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La recharge des poids lourds électriques reste l’un des angles morts de la transition énergétique dans le transport routier. Puissance appelée très élevée, temps d’immobilisation long, contraintes sur le réseau électrique : pour les camions de 40 tonnes, le simple copier-coller du modèle automobile montre rapidement ses limites. C’est dans ce contexte que le projet eHaul est venu tester une voie alternative, encore marginale en Europe : l’échange automatisé de batteries.
Lancé à l’automne 2020, le projet eHaul s’est donné pour mission de concevoir, construire et tester une station d’échange de batteries entièrement automatisée pour camions électriques. Après cinq années de travaux, d’essais et d’exploitation en conditions réelles, le site pilote de Lübbenau, dans le Brandebourg, est aujourd’hui présenté comme la première station de battery swap automatisée pour poids lourds électriques en Europe. Un démonstrateur à l’échelle 1, pensé comme une réponse opérationnelle aux contraintes du transport longue distance.
Le cœur du projet repose sur le constat que, pour les camions électriques, la recharge rapide ne pourrait pas, à elle seule, répondre à tous les usages. Les puissances nécessaires sont considérables, les temps de charge restent longs et le renforcement des réseaux électriques ne suit pas toujours le rythme attendu, notamment le long des grands axes logistiques.
Le projet eHaul, piloté par l’Université technique de Berlin, a volontairement pris un chemin inhabituel. Plutôt que de multiplier les essais d’endurance en laboratoire, le consortium a fait le choix d’un test grandeur nature permettant d’obtenir des résultats plus parlants sur la fiabilité, les contraintes d’usure et l’ergonomie du système.
Sur le terrain, deux camions électriques modifiés du constructeur Designwerk ont assuré des liaisons régulières entre Berlin et Dresde. À chaque passage par la station, les batteries vides étaient remplacées par des batteries pleinement chargées en une dizaine de minutes. Le processus est entièrement automatisé : le conducteur entre dans la station, déclenche l’opération par un simple bouton, puis laisse les robots positionner le véhicule, extraire les packs et installer les batteries chargées avec une précision millimétrique.
Les robots, comparables dans leur principe à des chariots élévateurs automatisés, interviennent de part et d’autre du camion. Les connexions sont libérées côté véhicule, les batteries déposées sur des racks, puis remplacées par des unités prêtes à l’emploi. L’ensemble du cycle se déroule sans intervention humaine directe, dans un espace équivalent à celui d’un grand garage.
Initialement prévu pour trois ans, le projet eHaul a finalement duré cinq ans. La pandémie de Covid-19, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et la crise énergétique ont conduit à une première prolongation, puis à l’extension de la phase de tests à deux ans. Le succès des essais a conduit à prolonger l’exploitation de la station au-delà du calendrier initial, en collaboration avec deux acteurs du transport et de la logistique, Unitax Pharmalogistik et Reinert Logistic. Pour autant, TU Berlin estime désormais que le rôle du financement public est arrivé à son terme sur ce démonstrateur précis. L’enjeu se situe maintenant du côté de la commercialisation et du passage à l’échelle.
Les travaux menés dans eHaul alimentent directement le développement d’un système de seconde génération, porté par E·HAUL GmbH, une spin-off issue de TU Berlin. Cette nouvelle station, attendue à l’horizon 2026, adoptera une architecture différente : l’échange des batteries se fera par le dessous du véhicule et non plus latéralement. Un choix technique qui doit permettre de gagner en vitesse, en fiabilité et en compatibilité avec différents types de camions. Selon les équipes, le temps d’échange pourrait ainsi passer de dix minutes à moins de cinq minutes, sans que le conducteur ait besoin de quitter sa cabine. Un point loin d’être anecdotique pour les professionnels du transport, habitués à mesurer chaque minute d’arrêt. À terme, l’expérience pourrait même se rapprocher, voire dépasser, la simplicité d’un plein de carburant traditionnel.
Une expérience qui démontre que l’échange automatisé de batteries sur des poids lourds homologués en Europe est techniquement faisable, rapide et compatible avec une exploitation logistique réelle. Dans un contexte où une recharge rapide peut immobiliser un camion bien plus longtemps, on voit l’intérêt d’une telle solution.
Le projet eHaul a bénéficié d’un soutien public de 5 millions d’euros de la part du Ministère fédéral allemand de l’Économie et du Climat.
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