minutieuses recherches sur Internet, Hervé a retenu deux entreprises spécialisées dans l’upgrade : « Il s’agit de l’allemand Mandrill Automotive installé à Berneck et de la tchèque i3Upgrade qui a un installateur en Allemagne, à Wiesloch. La première me proposait une batterie neuve à 12 100 euros TTC avec le montage. Mais ils exigeaient qu’au préalable je passe chez BMW pour que la voiture dispose de la dernière mise à jour logicielle, une prestation qui serait facturée 150 euros ».
Notre lecteur a cependant été plus sensible à l’offre de Zdeněk Havrlík, alias Havrla : « C’est un ingénieur électricien tchèque qui a fait un premier upgrade pour lui-même, puis pour des copains. Comme il a vu que ça intéressait d’autres utilisateurs de BMW i3, il a créé son entreprise spécialisée dans cette opération pour cette voiture. Concernant la mise à jour logicielle, il proposait de reprogrammer lui-même et sans surcoût. Ce qu’il y avait aussi d’intéressant chez lui, c’est qu’on pouvait opter pour une batterie neuve ou une occasion certifiée ».
Et là, les tarifs étaient bien plus accessibles : « C’était 400 euros moins cher sur du neuf. Mais avec une batterie d’occasion garantie 2 ans, ça descendait entre 7 000 et 8 500 euros, auxquels rajouter 1 000 euros pour le montage. J’ai été mis en confiance grâce au témoignage WhatsApp d’un de ses clients. Pour passer d’une batterie 33 à 42 kWh bruts environ, j’ai choisi un exemplaire avec un SoH à 99 % prélevé sur une BMW i3 qui totalisait 15 000 km. Avec le montage, le devis était à 8 500 euros ».
Hervé a pensé à une formule intéressante pour alléger sa dépense : « J’ai tenté de trouver quelqu’un qui pourrait racheter ma batterie. Comme je fréquente pas mal les groupes francophones Facebook d’utilisateurs de BMW i3, j’ai signalé mon projet en demandant si quelqu’un serait intéressé par mon ancienne batterie en très bon état de santé. J’ai reçu deux réponses, dont celle de Jérémy, un Alsacien avec lequel j’ai finalement vite sympathisé. En hiver, sa BMW i3 60 Ah de 2013 ou 2014 n’avait plus que 60-65 km d’autonomie ».
Il fallait encore convenir d’un prix de vente : « Chez i3Upgrade, une batterie 94 Ah de i3 avec un SoH entre 88 et 92 % se vend entre 3 500 et 4 500 euros avec 1 000 euros de montage en plus. Je lui ai donc vendu la mienne à 2 500. C’était un deal gagnant-gagnant. Je suis de nature optimiste, mais j’avoue que là j’ai eu du bol. Nous sommes donc allés avec les deux voitures à Wiesloch. Jérémy est content. Il a maintenant 200 km réels d’autonomie en automne ».
Les transferts se sont bien déroulés : « Dans un garage très propre, c’est un Bosniaque immigré en Allemagne qui nous a reçus à Wiesloch. Ce spécialiste des BMW qui connaît bien son boulot. Il avait une i8 sur le pont pour une intervention sur le train avant. Une batterie de Tesla servait pour la recharge à l’atelier. Là, Jérémy a bénéficié d’une vidange gratuite de son Rex ».
Avant l’upgrade, Hervé pouvait déjà voyager loin avec sa BMW i3 : « Il m’est arrivé d’aller de Limoges en Espagne dans la journée, parcourant les 900 km avec 20 litres d’essence. Sur l’année, le Rex tournait entre 5 et 10 % du temps. Ce qui donnait une conso moyenne en carburant de maximum 0,7 litre. Le prolongateur démarre de lui-même quand le niveau d’énergie tombe dans la batterie à 6 %. Attendre ce niveau, c’est risquer des pertes de puissance sur l’autoroute. On peut le déclencher manuellement à partir de 75 % ».
L’autonomie a bien augmenté depuis l’upgrade : « Avec 80 % de voies rapides à 110 km/h et le reste à 90 km/h, je pouvais parcourir 400 km, dont 170 km sur le Rex, en utilisant le mode Eco Pro+. Avec le nouveau pack, ça peut grimper à 525 km. J’ai gagné plus de 100 km d’autonomie. À 120 km/h, sur autoroute, j’avais 130 km avec le Rex, auxquels ajouter 150 km sur la batterie, soit 280 km au total. Contre maintenant 350 km. D’après mes calculs, le prolongateur équivaut à 22 kWh de batterie ».
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Zoé : ce rétrofit dont Renault ne veut pas parlerNotre lecteur est très satisfait de l’opération: « Je me retrouve maintenant avec une capacité totale similaire à celle d’un Hyundai Kona 64. Je vais encore moins solliciter mon Rex. Mon côté écolo est content, et je peux garder ma voiture au look avant-gardiste. À tous les niveaux, ça me plaît. Je trouve ça complètement absurde qu’on n’autorise pas l’upgrade en France. Le comportement de ma voiture ne va pas changer avec la nouvelle batterie. Et, désormais je peux envisager de réaliser un roadtrip en Norvège ».
Hervé souhaite profiter de son témoignage pour mettre en garde les personnes intéressées par l’upgrade d’une BMW i3 : « Une boîte chinoise a contacté i3Upgrade pour lui proposer une batterie d’une capacité de 54 kWh. Pour eux, elle est dangereuse et il ne faut pas l’acheter. Sur la i3, la coque de la batterie fait partie de la solidité structurelle du véhicule. C’est à ce niveau qu’il y a un problème ».
Dans une vidéo sur YouTube, Havrla a démontré la faiblesse du pack chinois : « Il s’est mis debout sur un bout de batterie d’origine qui a bien supporté son poids. Alors que la Chinoise se plie. En outre, les capteurs de température ne sont pas disposés aux mêmes niveaux, les documents reçus avec la batterie ne correspondent pas bien, et les 54 kWh semblent même ne pas être là ».
Et pourtant ce pack serait déjà disponible : « En Europe, sans le montage, elle est proposée entre 5 000 et 6 000 euros. On peut la trouver en Allemagne, aux Pays-Bas, mais aussi aux Etats-Unis ».
Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Hervé pour son accueil, sa sympathie et son témoignage qu’il nous a proposé.
Pour rappel, toute contribution désobligeante à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimée. Merci de votre compréhension.
Philippe SCHWOERER
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