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Suzuki entre enfin dans l’ère du 100 % électrique. Et pour marquer le coup, le constructeur japonais ne part pas d’une feuille blanche : il utilise l’un de ses noms les plus emblématiques, le Vitara, en y accolant un simple “e”. Un choix loin d’être anodin tant ce badge est historiquement associé à un SUV compact à l’aise hors des sentiers battus. Mais à l’heure de l’électrification, que reste-t-il de cet ADN ? Et surtout, ce nouveau e Vitara peut-il rivaliser avec une concurrence de plus en plus affûtée ?
C’est dans des conditions idéales, sous un soleil icaunais et par une température clémente de 16 °C, que nous avons pris le volant du Suzuki e Vitara. Au programme : environ 150 km parcourus dans l’Yonne, principalement sur des routes secondaires sinueuses, avec un passage en ville et une brève incursion sur autoroute. Un terrain varié, propice à juger le premier SUV électrique de Suzuki dans un usage proche du quotidien.
Avec ses 4,28 mètres de long, le Suzuki e Vitara s’inscrit clairement dans le segment des SUV compacts, au cœur du marché européen. Un gabarit stratégique pour la marque japonaise, qui vise ici une utilisation polyvalente, aussi bien à l’aise en milieu urbain que sur les routes secondaires. L’empattement généreux de 2,70 mètres promet sur le papier une habitabilité correcte, tandis que la garde au sol d’environ 18 cm entretient l’image d’un véhicule capable de s’aventurer hors des sentiers battus.

Visuellement, le e Vitara reprend les codes stylistiques du SUV baroudeur qui ont fait le succès de ses prédécesseurs. Les lignes sont tendues, les épaules marquées et les protections de carrosserie bien visibles, notamment au niveau des passages de roues et des bas de caisse. L’ensemble dégage une impression de robustesse assumée, presque rassurante, dans un segment où certains concurrents misent davantage sur le style urbain que sur l’évocation de l’aventure.
Cette posture est renforcée par une face avant assez verticale, dominée par une signature lumineuse moderne et des projecteurs à LED, qui viennent souligner le virage technologique pris par Suzuki. À l’arrière, le dessin se veut plus épuré, avec une signature lumineuse horizontale qui élargit visuellement le véhicule. Le tout reste relativement sobre, sans excès, fidèle à l’approche pragmatique du constructeur.
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Essai Kia EV2 : le petit SUV électrique qui voit grandSelon les finitions, le e Vitara peut recevoir des jantes allant jusqu’à 19 pouces, contribuant à renforcer son allure dynamique, mais aussi son positionnement plus statutaire que les précédentes générations. Les nombreuses possibilités de personnalisation, avec notamment des teintes biton, permettent d’apporter une touche de modernité bienvenue à un design globalement sérieux.
Reste que derrière cette silhouette de baroudeur, le e Vitara assume un positionnement légèrement différent. Plus routier que véritable franchisseur, il conserve les codes visuels de l’aventure sans forcément en revendiquer toutes les capacités. Un décalage qui interroge déjà sur l’évolution de l’ADN du modèle, et sur ce que signifie aujourd’hui le nom Vitara à l’ère électrique.
Pour son entrée dans l’électrique, Suzuki mise sur une offre claire et structurée autour de trois configurations. En base, le e Vitara embarque une batterie de 49 kWh associée à un moteur de 144 ch en traction. Au-dessus, deux versions reposent sur une batterie de 61 kWh : l’une en deux roues motrices avec 174 ch, l’autre — celle de notre essai — en transmission intégrale AllGrip-e avec 184 ch. Une hiérarchie simple, lisible, qui permet de couvrir différents usages sans complexifier la gamme.

