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La voiture électrique, coupable trop facile pour cacher les problèmes de Stellantis

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Pour justifier les 22 milliards de charges exceptionnelles annoncées ce vendredi, le directeur général de Stellantis pointe du doigt la voiture électrique. La ficelle est un peu grosse pour notre râleur en chef.

A la fin du mois, Stellantis dévoilera ses résultats financiers pour 2025. Mais le groupe a pris les devants en annonçant cette semaine une charge exceptionnelle de 22 milliards d’euros sur le second semestre de l’année écoulée. Effet immédiat : le cours de l’action, déjà pas folichon, s’est effondré.

Antonio Filosa, directeur général de Stellantis, a déclaré dans le communiqué accompagnant l’annonce : « Les charges exceptionnelles annoncées aujourd’hui reflètent en grande partie le coût d’avoir surestimé le rythme de la transition énergétique, ce qui nous a éloignés des besoins, des moyens financiers et des désirs réels de nombreux acheteurs ».

C’est donc simple : c’est la faute à la voiture électrique ! Celle-ci représente une grosse part de la douloureuse détaillée par le groupe, avec par exemple « 14,7 milliards d’euros liés au réalignement des plans produits avec les attentes effectives des clients » ou encore « 2,1 milliards d’euros liés au redimensionnement de la chaîne d’approvisionnement des véhicules électrifiés ».

Bon, Stellantis n’est pas le premier constructeur qui enclenche la marche arrière sur l’électrique et doit en tirer des conséquences fâcheuses pour ses finances. Porsche lui-même s’est pris les roues dans le tapis avec sa stratégie électrique et cela lui coûte aussi très cher.

Mais de là à annoncer une charge exceptionnelle de 22 milliards, quand des concurrents comme Renault résistent bien, on se dit que la voiture électrique fait figure de bouc émissaire un peu trop facile. Certes, la demande ne décolle pas aussi bien qu’imaginé, mais j’invite quand même Antonio Filosa à mieux regarder ce qu’il a en boutique avant de s’en prendre à la demande pour ce type de motorisation.

Peugeot vient par exemple de lancer cette semaine la e-408 restylée, une sorte de berline surélevée, qui propose 453 km d’autonomie et une recharge 120 kW pour 42 700 €. Pendant ce temps, il y a chez Tesla une Model 3 Propulsion à 36 990 € avec 534 km d’autonomie et une recharge 175 kW. Que penser aussi d’une Fiat 500e à partir de 28 900 € avec 190 km d’autonomie quand la nouvelle Renault 5 propose pour ce prix plus de 300 km d’autonomie.

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Pourtant, dans son communiqué, le groupe ose écrire « Au cours des cinq dernières années, Stellantis est devenu un leader dans le domaine des véhicules électriques et continuera à être à la pointe de leur développement ». Tellement à la pointe que pendant que BMW, Mercedes et Volvo se mettent à l’architecture 800V, qui donne accès à des temps de recharge canons, le fleuron DS en reste au 400V. Trop d’argent aurait donc été fléché vers une transition électrique trop ambitieuse… mais pour avoir à la clé des nouveautés déjà dépassées ! Ajoutez à cela la difficulté de livrer les modèles à grosses autonomies tant mis en avant dans les communications.

Difficile d’accuser les clients de ne pas vouloir d’électrique quand on leur propose des modèles techniquement à la ramasse et vendus à prix d’or. Car chez Stellantis, ces dernières années, on a suivi une stratégie portée sur la hausse des tarifs pour améliorer les marges. Un héritage de Carlos Tavares.

Et l’ancien dirigeant est l’autre bouc-émissaire tout trouvé. Comme le relaie Les Échos, Antonio Filosa a ainsi clairement détaillé les causes de la note salée avec une addition associée à ces charges exceptionnelles : environ 75 % sont liées « à des hypothèses stratégiques et à la manière dont nous devons les corriger » et 25 % pour des « décisions passées qui ont quelque peu entravé nos capacités ».

Donc 100 % de la faute de Carlos Tavares. Sur ce point, je donnerais quand même davantage raison à Antonio Filosa, car son prédécesseur a clairement entraîné à pleine vitesse Stellantis dans un mur avec une stratégie financière court-termiste. Outre la hausse des prix, il a amélioré les marges en réduisant drastiquement les dépenses d’ingénierie.

Difficile donc d’avoir des produits convaincants face à la concurrence quand on n’investit pas comme il faut. Antonio Filosa a ainsi dénoncé le fait ainsi que des milliers de postes d’ingénieurs avaient été supprimés et ont fini par faire défaut, impactant la qualité des véhicules. Il s’emploie à les remettre en place pour repartir de l’avant.

Reste que tout mettre sur le dos du prédécesseur est une astuce digne d’un vieux politicard. Car Antonio Filosa est un ex-Fiat qui a donc toujours fait partie de l’aventure Stellantis, occupant ces dernières années des fonctions de premier plan, comme patron de Jeep ou patron de la zone Amérique du Nord. Je m’amuse quand même toujours de voir ces nouveaux dirigeants rejeter la faute sur leur prédécesseur tout en oubliant qu’ils étaient avant à des postes haut placés dans la même boîte.

Je m’étonne aussi de la lenteur de la prise en charge du grand malade qu’est Stellantis. Après les années fastes, les résultats financiers ont dérapé en 2024, ce qui a entrainé la chute prématurée de Carlos Tavares, qui au passage a pris les devants : il a publié un bouquin pour raconter son expérience, sans aucune remise en cause. Rien ne serait donc de sa faute !

Alors que Stellantis était en grandes difficultés, il a fallu six mois pour titulariser un nouveau patron qui était du départ pressenti pour le poste. Et voici que celui-ci prend un temps fou pour bâtir son plan de relance, qui sera annoncé le 21 mai, soit quasiment un an après sa prise de fonction !

Quand on va aussi mal, on ne peut attendre un tel délai pour réagir et prendre les décisions d’urgence nécessaires. A se demander si Antonio Filosa veut vraiment les prendre. Il suffit de voir qu’aucune remise en cause du portefeuille de marques ne soit encore à l’ordre du jour. Stellantis, c’est 14 constructeurs, dont un nombre impressionnant de labels aux ventes marginales, voire catastrophiques : Abarth, Chrysler, Dodge, DS ou encore Lancia.

On n’oublie pas non plus que l’image du groupe est entachée par des ratés à la gestion douteuse, notamment la fiabilité des moteurs PureTech et les rappels d’airbags Takata. Pendant que la direction réfléchit, le client, lui, tranche.

Des années de mauvaises décisions et des mois de non décision ont donc abouti à cette note, mais Stellantis joue donc l’écran de fumée avec la voiture électrique. Avec une conséquence qui me déplait fortement : cela donne du grain à moudre aux opposants de ces autos. Du pain béni aussi pour des représentants politiques : beaucoup, plutôt aux extrémités, se sont ainsi emparés de cette annonce financière pour s’en prendre à la voiture électrique et à ceux qui ont essayé de la mettre en avant.

L’échec industriel se transforme en débat idéologique. On ne regarde pas ses erreurs en face et on alimente un discours politique opportuniste. Un sacré cercle vicieux pour Stellantis, qui se doit d’électrifier ses ventes pour éviter à avoir à payer une autre facture : celle des normes CO2 européennes. La voiture électrique est devenue un problème chez Stellantis parce que Stellantis en a fait un problème.

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