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On parle beaucoup de voitures électriques chinoises, mais vu la complexité du marché, sait-on exactement de quoi il est question ? On fait le point.
L’invasion, réelle ou supposée, et en tout cas tant redoutée des voitures électriques chinoises dans nos contrées, suscite d’interminables débats, et nous ne sommes pas les derniers à les alimenter par ici.
Cela étant, à poncer le sujet sans relâche, force est de constater que plus personne ne sait précisément de quoi on parle. Et qu’il devient de plus en plus ardu de définir concrètement ce qu’est une voiture chinoise, et à quelle réalité économique – et même, n’ayons pas peur des grands mots, géopolitique — ce terme correspond réellement.
Car, entre les Chinoises fabriquées en Chine et vendues en Europe, celles fabriquées en Europe, les Européennes fabriquées en Chine pour l’Europe, les Européennes fabriquées en Chine pour la Chine, les marques chinoises au nom historiquement européen, et les groupes multi-marques, avouez qu’il y a de quoi en perdre un peu son mandarin, euh pardon, son latin, non ?
Essayons de tirer tout cela au clair pour enfin savoir de quoi nous parlons.
Cette catégorie est théoriquement la plus simple à définir. Elle regroupe les marques automobiles nées en Chine, dont les modèles sont fabriqués en Chine. Simple ? Pas tant que cela. Car déjà dans cette catégorie figurent des voitures fabriquées en Chine et vendues exclusivement sur le marché local. Cela peut concerner des marques dont nous n’avons jamais entendu parler ici, et qui n’arriveront jamais en Europe. Car dites-vous bien que si nous pouvons citer de mémoire à peine une dizaine de marques chinoises présentes chez nous, il y en a plus de 150 en Chine, dont la plupart disparaitront probablement avant même d’avoir mis un pied en dehors de leurs frontières. On parle de marques comme Aion, Wuling, AITO et des dizaines d’autres, totalement inconnues au bataillon par ici.
Dans cette catégorie, il y a donc aussi les marques « stars » que nous connaissons car elles ont été parmi les premières à s’implanter sur le marché européen. Les plus connues sont évidemment BYD, Xpeng, MG ou encore Zeekr/Lynk & Co (Geely), Leapmotor, et plus récemment Omoda/Jaecoo. Mais, attention, là encore ce n’est pas aussi simple, car nombre de modèles issus de ces marques sont très différents selon leur marché de destination. Ainsi, même si la robe est la même, une BYD Seal vendue en Chine n’est pas vraiment la même auto qu’une BYD Seal vendue en Europe. Vous voyez que pour le moment, elles ne sont pas aussi nombreuses que l’on pourrait le penser de prime abord.
Là c’est un peu le chapitre qui fâche, ou en tout cas qui agace certains puristes de l’industrie automobile européenne. C’est d’abord le mythique et so british blason MG qui est passé sous le contrôle de SAIC en 2007, lorsque SAIC a pris le contrôle de Nanjing Automobile, qui détenait alors les droits sur MG. Si la marque est européenne, les voitures électriques et hybrides MG sont principalement fabriquées en Chine, dans les usines de SAIC Motor qui produisent et exportent la gamme MG vers l’Europe et le reste du monde. Et elles ressemblent davantage à des voitures chinoises qu’aux MG originelles.
Mais ce sont surtout d’autres vrais fleurons de l’automobile européenne qui sont passés sous pavillon chinois, et plus précisément Volvo, Smart et Lotus, ces trois marques appartenant désormais au groupe Geely, qui détient également Zeekr et Polestar. Là c’est un peu plus compliqué, car une partie de la production est restée en Europe, notamment pour Volvo, alors que les Smart et Lotus électriques sont désormais produites en Chine. Polestar, de son côté, n’a pas d’usines propres mais utilise les capacités de Geely et Volvo pour une production multi-continentale, dont une partie est réalisée en Chine.