Cette version à deux moteurs constitue d’ailleurs une singularité intéressante sur le segment. Avec 307 Nm de couple et un 0 à 100 km/h abattu en 7,4 secondes, le e Vitara 4×4 offre des performances solides pour un SUV compact. Surtout, cette transmission intégrale électrique apporte un vrai plus en matière de motricité et de sécurité sur chaussée dégradée ou glissante. Sur le papier, Suzuki conserve ainsi une partie de l’ADN tout-chemin qui a fait la réputation du Vitara.
Côté batterie, le constructeur fait le choix de la technologie LFP (lithium-fer-phosphate), reconnue pour sa durabilité, sa stabilité thermique et son coût maîtrisé. Particularité intéressante : pour ce lancement, les batteries sont fournies par BYD, acteur majeur du secteur. À terme, Suzuki prévoit toutefois de produire ses propres batteries dans la même usine, une stratégie qui vise à mieux maîtriser sa chaîne de valeur et ses coûts industriels.
En matière d’autonomie, la version 61 kWh traction revendique jusqu’à 428 km en cycle WLTP, contre environ 412 km pour la version à transmission intégrale. Des valeurs dans la moyenne du segment, cohérentes avec le positionnement du modèle. La recharge repose sur un chargeur embarqué de 11 kW en courant alternatif, tandis que la puissance maximale en courant continu atteint 90 kW. Un niveau correct, sans être particulièrement impressionnant, qui traduit une approche pragmatique plutôt que technologique.
Dès les premiers kilomètres, le e Vitara surprend… mais dans le bon sens. On ne s’attend pas forcément à grand-chose de très fun au volant d’un SUV compact électrique signé Suzuki, et pourtant, la voiture se montre immédiatement agréable. La direction, notamment, est une vraie réussite : précise, bien calibrée, ni trop légère ni trop ferme. On prend vite confiance, et surtout, on a envie d’enchaîner les virages.
Et des virages, il y en avait sur notre parcours dans l’Yonne. Sur ces petites routes de campagne sinueuses, le e Vitara s’est montré étonnamment dynamique. Le châssis est sain, bien tenu, et les reprises sont franchement plaisantes, surtout sur cette version 4×4 de 184 ch. Ce n’est évidemment pas une sportive, mais il y a un vrai plaisir de conduite, presque inattendu pour un modèle qui, historiquement, jouait plutôt la carte du SUV tranquille.
C’est d’ailleurs ce qui marque le plus : ce e Vitara n’a plus grand-chose de “pépère”. Là où l’ancien modèle accompagnait tranquillement son conducteur, celui-ci donne envie d’attaquer un peu plus. Il est plus vif, plus engageant, presque joueur. Clairement, Suzuki a réussi à faire évoluer le Vitara vers quelque chose de plus moderne et de plus fun sur la route.

En revanche, dès qu’on sort de l’asphalte… c’est une autre histoire. Sur le papier, la transmission intégrale AllGrip-e et le mode Trail laissent espérer un minimum de capacités en tout-terrain. Dans les faits, on a vite déchanté. Sur un obstacle pourtant assez simple — moins d’un mètre — impossible de passer. Ça patine dans tous les sens, la voiture hésite, et finit par renoncer. Pas franchement l’image qu’on se fait d’un Vitara.
Et c’est là que la comparaison fait mal. Quelques années plus tôt, on avait emmené un Vitara hybride dans des conditions similaires. Et lui, sans pneus spécifiques, passait absolument partout. Vraiment partout. Seule sa garde au sol pouvait parfois limiter les choses, mais côté motricité, c’était bluffant. Du coup, difficile de ne pas être un peu déçu par ce e Vitara : très bon sur route, mais clairement moins à l’aise dès que le terrain se complique.
Sur le papier, le Suzuki e Vitara affiche des valeurs plutôt raisonnables pour un SUV de ce gabarit. La version 61 kWh à deux roues motrices revendique ainsi une consommation moyenne de 15 kWh/100 km en cycle WLTP, quand la version à transmission intégrale grimpe à 16,6 kWh/100 km. Des chiffres dans la bonne moyenne du segment, qui laissent espérer une autonomie confortable au quotidien, à condition de rester dans un usage mesuré et majoritairement urbain ou périurbain.
Dans la réalité de notre essai, les choses se sont révélées un peu différentes. Sur un parcours d’environ 150 km mêlant routes secondaires, traversées de villages et un peu d’autoroute, la consommation s’est établie entre 23 et 25 kWh/100 km. Une valeur sensiblement plus élevée, certes dans des conditions de roulage dynamiques et peu représentatives d’un usage standard, mais qui donne une idée plus concrète de l’efficience en conditions réelles.
Détail étonnant relevé lors de notre essai : l’affichage de la consommation moyenne semble plafonné à 30 kWh/100 km. Une valeur déjà élevée… mais que l’on atteint finalement très rapidement dès que le rythme s’intensifie un peu. En conduite dynamique, il devient donc impossible de connaître la consommation réelle au-delà de ce seuil, ce qui peut frustrer les conducteurs souhaitant analyser précisément leur efficacité énergétique.

