Présenté en 1997, le concept Pangea annonçait le futur Kangoo Elect’Road

Recharge par induction, autopartage branché en free floating, prolongateur d’autonomie, hybridation, etc. : l’histoire de Renault révèle que nombre de caractéristiques associées aux véhicules électriques sont en germe parfois depuis des dizaines d’années. Entretien avec Yann Chénot.

Dans les coulisses d’une interview

Ce qui me désole régulièrement en discutant avec le personnel des grands constructeurs, c’est de constater la pauvreté de leurs connaissances sur l’histoire de leur entreprise. En revanche, quel plaisir de rencontrer un jeune conseiller Business Development en véhicules électriques qui en sait très long, – jusqu’au niveau de l’anecdote -, sur le passé, le présent et l’avenir de la marque. Et pas seulement sur le volet de l’électromobilité.

C’est le cas de Yann Chénot, – rattaché à la direction commerciale France de Renault -, que j’ai rencontré dimanche 10 juin 2018 au Vendée énergie Tour. Je venais de présenter le rallye Fleur de Sel ZE & Classic. A côté de la remorque podium, le concept Renault DeZir, justement présenté par le collaborateur du Losange auquel nous donnons ici la parole. En quelques échanges, j’avais compris qu’il y avait chez Yann Chénot des pépites historiques à exploiter.

Premières voitures électriques en service officiel

De quand date la première apparition d’une Renault électrique en service officiel ? Du milieu des années 1970 avec les R4 et R5 plus particulièrement exploitées par EDF ? Non, avant ! De la Dauphine Henney Kilowatt  et autres versions proposées aux Etats-Unis à partir de 1959 ? Non, ce ne sont pas des productions Renault, même si elles exploitent des caisses de la citadine bien connue ! Et c’est encore avant, de toute façon ! Alors on imagine des conversions pendant la Seconde Guerre mondiale. Encore, non !

C’est en 1937 que 35 Renault Celtaquatre électriques ont circulé pour le transport des visiteurs de l’Exposition universelle, – officiellement dénommée « Exposition internationale des Arts et des Techniques appliqués à la Vie moderne » -, qui s’est tenue à Paris, du 25 mai au 25 novembre. Des châssis transformés en minibus découverts par les Ets Verney, constructeurs d’autocars et autorails installés au Mans (72). Voilà la première information étonnante communiquée par Yann Chénot qui a travaillé sur l’histoire du Losange lors de la réalisation de son mémoire.

Une lignée de citadines électriques

« S’il fallait chercher une lointaine grand-mère à la Zoé, ce serait la Renault 5 électrique produite à partir de 1974 à une centaine d’exemplaires. Ce modèle est né d’un partenariat avec EDF. Elle ne comprenait que 2 places et pouvait rouler à 60 km/h. Elle constitue un jalon intéressant de la mobilité électrique », explique Yann Chénot.

Entre cette citadine branchée et la Zoé, il y a deux maillons présentés au début des années 1990 : la Zoom avec son unité arrière rétractable (voir notre article intitulé « Citela, Zoom et Volta : ces éco-voitures électriques françaises des années 1990 ») et la Clio électrique construite à quelques centaines d’exemplaires, principalement exploitées par EDF et des collectivités. « Savez-vous que la Clio électrique a été utilisée pour un service d’autopartage associé à la recharge par induction et au principe du free floating ? », me demande mon interlocuteur. Euh… Jocker, je suis collé !

De Praxitèle…

« Praxitèle est un sculpteur de la Grèce antique. Son nom a servi à un service d’autopartage mis en place entre octobre 1997 et juillet 1999 sur le secteur de Saint-Quentin-en-Yvelines, par Renault. Il comprenait 50 Clio électriques proposées dans un premier temps en boucle fermée, c’est-à-dire à redéposer après utilisation à l’une des 5 stations équipées pour la recharge par induction. Ces stations avaient des horaires d’ouverture définis », explique Yann Chénot.

« L’écart entre les 2 platines pour la recharge par induction, – celle au sol et celle sous la voiture -, était réduit à environ 1 centimètre lors de l’opération », souligne-t-il. « Ensuite, dans une seconde phase, ce sont 9 stations qui composaient le service, ouvertes en permanence. Elles comptaient, au total, une centaine de places, dont 60 équipées pour la recharge par induction. Dans cette seconde phase, les Clio électriques, équipées d’un système de géolocalisation GPS et de la télémétrie pour connaître l’état de charge des batteries, pouvaient être déposées hors des stations, dans un secteur limité, selon le principe du free floating », poursuit notre interlocuteur.