Les marques chinoises ayant des visées d’expansion importante en Europe font le choix d’implanter des unités de production sur le sol européen, afin d’échapper aux malus et même de pouvoir être éligibles aux bonus écologiques. Mais au-delà de cette démarche purement pragmatique d’opportunisme industriel et marketing, certaines veulent réellement aller plus loin et acquérir une vraie identité européenne, et s’immergeant dans la culture automobile locale. C’est le cas pour BYD et ses usines en Hongrie et en Turquie. En ce qui concerne Xpeng, qui ne cache plus ses ambitions européennes, la marque n’a pas encore d’usines propres en Europe, mais assemble ses véhicules dans une usine sous-traitée à Graz en Autriche. Ainsi, l’usine de Magna Steyr assemble les modèles G6 et G9 depuis août 2025.
La première voiture électrique produite en Chine pour le marché européen est la Dacia Spring, mais son successeur (prévu fin 2026/début 2027) sera fabriqué en Europe, probablement en Slovénie (Novo Mesto) ou en Roumanie (Pitești), sur la plateforme AmpR Small partagée avec la future Twingo électrique, pour retrouver l’éligibilité aux aides comme le bonus écologique.
Autre cas de figure assez atypique, celui du Cupra Tavascan. Le premier SUV électrique de Cupra, né au sein du partenariat entre le groupe Volkswagen et JAC Motors, est produit en Chine. Ce qui ne va pas d’ailleurs sans provoquer quelques contorsions du côté des règles de l’Union Européenne.
Dernière catégorie de ce grand bazar industriel, les marques européennes qui ont conclu des accords particuliers avec des groupes et industriels chinois pour concevoir et produire des modèles spécifiques exclusivement vendus sur le marché chinois. C’est d’abord Audi, qui, à la surprise générale, a rapidement sorti une gamme exclusivement chinoise. Ainsi, la marque premium allemande fabrique et vend plusieurs modèles exclusifs au marché chinois, adaptés aux préférences locales (empattements allongés, technologies spécifiques). Ces modèles sont produits dans les usines chinoises en joint-venture avec FAW et SAIC (comme à Changchun et Shanghai). La gamme est déjà composée de pas moins de quatre modèles : Audi A6L e-tron, Audi Q6L e-tron et Q6L Sportback e-tron, AUDI E5 Sportback, et bientôt AUDI E SUV / E7X, un SUV électrique premium, prévu pour 2026, deuxième modèle de la gamme AUDI exclusive à la Chine. Principale caractéristique de ces modèles chinois : l’emblématique logo aux quatre anneaux disparait, remplacé par la marque « AUDI » en majuscules. C’est un peu étrange pour nous, mais c’est la dure loi du marché. Notons au passage que les AUDI 100% chinoises semblent bien nées et affichent un look assez attractif, mélange de rigueur germanique et de fantaisie chinoise.
Il y a également Volkswagen, qui produit sur place pour le marché chinois en partenariat également avec SAIC et Xpeng, des modèles que nous ne connaissons pas ici. Mais la donne est un peu différente, car contrairement à Audi, les VW produites en Chine sont des dérivés de celles produites en Europe ou de modèles Xpeng (vous arrivez à suivre ?). Ainsi, l’ID. Unyx 07 (et série Unyx) est un SUV électrique cousin du Cupra Tavascan, alors que l’ID. Unyx 08 est un dérivé XPeng G9. Il y a par ailleurs une berline VW chinoise en préparation, variante de la Xpeng P7+. Sans oublier aussi la berline ID.7, qui a droit aussi à une version chinoise, avec un empattement plus long et un look légèrement différent.
On le voit, la réalité derrière le terme générique de « voiture chinoise » est un peu plus complexe qu’il n’y parait au premier regard. Ajoutez à cela les groupes qui deviennent aussi des marques, comme Geely, qui va bientôt commercialiser une gamme sous son propre blason, et les accords de distribution comme celui entre Stellantis et Leapmotor, et, dans un registre similaire, les partenariats entre constructeurs européens et américains comme nous l’avions vu précédemment, et les marques européennes qui font fabriquer certains composants, dont les batteries, en Chine, et vous comprenez que les ramifications et imbrications du marché peuvent sérieusement remettre en question notre conception d’une industrie nationale ou communautaire.
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