| Version | 49 kWh – 2WD | 61 kWh – 2WD | 61 kWh – 4WD |
|---|---|---|---|
| Transmission | Traction | Traction | Intégrale (AllGrip-e) |
| Puissance | 144 ch (106 kW) | 174 ch (128 kW) | 184 ch (135 kW) |
| Couple | 193 Nm | 193 Nm | 307 Nm |
| 0 à 100 km/h | 9,6 s | 8,7 s | 7,4 s |
| Batterie | 49 kWh (LFP) | 61 kWh (LFP) | 61 kWh (LFP) |
| Autonomie WLTP | 344 km | 428 km | 412 km |
| Conso WLTP | 14,9 kWh/100 km | 15 kWh/100 km | 16,6 kWh/100 km |
| Recharge AC | 11 kW | 11 kW | 11 kW |
| Recharge DC | 90 kW | 90 kW | 90 kW |
| Préconditionnement | Oui | Oui | Oui |
| Vitesse max | 150 km/h | 150 km/h | 150 km/h |
| Longueur | 4 275 mm | 4 275 mm | 4 275 mm |
| Empattement | 2 700 mm | 2 700 mm | 2 700 mm |
| Coffre | 238 – 1 052 L | 238 – 1 052 L | 238 – 1 052 L |
| Poids (approx.) | ~1 700 kg | ~1 780 kg | ~1 880 kg |
| Prix | 32 500 € | 35 300 € | 37 800 € |
Au terme de cet essai, le Suzuki e Vitara laisse une impression globalement positive. C’est une voiture facile à vivre, confortable, bien pensée sur le plan ergonomique et surtout très agréable à conduire au quotidien. Sur route, elle surprend même par son dynamisme, avec un châssis réussi, une direction précise et des performances tout à fait satisfaisantes, en particulier dans cette version 4×4. Clairement, Suzuki a réussi à moderniser son SUV compact et à le rendre bien plus plaisant qu’on ne pourrait l’imaginer.
Mais derrière ces qualités évidentes, une question se pose rapidement : ce modèle mérite-t-il vraiment le nom de Vitara ? Historiquement, ce badge évoque un vrai tempérament de baroudeur, capable de s’aventurer là où d’autres s’arrêtent. Or, dans sa version électrique, le constat est plus nuancé. Malgré sa transmission intégrale, le e Vitara peine dès que le terrain se complique. L’expérience de franchissement réalisée lors de notre essai, face à un obstacle pourtant modéré, tranche nettement avec les capacités impressionnantes du Vitara hybride, capable de passer presque partout dans des conditions similaires.
En réalité, ce e Vitara doit être envisagé pour ce qu’il est vraiment : un SUV électrique moderne, conçu avant tout pour un usage routier et quotidien. Dans ce cadre, il remplit parfaitement son rôle, avec une conduite agréable, une technologie maîtrisée et une proposition globale cohérente. Son autonomie et sa consommation dépendront fortement de l’usage, et sa recharge reste dans la moyenne, sans chercher à rivaliser avec les meilleurs élèves du marché.

Reste la question du positionnement tarifaire. Affiché à un niveau légèrement supérieur à certains concurrents directs, le e Vitara compense en partie avec une remise de lancement significative, qui le replace dans la course. Ajoutons à cela une production en Inde et des batteries actuellement fournies par BYD — avant une production interne annoncée —, et l’on obtient un modèle qui privilégie la rationalité industrielle autant que l’efficacité d’usage.
Au final, le Suzuki e Vitara est une bonne surprise, mais pas forcément là où on l’attendait. Plus routier que véritable aventurier, plus dynamique que son image ne le laisse penser, il réussit son entrée dans l’électrique… tout en s’éloignant un peu de l’esprit originel du Vitara. Un choix assumé, sans doute, mais qui ne manquera pas de faire réagir les puristes.
À noter enfin que ce nouveau e Vitara ne remplace pas immédiatement le modèle existant. Le Vitara hybride continue d’être commercialisé en parallèle. Une pratique déjà observée ailleurs dans la gamme : la nouvelle Swift cohabite ainsi avec la Swift Sport de génération précédente, toujours produite sur les mêmes lignes à Hamamatsu, au Japon (que nous avons par ailleurs pu visiter en octobre dernier en marge du salon de Tokyo).
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