…à Renault Mobility

Yann Chénot, qui estime que Renault a pu puiser pas mal d’infos de l’expérience Praxitèle pour Renault Mobility, a retrouvé pour nos lecteurs un article publié sur le sujet par Les Echos en octobre 1997. On y apprend qu’un tarif dissuasif au temps d’utilisation avait été décidé afin de faciliter la rotation des véhicules. Dassault Electronique était dans l’aventure, chargé de mettre au point un système monétique par carte magnétique : la Praxicarte.

Le service était exploité par la Compagnie générale française de transports et d’entreprises (CGFTE), absorbée au final, par le jeu de fusions successives, par Veolia Transport. Renault est actuellement en plein dans l’actualité de l’autopartage de véhicules électriques. Déjà en s’engageant en avril dernier avec Ikea à mettre à disposition des Zoé et Kangoo Z.E. dans une large sélection de magasins de l’entreprise suédoise, mais aussi en se positionnant auprès de la mairie de Paris pour combler en partie le trou laissé par l’arrêt de la collaboration avec Bolloré pour Autolib’.

Du Pangéa au Kangoo Z.E.

Si la Zoé peut prétendre à être issue d’une certaine lignée de citadines électriques, « le concept Pangea présenté en 1997 préfigure l’arrivée du Kangoo de 2002-2005, puis de son successeur le Kangoo Z.E. Véritable laboratoire pour explorer le monde, il s’agit d’un véhicule électrique à batteries de traction, mais il renferme dans sa remorque une turbine GPL qui produit suffisamment d’énergie pour environ 500 kilomètres de rayon d’action », rappelle Yann Chénot.

Un concept de VE à prolongateur d’autonomie que l’on associe immédiatement au Kangoo Elect’Road dont nous avons régulièrement parlé sur Automobile Propre. Mais aussi à la remorque EP Tender. La partie laboratoire du Pangea est composée d’appareils d’observations (dont une caméra 360º qui offre une vue panoramique diffusée sur un écran à bord) et de mesures scientifiques (capteurs de température, d’humidité et de qualité de l’air, etc.), ainsi que d’une station de communication multimédia. « Depuis l’Express, il y a une véritable histoire de l’utilitaire électrique chez Renault », résume notre interlocuteur sur le sujet.

Le Twizy aussi

« Le Renault Twizy est le plus bel ambassadeur du programme Les Ampératrices imaginé en 1994 pour la mobilité urbaine », présente Yann Chénot. Il s’agit de 3 petits véhicules électriques biplaces, – dont un tricycle -, qui ne seront jamais produits à l’échelle 1 : juste des images de synthèse et des modèles réduits. Mais la recette du Twizy est là : un rapport poids/puissance qui donne des engins très vivants et maniables, à l’aise en ville, et totalement adaptés à une utilisation en services d’autopartage. Nous ne ferons pas l’inventaire de tous les concepts branchés imaginés par Renault. Mais un constat : la part des modèles entièrement électriques est de plus en plus importante. Elle est même largement dominante aujourd’hui.

De plus en plus de concepts électriques

Désormais, la plupart des concepts qui trouvent un prolongement dans les modèles produits en série par Renault sont électriques. Et ce, depuis l’arrivée du designer automobile Laurens van den Acker à la tête du style de Renault. Son idée : une marguerite à 6 pétales colorés, dont chacun représente une étape du cycle de la vie (Love, Explore, Family, Work, Play et Wisdom) et symbolisé par un concept-car.

Deux fleurs ont été présentées, respectivement en 2010 et 2016. Premier engin à s’adosser à un pétale, – celui de la passion, du coup de foudre et de l’amour -, tous les 2 de couleur rouge : la DeZir, un coupé GT 100% électrique, simple, chaleureux et sensuel. On trouve sur la DeZir exhibé dès 2010 des équipements repris sur des modèles de la gamme Z.E. Ainsi l’échange « quick drop » de la batterie de traction, – implantée derrière la banquette en position verticale -, qui devait assurer le succès du projet Better Place avec des Fluence, et la récupération de l’énergie au freinage (appui sur la pédale des freins) en plus de la décélération (pied relevé de l’accélérateur). « Ce système de récupération de l’énergie au freinage a été intégré pour la première fois sur une voiture électrique de série avec la Zoé », souligne Yann Chénot. « La stratégie de design lancée avec la DeZir est désormais déclinée sur l’ensemble de la gamme Renault », conclut notre interlocuteur.

Automobile Propre et moi-même remercions vivement Yann Chénot pour son accueil, son implication dans la mobilité électrique, et le temps pris pour répondre à nos questions.

Histoire du véhicule électrique : Les pépites de Renault
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