AccueilArticlesLe malus automobile, ou comment limiter la liberté des automobilistes avec une taxe à la dérive

Le malus automobile, ou comment limiter la liberté des automobilistes avec une taxe à la dérive

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Notre râleur en chef se dit qu’il y a un problème quand il voit que le malus touche des modèles low-cost ou hybrides rechargeables, et qu’il est parfois plus élevé que le prix de la voiture.

Savez-vous quelle voiture rapporte le plus à l’Etat français via le malus ? Si vous pensez à une sportive de luxe, vous avez raison, puisque c’est encore la Porsche 911. Selon les calculs de Dataneo, l’allemande aurait permis à l’Etat d’encaisser près de 30 millions d’euros de taxe en 2025, en prenant en compte celle sur le CO2 et celle sur le poids.

Mais dans le classement des véhicules qui génèrent le plus de gains, on a quand même des surprises. En 13e position, il y a… la Dacia Sandero. Cela s’explique par les volumes de ventes. Il y a un petit malus, mais avec plus de 60 000 véhicules immatriculés, on obtient… 13,2 millions d’euros.

Moi, ça me choque de voir qu’une citadine low-cost destinée à des conducteurs peu fortunés permette à l’Etat d’encaisser 13 millions d’euros rien que pour le CO2. Car il y avait déjà la TVA à 20 %, sans oublier la puissance fiscale via la carte-grise. Comme si cela ne suffisait pas, on a donc petit à petit mis en place une troisième taxe quasi automatisée. Avec un malus CO2 de plus en plus sévère, il est en effet mission impossible d’y échapper pour un modèle non électrifié, y compris donc les véhicules d’entrée de gamme.

Certains me rappelleront la logique de pousser les Français vers des motorisations électrifiées moins polluantes. C’est le sens de l’histoire ! Quitte donc à pousser les Français vers des véhicules qu’ils ne veulent pas ?

Le problème, c’est que notre cher Etat taxe désormais les modèles vus comme plus vertueux. Voilà déjà un moment que les modèles hybrides simples pouvaient être pénalisés par le malus CO2. Et voici que les hybrides rechargeables sont plombés par le malus au poids. Car un malus sur les voitures ne suffisait pas, il en fallait un deuxième !

Exemple avec un Peugeot 3008 hybride rechargeable annoncé avec une masse en ordre de marche de 1953 kg. Sa taxe en 2026 est de 2810 € ! Et encore, l’Etat s’est fait grand seigneur, puisqu’il y a un abattement de 200 kg. Mais on se retrouve quand même avec plusieurs milliers d’euros de malus sur des voitures à la base mise en avant pour réduire le bilan carbone.

En gros, pour échapper à coup sûr au malus, allez voir du côté de l’électrique. Mais que dire alors de l’idée saugrenue qu’avait le gouvernement de commencer à appliquer le malus au poids sur les voitures électriques au 1er juillet 2026. Il a fini par faire marche arrière, rappelé à l’ordre par certains élus et constructeurs qui s’étonnaient du message envoyé alors que le marché de la voiture électrique ne décolle pas comme il devrait ! « Il faut acheter une électrique pour sauver la planète, mais on va quand même la surtaxer à l’immatriculation ! ». Assurément, ce n’est que partie remise.

Dans la loi de finances 2026, le gouvernement a fait un autre petit geste. Il a renoncé au barème plus sévère de 2028. Oui vous avez bien lu, 2028, car celui de 2027 est validé et les taxes seront de plus en plus épicées, avec un malus CO2 dès 108 g/km. Et jusqu’à 90 000 € de pénalité.

Car en plus de descendre chaque année le seuil de déclenchement, l’Etat augmente le montant du malus maximal de 10 000 € en 10 000 €. En 2026, un acheteur d’une 911 doit donc ajouter 80 000 € de malus CO2. On peut se dire que surtaxer le riche client, pourquoi pas. Mais cette taxe a aussi fini par s’attaquer au passionné automobile plus modeste.

Exemple avec la Golf GTi, la sportive familiale par excellence, capable à un bon père ou une bonne mère de famille de combiner la polyvalence la semaine et les sensations le week-end. En 2026, avec des rejets de CO2 de 160 à 167 g/km, elle engendre un malus de 8 770 à 17 247 €. Voilà qui pique déjà.

Et la plus sportive R ? C’est de 55 023 à 76 800 € ! Pour une voiture dont le tarif est de 58 900 € ! On peut donc avoir plus de malus CO2 que de prix catalogue ! Autre exemple avec un autre modèle du genre qui a fait les beaux jours des parents sportifs : une Renault Mégane 4 RS Trophy annonçait 191 g/km de CO2. Cette voiture serait désormais taxée à hauteur de… 79 911 €.

Je me souviens que le Conseil constitutionnel avait retoqué la tranche à 75 % pour l’impôt sur le revenu. Je trouve curieux qu’on puisse en revanche avoir une taxe dont le montant dépasse le prix du produit.

Alors j’enfonce en grand la porte de la démagogie, après tout, c’est le but de ces chroniques de mauvaise humeur, mais pour moi, avec ces malus, on en est venu à s’en prendre à la liberté d’acheter ce que l’on veut comme voiture pour se faire plaisir.

On veut me rétorquer le principe du pollueur payeur ? Autant l’appliquer à ceux alors qui se fichent des voitures mais font le tour du monde en avion tout au long de l’année, peut être pour se rendre dans des pays qui font tourner à fond les centrales à charbon.

Je rêve ainsi d’un crédit carbone individuel. Moi je ne prends jamais l’avion, je me chauffe avec une pompe à chaleur, j’utilise régulièrement mes jambes pour aller acheter le pain, je peux avoir le droit d’acheter une petite sportive pour me balader le dimanche sans être surtaxé dès son achat parce qu’on considère que je suis le pire des pollueurs…

Le principe du pollueur payeur existait déjà pour l’automobile. Outre la carte grise plus costaude sur une voiture sportive, il y a la facture de l’essence. Celui qui achète une sportive accepte d’aller souvent à la pompe, où le litre de carburant est constitué à 60 % de taxe. Il pollue plus, il paye déjà plus de taxes.

Le malus a fini doucement par s’ajouter à tout le reste, d’autant qu’il n’est plus question d’un mécanisme d’équilibre avec le bonus. L’Etat ne finance plus les aides à l’achat, ce sont les fournisseurs d’énergie qui le font. Mais pendant ce temps, il encaisse seul les fruits du malus. En 2025, il aurait rapporté selon Dataneo près de 850 millions d’euros.

Si elles ne sont pas au salon de l’agriculture cette année, les vaches à lait sont plus que jamais sur la route.

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