Qu’attendre de Nicolas Hulot, le nouveau ministre de la transition écologique et solidaire ?
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Nicolas Hulot / Crédit Fondation Nicolas Hulot

Après avoir longtemps refusé d’intégrer un gouvernement, l’emblématique et décrié défenseur de l’environnement Nicolas Hulot a finalement cédé face aux appels d’Emmanuel Macron. Désormais chef du nouveau « ministère de la transition écologique et solidaire » et parmi un gouvernement à-priori peu concerné par les questions environnementales, que peut-on attendre de Nicolas Hulot et ses acolytes ?

L’avenir des questions environnementales est incertain au terme d’un campagne présidentielle où le sujet a été peu évoqué et après la nomination d’Édouard Philippe, premier ministre pro-nucléaire et ancien opposant à la loi de transition énergétique.

Nommé ministre d’état à la tête du rebaptisé « ministère de la transition écologique et solidaire », cité en deuxième position lors de l’annonce de la composition du gouvernement, Nicolas Hulot va devoir évoluer avec un chef de l’état et un premier ministre sans fibre écologiste.

Le diesel « au cœur de la politique industrielle Française » pour Emmanuel Macron

Pour parader sur les Champs-Élysées après son investiture le 14 mai, Emmanuel Macron a choisi une DS7 Crossback 100% diesel de pré-série avant d’embarquer à bord d’un imposant véhicule militaire ACMAT. Une version hybride rechargeable de la DS7 prévue pour 2019 aurait pourtant pu avoir les faveurs du chef de l’état. Faut-il y voir un symbole de son affection pour le diesel ?

Alors ministre de l’Industrie, le désormais président de la république avait plaidé en faveur de cet hydrocarbure en 2015 lors d’une visite de l’usine Bosch. « L’avenir du diesel passe par l’innovation » assurait Emmanuel Macron, pour qui ce carburant doit rester «  au cœur de la politique industrielle française » et du « projet industriel français de la mobilité environnementale ».

Il affirmait également qu’« il ne faut pas faire la chasse au diesel ». Des déclarations qui avaient contrarié Anne Hidalgo, la maire de Paris qui veut éradiquer le diesel dans la capitale d’ici 2020 et qui n’a pas manqué d’interpeller le président fraîchement investi lors de sa visite à l’hôtel de ville.

« Nous avons besoin de vous monsieur le président […] à l’heure où le diesel tue, il est de notre responsabilité de tourner la page » s’est exclamée Anne Hidalgo, avant d’évoquer sur un ton appuyé les « opportunités […] de la transition énergétique » qui « font du bien à tout le monde ».

Nicolas Hulot évoque le diesel comme un « scandale sanitaire »

Pour Nicolas Hulot, le diesel est un « scandale sanitaire », « je veux pouvoir respirer à pleins poumons sans m’empoisonner » clamait-il dans une pétition adressée à l’ex-ministre de l’environnement Ségolène Royal en 2014. Un appel qui demandait notamment la suppression des avantages fiscaux accordés à ce carburant, une prime à la casse et des fonds pour développer des alternatives de transport.

Sur le site de sa fondation, il affirme également la nécessité d’aligner la fiscalité du diesel sur celle de l’essence et de déployer la mobilité électrique via un bonus auto « pour tous, calculé selon le niveau de ressources ». Dans le cadre du dieselgate, il demande même à « rappeler les véhicules dépassant les niveaux d’émission affichés par les constructeurs ».

Nicolas Hulot ne semble cependant pas voir la voiture électrique comme une alternative principale et préconise systématiquement l’utilisation des transports en commun.

Le programme écologique d’Emmanuel Macron sans grande différence avec le précédent gouvernement

Le ministre de la transition écologique et solidaire va devoir se plier au programme écologique un peu timide présenté par Emmanuel Macron lors de sa campagne. S’il parvient à l’appliquer, il aura alors fermé toutes les centrales au charbon au terme de son mandat et investir 15 milliards d’euros dans la transition écologique.

Il aura également maintenu les caps fixés par le précédent gouvernement, soit 32% d’énergies renouvelables d’ici 2030 et 50% de nucléaire à l’horizon 2025, en conformité avec la loi de transition énergétique. La capacité de production de l’éolien et du photovoltaïque aura été doublée d’ici 2022.

Le déploiement des véhicules électriques et bornes de recharge aura été « soutenu » et le bonus-malus à l’achat maintenu. Le gouvernement aura aussi mis en place une « prime exceptionnelle 1000 euros » adressée aux propriétaire de véhicules fabriqués avant 2001 afin qu’ils achètent « des voitures plus écologiques, neuves ou d’occasion ». Enfin, aucun nouveau permis d’exploration d’hydrocarbures n’aura été délivré.

Un premier ministre opposé à la transition énergétique

Dans sa tâche, Nicolas Hulot risque peut-être de se heurter au premier ministre Édouard Philippe. L’ancien directeur des affaires publiques du numéro un mondial du nucléaire Areva ne semble pas avoir été touché par les reportages d’Ushuaïa Nature. Alors député Les Républicains, il avait voté contre les lois de transition énergétique et sur la biodiversité en 2015.

Des textes finalement approuvés qui fixent notamment l’objectif d’installer au moins sept million de points de charge en France d’ici 2030 et obligent l’aménagement de gaines électriques pour bornes de recharge sur les nouveaux parkings.

Nicolas Hulot, ambassadeur de l’écologie parfois contesté

Gratifié du titre honorifique d’« envoyé spécial pour la protection de la planète » par François Hollande en 2012, Nicolas Hulot avait milité cinq ans auparavant pour un « pacte écologique ». Surgit en pleine campagne pour la présidentielle 2007, il était parvenu à faire signer sa charte à la quasi-totalité des candidats. L’écologiste avait essuyé de nombreuses critiques estimant que son initiative avait permis aux prétendants de rapidement balayer les questions environnementales.

Plutôt apprécié dans l’opinion générale, le producteur de télévision célèbre pour son émission à fortes audiences Ushuaïa Nature est cependant régulièrement critiqué sur les soutiens et financement apportés par de grands groupes industriels à sa fondation. Il avait refusé à trois reprises les opportunités de ministères que Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande lui avaient offert.

Dans son ministère, Nicolas Hulot sera épaulé aux transports par Élisabeth Borne. L’ex-patronne de la RATP avait poursuivi la politique de son prédécesseur engagé dans un renouvellement des autobus diesel par des modèles électriques et au gaz.